Soudan du Sud: des dizaines de civils tués dans l’attaque d’une base de l’ONU

Au moins 58 personnes ont été tuées et plus d'une centaine blessées lors de l’attaque d’une base de l’ONU à Bor, où se sont réfugiés plusieurs milliers de civils. L’attaque a été menée par un groupe d’environ 350 hommes armés, en civil. Un témoin joint par RFI évoque une « situation désespérée ». Le Conseil de sécurité de l’ONU a mis en garde le gouvernement.



« On a entendu des tirs dirigés contre le camp et en particulier contre la zone où sont logées les populations civiles déplacées. On a commencé à courir dans tous les sens, puis on a réalisé que les tirs s'intensifiaient », rapporte Yakani Hillary, employé de IAS (International Aid Services), qui était présent dans la base de l’ONU à Bor, dans l’est du pays, au moment de l'attaque. Environ 5 000 civils, fuyant les combats et les violences ethniques, avaient trouvé refuge dans cette base des Nations unies.
 
« Les assaillants avaient l'air d'être des jeunes venus de la ville de Bor équipés d'armes à feu, de machettes », explique-t-il. « On a mis du temps à s'enfuir, car les balles fusaient dans tout le camp, y compris dans la zone réservée aux humanitaires. Au moment de l'attaque, la plupart des gens ont fui le camp et sont allés se réfugier dans l'enceinte du bataillon sud-coréen ». Lorsque les tirs se sont calmés, « on a commencé à découvrir qu'il y avait des morts, surtout des civils déplacés, des femmes, des enfants, des hommes, sans distinction ».
 
Les déplacés craignent de nouvelles attaques
 
Son ONG s'occupe essentiellement d'accès à l'eau et de l’amélioration des conditions sanitaires, mais il a passé l'essentiel de la journée de ce vendredi à ramasser des cadavres et des débris. Selon lui, près de 3 000 déplacés, sur les 5 000 qui étaient présents, ont fui au moment de l'attaque et seule une petite d'entre eux était rentrée en milieu d’après-midi, ce vendredi. « Les gens ont peur. Ils ont peur d'être attaqués à nouveau. Ils prennent peu à peu connaissance de l'ampleur de dégâts et ne font que découvrir des cadavres, ceux de leurs amis ou de membres de leur famille qui gisent à terre... Les gens sont très affectés. Il est même difficile de parler pour certains », rapporte-t-il au micro de RFI. « Il faut vraiment que les dirigeants de ce pays se préoccupent de ce qui arrive ici. Ces gens ont besoin d'aide. Ils peuvent difficilement se déplacer ou n'osent pas le faire, car tout peut arriver. La situation est très volatile, imprévisible. Il faut que les dirigeants de ce pays et la communauté internationale fassent de Bor une priorité, car ici, la situation est désespérée. »
 
Le Conseil de sécurité évoque un « crime de guerre »
 
Toby Lanzer, responsable des opérations humanitaires au Soudan du Sud, a fait état d’au moins 48 victimes civiles, dont des femmes et des enfants, et d’une centaine de blessés. « Mais ce nombre pourrait augmenter, car plus de 100 personnes ont été blessées, certaines très gravement », a précisé Toby Lanzer, cité par l’AFP. Par ailleurs, dix assaillants ont été tués. Ce vendredi, une déclaration adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies exige du gouvernement sud-soudanais qu’il prenne « des mesures immédiates pour assurer la sécurité de tous les civils et de toutes les bases de l'ONU ». Cette attaque, comme celle qui a visé Bentiu le 14 avril, « peut constituer un crime de guerre », a prévenu le Conseil de sécurité.
France 24


Samedi 19 Avril 2014 - 13:00



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