Si ça se trouve, on ne peut rien contre Boko Haram

Et l'impuissance de l'armée nigériane n'en est pas la seule raison.



Si ça se trouve, on ne peut rien contre Boko Haram
Les sources sécuritaires nigérianes, une soixantaine de femmes auraient réussi la prouesse de s’échapper des griffes de la secte islamiste Boko Haram. En effet, ces femmes (...) avaient été kidnappées à la mi-juin dans le village de Kummabza. Si l’information venait à être confirmée, ce serait la preuve qu’il y a bien des faiblesses dans le dispositif de Boko Haram. Et l’on ne comprend pas pourquoi, jusque-là, l’armée nigériane n’a pas pu exploiter la moindre faille pour porter un coup dur à la secte.
Mais, d’ores et déjà, il apparaît clairement que ces femmes doivent leur liberté à leur seul courage, leur sens de l’opportunisme et à la vitesse de leurs jambes. L’armée nigériane, qui est censée assurer la sécurité des citoyens, ne semble pas avoir joué le moindre rôle dans cette libération.
Est-ce la raison pour laquelle les autorités d’Abuja, qui n’ont pas encore confirmé ces informations, font profil bas, puisqu’elles n’ont aucune raison de bomber le torse dans une situation où elles étaient attendues, comme dans bien d’autres, mais où elles se sont illustrées par leur impuissance notoire? Ou alors est-ce parce que l’information est, pour l’instant, à prendre avec des pincettes, au regard d’informations précédentes émanant de ces mêmes sources sécuritaires, comme cette prétendue libération de jeunes lycéennes qui s’est révélée être un canular?
En tout cas, l’équation Boko Haram semble bien insolvable. Sans attendre une improbable intervention de l’armée, les fugitives ont profité d’une énième bravade de Boko Haram, qui a quitté sa base pour aller attaquer une caserne à Domboa, pour tromper la vigilance de leurs geôliers et prendre la poudre d’escampette. Quand des femmes montrent le chemin du courage à l’armée, l’on se demande si cette dernière a encore le sens de la honte.

La peur au ventre

C’est le lieu de saluer le courage de ces femmes qui ont compris qu’elles ne pouvaient rien attendre de l’armée nigériane. C’est peut-être dans ce même ordre d’idées que se situe l’érection de milices d’autodéfense par les populations, pour se défendre comme elles peuvent.
Dans un pays qui compte près de 2.000 généraux, l’on peut se demander à quoi servent leurs galons si les autorités militaires sont incapables de donner la réplique à Boko Haram, là où des femmes ont eu le courage de surmonter la peur pour obtenir leur liberté. C’est une véritable honte pour l’armée nigériane que les populations qu’elle est censée protéger, en soient réduites à ne compter que sur elles-mêmes pour leur propre sécurité. Tout compte fait, ce n’est pas la première fois que des otages échappent à ces illuminés. Comment donc expliquer que malgré tout, l’armée nigériane soit incapable de la moindre action d’éclat contre ces malfaiteurs?
Tout porte à croire qu’il y a des complicités à des niveaux très élevés, qui rendent toute action inefficace. Or, tant que les autorités nigérianes ne se poseront pas les bonnes questions, il sera illusoire de penser qu’elles pourront solder leurs comptes avec Boko Haram. Et le Nigeria continuera de compter ses morts car, entre enlèvements et attentats, ces terroristes continueront de dicter leur loi, dans un pays où l’autorité publique a fini de faire la preuve de sa faillite totale. Et les populations continueront de vivre la peur au ventre, dans la hantise quotidienne de la folie meurtrière des hommes d’Abubakar Shekau.
Outélé Keita

Slateafrique

Vendredi 11 Juillet 2014 - 12:52



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