Soldats soupçonnés de viols en RCA: une enquête difficile pour Bangui

Quatorze soldats français sont mis en cause pour viols dans un rapport de l’ONU sur la base de témoignages d’enfants. De nouvelles informations mettent également en cause des soldats tchadiens et guinéo-équatoriens. Une enquête se poursuit au sein de l’armée française pour déterminer l’identité de ces soldats, une procédure judiciaire a également été ouverte à Paris. La Centrafrique a elle aussi ouvert une procédure. Mais l'enquête s'annonce difficile.



A Bangui, la justice s’est saisie de l’enquête jeudi 30 avril en déployant sur le terrain des membres de la Section de recherche et d'investigation, la SRI de Bangui. L’enquête s’annonce compliquée car jeudi encore, aucun contact n’avait été établi avec les autorités françaises ou bien les Nations unies qui possèderaient le rapport d’enquête de l'ONU, selon les dires du procureur de la République à Bangui.

Les enquêteurs centrafricains vont donc devoir retrouver les enfants potentiellement victimes d’abus sexuels et les éventuels témoins. Le plus difficile dans cette affaire, ça va surtout être de démêler le vrai du faux car les faits remontent à près d’un an.

Le gouvernement ne s’est toujours pas prononcé officiellement. Il devrait le faire normalement dans le courant de la journée ce vendredi 1er mai.

La population sous le choc

Du côté de la population, le sentiment oscille entre stupeur, incompréhension et dégoût. La nouvelle s’est répandue largement et pour l’instant, il n’y a pas de réaction de colère majeure vis-à-vis des soldats des Nations unies ou des militaires français. Il y avait bien des rumeurs de manifestations dans la journée de jeudi, mais aucun rassemblement n’a finalement eu lieu. Pour ce vendredi, aucun rassemblement n'était encore prévu.

Autre son de cloche chez les réfugiés du camp Mpoko. Ce camp de l'aéroport de Bangui est divisé en plusieurs zones, pour faciliter sa gestion. Sinaé est le chef de la zone 1. Il dit avoir été témoin de violences sexuelles  a priori commises par des soldats : « C’était la nuit,raconte-t-il. Les militaires français ont donné des petits paquets de rations aux enfants et ils les ont violés. D’autre part aussi, les militaires géorgiens. J’étais présent quand ils étaient trois sur une fille de 16 ans dans leur guérite à l’entrée de l’aéroport. »

Marie Valentine a 65 ans. Cette vieille femme dort depuis plus d'un an dans une tente déchirée. Après avoir appris ces nouvelles, elle en veut aux militaires. « Ça ne nous intéresse pas, on ne veut pas les voir ici, s'indigne-t-elle. Les soldats sont venus pour nous sauver, mais ils sont aussi venus pour faire du mal aux petits enfants qui sont sur le site. Il y a des malfaiteurs qui ont commis des viols sur les femmes, sur les petites filles, sur les petits garçons. »

L'ONU soulagée

Ce scandale sexuel implique une quinzaine de soldats français ainsi que cinq soldats tchadiens et de Guinée équatoriale lors de leurs déploiements en Centrafrique. Une dizaine d’enfants du camp de déplacés de Mpoko à Bangui auraient été obligés de pratiquer des actes sexuels en échange de nourriture. Le rapport a été divulgué par un cadre de l’ONU qui s’est dit choqué par l’inertie de sa hiérarchie. Le siège de l’ONU, régulièrement attaqué pour son manque de transparence sur ces affaires d’abus sexuels se défend d’avoir cherché à étouffer l’affaire.

Au bureau des opérations de maintien de la paix à New York, c’est le soulagement qui prédomine, rapporte notre correspondante au siège des Nations unies, Marie Bourreau. en effet, ces accusations d’abus sexuels concernent des soldats français déployés dans le cadre de la force Sangaris en Centrafrique et des soldats tchadiens et équato-guinéens qui appartenaient à force panafricaine de la Misca. Ils ne sont donc pas directement liés aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.

De nombreuses questions restent en suspens

C’est dès lors la principale ligne de défense du secrétariat général et de la commission des droits de l’homme qui estiment avoir suivi la procédure régulière : une enquête de terrain pour établir les faits dès le mois de juin 2014, puis la rédaction d’un rapport qui est remis aux autorités françaises au mois de juillet.

Mais de nombreuses questions restent en suspens : pourquoi a-t-il fallu neuf mois pour voir cette affaire révélée au grand jour ? Pourquoi Anders Kompass, le cadre de l’ONU accusé d’avoir divulgué ce rapport, n’a été mis à pied que la semaine passée ? Et pourquoi l’ONU aurait empêché les autorités françaises d’interroger les enquêteurs qui ont travaillé sur le dossier ?

La France, à travers son opération Sangaris en Centrafrique, est un acteur important du maintien de la paix dans la région. Et à ce titre, un soutien essentiel à l’ONU.


Rfi.fr

Vendredi 1 Mai 2015 - 08:31



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