Sénégal - opinion: les vrais raisons de la défaite de la coalition Sopi 2009



Abdoulaye Touché par le revers du 22 mars 2009
Abdoulaye Touché par le revers du 22 mars 2009
La coalition Sopi 2009 a subi une déconvenue électorale. Sa défaite est d’autant plus retentissante qu’elle a perdu la quasi-totalité des grandes villes du pays, des châteaux-forts comme Dakar et Pikine. Jamais dans l’histoire politique du pays, un parti au pouvoir n’a connu une telle déroute. En neuf (9) années au pouvoir, les libéraux constatent, comme les socialistes dans les années 90, qu’ils ne contrôlent plus que les communes rurales. Tout comme les socialistes le faisaient, certains responsables libéraux tentent d’expliquer la perte de l’électorat urbain et périurbain par les votes sanctions et une presse hostile. Le PDS d’aujourd’hui souffre des mêmes maux que le PS d’avant l’alternance. La majorité des responsables libéraux et de la génération du concret a adopté toutes les pratiques qui avaient conduit le parti socialiste à la défaite mémorable du 19 mars 2000. Le PDS ne s’est pas seulement contenté d’enrôler des transhumants, mais il a aussi adopté la mentalité du PS d’alors. Les complots de toutes sortes, les querelles intestines, l’interdiction ou la répression des marches pacifiques sous prétexte de troubles à l’ordre public, l’arrogance, le ‘matèye’, les grèves à répétition, l’instrumentalisation de la Division des investigations criminelles, la recherche d’intérêt d’individuel au détriment de l’intérêt national ou collectif, le dilatoire, la gabegie, les détournements de derniers publics, la corruption endémique, l’impunité, les manipulations constitutionnelles à des fins partisanes, l’entourage présidentiel décrié, de hauts responsables accusés de ne pas dire toute la vérité au président, l’incompétence, les campagnes agricoles désastreuses, le délabrement des écoles et des hôpitaux, les délestages de la SENELEC, le chômage chronique des jeunes, la cherté de la vie, le train de vie de l’État, la mise en place du sénat, l’accaparement des médias d’État, etc., sont des maux que nous dénoncions dans les résolutions de notre Bureau politique ou dans les déclarations de notre Secrétariat national du PDS . L’opposition d’aujourd’hui dénonce, à tord ou à raison, les mêmes maux. Tout se passe comme si le PDS est devenu le PS et le PS, le PDS.
J’aimerais, en premier lieu, exposer les facteurs explicatifs de la défaite de la coalition Sopi 2009 et, en second lieu, dégager quelques perspectives d’avenir.

La défaite de la coalition Sopi 2009 est imputable, non pas à un ou deux facteurs, mais à une conjonction de plusieurs facteurs clés. Nous pouvons citer dans le désordre :

La crise économique internationale et le train de vie de l’État

L a crise a eu un impact négatif sur le Trésor public et sur les transferts d’argent provenant des émigrés, entre autres. Ce qui, combiné à la cherté de la vie et au chômage, a accentué la demande sociale et réduit la capacité d’intervention de l’État. Le gouvernement a essayé tant bien que mal de prendre des mesures pour atténuer les effets de la crise, mais ces mesures n’ont pas été à la hauteur des attentes des populations, surtout urbaines. Il n’a pas su mettre en avant un plan national de redressement économique et social qui puisse permettre aux populations urbaines d’espérer. Il s’y ajoute que les populations n’ont noté aucune réduction du train de vie de ses gouvernants. Les responsables libéraux n’ont pas su faire preuve de modestie, ni se rapprocher des populations, pour être à leur écoute et se montrer sensible à leurs préoccupations. Au contraire, ils ont continué d’exhiber fièrement leurs richesses acquises à la seule faveur du pouvoir politique. Cette attitude n’a pas manqué de fâcher les populations et d’exposer la coalition Sopi 2009 à des sanctions populaires.

Le cumul des mandats électifs

Le cumul des mandats a été un fardeau pour beaucoup d’élus libéraux. Les responsabilités ministérielles ou parlementaires les ont éloignés de la gestion de leur commune. À quelques exceptions près, tous les cumulards ont été battus.

