Somalie: les shebabs attaquent l'hôtel Naasa Hablood à Mogadiscio

Pour la deuxième fois en trois semaines, un hôtel de Mogadiscio a été la cible ce samedi 25 juin d'une violente attaque revendiquée par les shebabs somaliens. L'hôtel Naasa Hablood, situé dans le quartier du Kilomètre 4, dans le sud de la capitale, est connu pour être fréquenté par des hommes politiques et des membres de la diaspora. Le dernier bilan fait état de 11 morts parmi les civils, 5 assaillants tués et une vingtaine de blessés. Le mode opératoire est très similaire à l'attaque de l'hôtel Ambassador, qui avait fait 10 morts le 1er juin.



L'attaque a débuté vers 16h30, heure locale. Un véhicule piégé a explosé devant l'enceinte de l'hôtel, connu pour être fréquenté par des hommes politiques et des membres de la diaspora. Cette explosion a causé la mort du conducteur, mais aussi de deux passants, a indiqué le ministre somalien de la Sécurité intérieure, Abdirisak Omar Mohamed.

La brèche créée a permis à un commando de trois hommes, arrivés à bord d'un second véhicule, de pénétrer dans le bâtiment. Trois gardes de sécurité employés par l'hôtel ont alors été tués.

Des échanges de tirs pendant plus de deux heures

« On a entendu une énorme explosion. Elle a soufflé plusieurs vitres des bâtiments alentour, y compris le nôtre, témoigne sur RFI un salarié d'un hôtel tout proche du lieu de l'attaque. Quelques minutes plus tard, on a compris que ça se passait à l'hôtel Nasaa Hablood, que l'explosion avait eu lieu à l'entrée. Après ça, on a entendu d'intenses échanges de tirs, ça continuait et des bombes étaient lancées en même temps. Ensuite, les forces gouvernementales et le personnel de sécurité de l'hôtel ont affronté les assaillants. Ça a duré presque deux heures. »

Selon les informations données par le ministre somalien de la Sécurité intérieure, l'attaque et la riposte des forces spéciales ont duré environ 2h30. « Quand nos forces ont donné l'assaut, elles ont abattu les 3 assaillants et sauvé 16 clients », explique le ministre somalien de la Sécurité intérieure.

Les shebabs revendiquent l'attaque

« La zone, d'après ce qu'on entend, est redevenue sûre (vers 19h30 heure de Paris, ndlr), les routes ont été rouvertes, mais les forces de sécurité sont encore très présentes, ajoute le témoin de l'hôtel voisin. On a vu quelques blessés, légèrement touchés, des gens qui travaillaient à ce moment-là dans les commerces alentour : une station-service, un commerce de voitures, des marchands tout près. Beaucoup ont été blessés. »

Au total, ce sont donc 5 assaillants qui ont été tués : 3 abattus, 2 dans l'explosion de leur voiture. Le bilan civil de six morts pourrait s'alourdir, car la première voiture piégée a fait plusieurs blessés, dont certains grièvement.

Les shebabs, affiliés à al-Qaïda, ont revendiqué l'attaque dans un communiqué posté sur les réseaux sociaux. Cette attaque intervient un peu plus de trois semaines après celle de l'hôtel Ambassador, qui avait fait 10 morts le 1er juin.

« Attaques de désespoir »

Pour le ministre somalien de la Sécurité intérieure, joint par RFI, ces dernières attaques sont des « attaques de désespoir », alors que le mois du Ramadan se termine. « Les shebabs n'ont pas réussi à causer les crises d'ampleur qu'ils souhaitaient à Mogadiscio, explique-t-il. Ils veulent montrer qu'ils sont toujours actifs et causer le plus de dégâts possible, mais ils n'ont pas réussi. Le nombre de victimes aujourd'hui a été réduit au minimum et nous avons abattu tous les assaillants. »

Et de vanter des forces de sécurité somaliennes : « Au top de leurs capacités. Elles mènent des opérations de sécurisation au quotidien. Hors de la capitale, les shebabs ont été battus, donc tout ce qu'il leur reste, c'est de commettre des atrocités contre les civils en utilisant des explosifs. Nous avons d'ailleurs réussi à éviter 15 à 20 attentats à l'explosif au cours des 2 derniers mois. C'est un signe fort que nos services de renseignements fonctionnent très bien. Mais le risque zéro n'existe pas, car ce type d'attaque est difficile à empêcher. »

Ramadan et contexte pré-électoral
Pour Cedric Barnes, directeur du bureau Afrique de l'Est à International Crisis Group, la proximité des deux attaques du 1er et du 25 juin s'explique par la période du Ramadan et le contexte pré-électoral, avec les législatives et présidentielles prévues pour la fin de l'année.

« On voit que les shebabs peuvent encore pénétrer jusqu'au coeur de certains quartiers, constate le chercheur. Il existe tout un tas de théories pour expliquer que les shebabs puissent se déplacer ainsi dans Mogadiscio, mais le coeur du problème est qu'ils ont un réseau implanté depuis longtemps et profondément dans la capitale. Et comme on l'a vu à Bagdad ou Kaboul, quel que soit le niveau de protection assuré par les forces de sécurité locales ou internationales, ce type d'attaques reste difficile à empêcher».

Il rappelle d'ailleurs que les attaques contre les hôtels se sont multipliées « ces 3 ou 4 dernières années, et même avant. Je ne pense pas que l'Amisom [la Mission de l'Union africaine en Somalie, ndlr] soit en train de s'affaiblir. Bien sûr, l'Amisom a dû faire face à de nombreuses critiques et à des coupes dans ses financements. Mais elle m'apparaît plus forte qu'avant, dans le sens où la résistance à laquelle elle a dû faire face à Mogadiscio par le passé était bien plus conséquente. Pour moi, cette attaque vise surtout à mettre la pression sur les classes politiques et dirigeantes somaliennes, qui plus est en cette période de Ramadan durant laquelle les shebabs multiplient traditionnellement les attaques et à l'approche des élections prévues en août-septembre prochain».

Rfi.fr

Dimanche 26 Juin 2016 - 01:37



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