Sept (7) mois après son départ de la Primature, Abdoul Mbaye s'épanche

Il parle dans son livre « Servir ». Une publication de 400 pages parue récemment où le premier premier ministre du président Sall et prédécesseur d’Aminata Touré revient sur sa fameuse rencontre avec Macky le 1er septembre. Ce, pour lui signifier son départ de la primature ; le 2 septembre lors de laquelle date, épris d’émotion, il annonce son départ aux conseillers et personnel à la passation de services où dit Abdoul Mbaye : « A ce moment-là, je suis par une étrange sensation d’épaules devenues légères ». Sept (7) mois après ces épisodes, l’ancien premier ministre de revenir sur ce que le président Sall lui a dit lors de leur dernier tête-à-tête en tant président et son premier ministre : « Il me dit qu’il a apprécié mon travail dans la fonction, il vaut mieux se quitter quand tout va bien que dans un contexte difficile ou de conflit(…).



Préparatifs de la Déclaration de Politique Générale (PDG)
Le 10 septembre 2012, je serai face à une Assemblée nationale presque totalement renouvelée, reflet de la nouvelle majorité présidentielle. A ce moment là, le gouvernement que je dirige est déjà dans l’action. J’évoquerai un projet certes mais déjà des réalisations. Je parlerai avec l’aisance que procure le vrai. Je sais que tout programme d’un candidat est parfois excessif par ses promesses. Le Sénégal n’est pas  exception et je tiens à ne pas m’engager sur l’impossible que pourraient me rappeler certains « orthodoxes » après lecture de mon texte. Mon souci est par contre de montrer le chemin qui sera pris, qui l’est déjà et convaincre qu’il est le bon. J’ai surtout eu le loisir de lire et relire mon texte. Dix, quinze fois peut-être. J’en ai plusieurs fois amendé le contenu, corrigé l’emplacement des paragraphes, les phrases, les mots…


1er septembre: le départ
 En ce dimanche 1er septembre 2013, mon entretien avec le président de la République n'aura pas été long. Avant tout, j'ai tout de même pris le soin d'évoquer une question majeure à mes yeux. Je lui dis avoir été informé de manoeuvres qui viseraient à m'impliquer dans l'affaire des dépôts effectués par l'ex-président du Tchad, Monsieur Hisséne Habré auprès des banques sénégalaises parmi lesquelles celle que je dirigeais à l'époque. Je pense que le président de la République n'est pas concerné par ce début de complot. Mais je note qu'il a opté pour une attitude de distance sur ce dossier. Répondant à la question d'un journaliste peu de temps auparavant, il avait répondu qu'il prendrait la décision la décision si mon implication dans cette affaire était confirmée. Il aurait sans doute été plus simple de renvoyer le journaliste aux réponses que j'avais déjà données le 26 décembre 2012, à l'occasion de la séance de l'Assemblée nationale, consacrée à la motion de censure. Elles avaient convaincu tout de même l'ensemble de la représentation nationale sauf dix (10) députés...
 
La passation de service
 
Le lundi 2 septembre matin une grande émotion est palpable dans la salle de réunion où j'ai rejoint les conseillers et le personnel. Je leur annonce mon départ dont ils sont déjà informés par la presse. Je leur dis tout le plaisir que j'ai eu à travailler pendant ces 17 mois avec une équipe remarquable et reconnue comme telle par toute la République et nos partenaires. J'insiste sur la continuité de l'Etat et la disponibilité dont devront faire preuve ceux d'entre eux que mon successeur aura choisi de garder. Le Directeur de cabinet répondra en leur nom. Je retiens que je leur ai fait vivre des moments intenses de mobilisation et de dépassement de soi...L'un des conseillers pleure. Lundi en fin de journée mon dossier pour la passation de service est prêt...La séance aura lieu le mardi à 17 heures. C'est l'heure à laquelle j'accueillerai le premier ministre Aminata Touré. Les photographes et cameramen s'en donnent à coeur joie. Après leur sortie suit le traditionnel tête-à-tête. Il est cordial...Nous quittons mon ancien bureau devenu le sien. A ce moment-là, je suis par une étrange sensation d'épaules devenues légères. Elle m'accompagnera jusqu'à l’ascenseur sous le coup de flash des photographes et objectifs des caméras. Je ne répondrai pas aux questions que me lancent quelques journalistes. Je suis déjà dans le mutisme que j’ai décidé d’observer pendant une période qui durera au moins jusqu’à la fin de l’année 2013 tenant à ne pas gêner l’action de mon successeur ».


« Le terme de limogeage ne me semble pas convenable»

Ce 15 septembre 2013, deux semaines se sont écoulées depuis que j’ai quitté les fonctions de premier ministre de la République du Sénégal. Certains évoquent un limogeage. Mais ce terme ne me semble pas convenable quand on s’est mis avec ardeur au service de la République. La fonction est par principe précaire. Un vêtement pour quelques mois, quelques années. On le rend. La marche de l’Etat se poursuit, sa propre vie aussi. Le 1er septembre 2013 est un dimanche d’hivernage, aussi le jour de l’anniversaire de ma fille. Elle m’a fait promettre de me rendre dans un hôtel de la place où elle a choisi de le fêter. J’en ai pris l’engagement. Descendu de voiture, j’attends l’arrivée du Président de la République dans un des salons du grand hall du Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor. Il est bientôt annoncé. Je le salue. Il me précède dans le salon de musique, situé dans l’aile gauche de cette maison blanche. Assis, il prend la parole. Il m’annonce sa décision de procéder à un remaniement ministériel. Ce dernier doit être important. Il concerne également le Premier ministre. Il me dit alors l’essentiel : il a apprécié mon travail dans la fonction et il vaut mieux se quitter quand tout va bien que dans un contexte difficile ou de conflit…Je lui confirme que jamais je n’oublierai son attitude à mon endroit. Il peut continuer de compter sur ma disponibilité et cela, sans aucune contre-partie. 


Mardi 29 Avril 2014 - 11:30



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