Le management général du PDS

Le PDS n’a pas su s’adapter à son statut de parti dominant le pouvoir. Le parti fait l’objet d’une gestion informelle et ses structures, à l’exception du Comité directeur qui se réunit sporadiquement, sont en léthargie. Les tentatives de renouvellement n’ont pas abouties. Les promotions qui se font sur des bases autres que la compétence ou le militantisme de longue date ont diminué l’ardeur de beaucoup de militants. Les complots sont devenus le moyen d’écarter tous ceux ou celles que l’on juge gênants. Ce qui a entrainé des départs de hauts responsables et de beaucoup de militants. Les responsables, qui devaient servir de relais, sont devenus inaccessibles aux militants. Leurs portes ne sont ouvertes qu’à leurs proches, aux dignitaires, aux fortunés et aux célébrités. Coupés de la base, à l’exception de leur cour de courtisans, ils sont devenus incapables de donner au président de la république un portrait fidèle de la réalité sur le terrain politique et sociale. En somme, il est difficile, voire illusoire, pour de tels responsables, de surcroît, évoluant dans un parti sans structures de base fonctionnelles, de gagner des élections locales.

La bataille en sourdine pour la succession du Président Wade

Elle a entraîné des exclusions et des démissions de beaucoup de responsables et militants qui ont renforcé l’opposition. Les pros et les adversaires de la génération du Concret se regardent en chien de faïence et se livrent à une bataille sans merci au sein même du palais présidentiel, pour le contrôle de toute parcelle de pouvoir. La logique de succession et/ ou la peur de perdre sa station a conduit beaucoup de responsables à ne plus dire la vérité au président ou à fermer les yeux sur la vérité. La lutte politique a, depuis la dernière élection présidentielle, cessé d’opposer le PDS à l’opposition. Elle est devenue une lutte inter et intra-PDS, occasionnant une perte de temps et d’énergie, reléguant la souffrance des populations au second plan et laissant le champ libre à l’opposition.

Mauvaises investitures et votes sanctions

Un parti, qui ne fonctionne pas, fait rarement de bonnes investitures. De mauvaises investitures ouvrent toujours la voie à des votes sanctions. Il s’y ajoute que la multiplication des listes parallèles et la défection de certains responsables déçus ont donné aux populations une image d’un PDS où la démocratie interne, la justice et l’équité font défaut. Le PDS, en plus de s’encombrer de souteneurs sans aucune représentativité, a été incapable de faire son unité et de conserver son statut de défenseur des masses populaires.

La Génération du Concret

Elle a enrôlé des responsables du parti et s’est approprié la réussite du Sommet de l’OCI pour se donner l’image d’un mouvement fort, tout en discréditant les militants de longue date du parti. Ce mouvement a gangréné le PDS au lieu de le renforcer .Ses responsables avaient comme objectif, déclaré ou non, la conquête du pouvoir, à l’intérieur du pouvoir. Ce qui les a amené à pousser vers la sortie tous ceux qui dans le PDS refusaient d’adhérer à cet objectif irréaliste. Les observateurs avertis de la scène politique sénégalaise ont décelé dans cet objectif une volonté de la transmission héréditaire du pouvoir par la voie des urnes. Cet aspect a porté un préjudice énorme à la campagne de la coalition Sopi 2009, surtout à Dakar. Le PDS n’a pas su demeurer clairement une seule entité avec un seul Chef et un seul but.

L’excès de confiance

Fort de ses victoires depuis 2000, le Parti n’a pas pris au sérieux les assises de l’opposition et la capacité de celle-ci à profiter de la crise économique et sociale pour rebondir. Il a pensé, à tord, que l’implication personnelle du président et de son fils suffisait largement pour gagner. L’implication du Chef a permis, tout au moins, d’amoindrir l’ampleur de la défaite. Les libéraux et leurs alliés ont sous-estimé la maturité politique du peuple sénégalais.

Gestion de l’État et des collectivités locales

La quasi-totalité des maires libéraux étaient impopulaires et éloignés des préoccupations de leurs administrés. Beaucoup étaient simplement incompétents. Malgré cet état de fait, ils ont été désignés tête de liste. Mais ce serait une erreur de réduire la défaite, seulement, à la mauvaise gestion des collectivités locales. La gestion de l’État n’a pas été des meilleures. Les populaires se sont senties laissées à elles-mêmes après la réélection du président Wade. La population endure les délestages depuis 2000. Elle subit les pénuries de gaz, la cherté de la vie, le désespoir (surtout des jeunes), la corruption, le népotisme, l’arrogance, les factures d’électricité exorbitantes, les inondations, le laisser-aller, le laisser-faire, la dégradation des mœurs, les grèves à répétition, les dysfonctionnements récurrents de l’organisation du pèlerinage à la Mecque, la mauvaise gestion, etc., alors que les gouvernants mènent une vie de pacha. Ce qui a porté ombrage aux nombreuses réalisations du président Wade dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures, etc. La demande sociale a été insuffisamment prise en compte

L’unité de l’opposition

L’opposition a gagné surtout parce qu’elle su faire preuve d’unité dans plusieurs localités. Elle n’aurait certainement pas connu son succès si elle s’était présentée en ordre dispersé. Malgré ses moyens dérisoires, elle a su faire passer son message et se montrer proche des populations.

Perspectives

Au niveau de la gestion de l’État, il convient de décoder correctement les messages des populations, de se remettre modestement à leur écoute, de les rassurer et de proposer une stratégie nationale et concertée de sortie de crise ou de lancer un ambitieux programme national de développement économique viable et durable. Concomitamment, l’État doit s’atteler à résoudre de façon significative l’équation de la demande sociale. Le moment est venu d’abandonner toutes les mauvaises pratiques, d’opérer un changement en mettant le cap sur la prestation de services aux citoyens de qualité et le management d’excellence. Les gestionnaires publics savent que la prestation de service aux citoyens de qualité augmente toujours leur confiance envers leur gouvernement. Le management d’excellence doit mettre l’accent sur le citoyen, la promotion de l’amélioration du rendement de la gestion, le résultat, la performance et l’imputabilité, l’analyse et l’examen stratégique des dépenses de l’État, la surveillance transactionnelle et stratégique des pratiques de gestion et du contrôle accru des résultats et de la performance à l’échelle nationale, le contrôle efficace et la saine gestion des sociétés nationales et des agences. Beaucoup de pays, dont la France et les États-Unis, sont en train de s’inspirer du Canada qui dispose d’un Conseil du Trésor doté d’un Secrétariat qui est appelé Centre d’excellence en management du gouvernement. Le Secrétariat du Conseil du Trésor fait office de conseil de gestion, de bureau du budget et de la gestion ressources humaines de l’administration publique fédérale. Il édicte le cadre de responsabilisation de gestion gouvernemental, les politiques de gestion, les directives, les normes et les guides à l’intention des gestionnaires publics. Il surveille et évalue la gestion de tous les ministères et veille à ce que l’argent du contribuable soit bien dépensé. Le président Wade pourrait s’en inspirer pour améliorer la gestion publique. Cela suppose une réforme de l’administration publique en mettant l’accent sur l‘amélioration des pratiques de gestion. Les pays qui ont réussi cette réforme ont pu réduire leurs dépenses budgétaires de l’ordre de 30 à 35% grâce à des gains d’efficacité sur les coûts du système toute en améliorant la prestation de service aux citoyens. Ce programme de gestion des ressources de l’État doit être exécuté par de véritables gestionnaires publics de façon à optimiser la rentabilité des programmes, l’efficacité et l’efficience de la prestation des services gouvernementaux, tout en veillant à ce que le gouvernement puisse prendre des décisions efficaces et réaliser ses priorités. Ce virage de la gestion implique que la gestion revienne aux professionnels de la gestion et non aux beaux parleurs et aux théoriciens de tous bords qui ne sont pas formés pour poser le plus petit geste en gestion, à savoir l’implantation d’un tableau de bord. Dans le cadre de cette approche, chaque ministère doit élaborer une architecture des activités de programmes et produire deux rapports annuels au parlement et au public : D’abord, un rapport sur le rendement y compris les résultats atteints ou attendus surtout en termes de création d’emploi et de réduction de la pauvreté, le détail des dépenses de programme et ensuite un autre sur les plans et priorités. Ce qui fait qu’à la fin de chaque exercice budgétaire, le gouvernement pourra présenter au président de la république, au parlement et au peuple, un rapport sur le rendement du Sénégal. Chaque gestionnaire d’agence nationale ou d’organisme public ou encore parapublic doit signer avec l’État un contrat de performance et d’imputabilité qui fixera le cadre de gestion et les résultats à atteindre. Ce qui contribuera à éviter les dérapages budgétaires.

Au plan politique nationale, il serait approprier de réduire la taille du gouvernement, de dissoudre le sénat ainsi que les agences ou organismes qui occasionnent des dédoublements inutiles et d’ouvrir rapidement un dialogue avec l’opposition en vue d’apaiser le climat politique et de poser les jalons de la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale. Au niveau du parti démocratique sénégalais, il convient de convoquer rapidement les instances nationales et de base afin de tirer le bilan du scrutin du 22 mars 2009. La Génération du Concret doit intégrer les rangs du PDS et participer à sa redynamisation. Cela ne devrait pas poser problème car la quasi-totalité de ses responsables se réclament du parti ou sont y sont issus. L’urgence sera de redynamiser le parti, de moderniser son management, de renouveler toutes ses instances, de convoquer un congrès pour valider tout le processus de modernisation. C’est la seule voie qui pourra permettre au libéraux de rebondir et de dire, comme le Général De Gaulle, qu’ils ont perdu une bataille, mais pas la guerre ou encore de dire, comme Obama, yes we can!

Djibril Sambou, Ottawa, Canada, dsambou@sympatico.ca

Djibril Sambou

Mardi 31 Mars 2009 - 11:12



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