Soudan du Sud: la menace d'un génocide

Deux semaines après l’annonce par des experts de l’ONU d’un « nettoyage ethnique » en cours dans plusieurs régions du Soudan du Sud, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU organise mercredi 14 décembre une session spéciale pour tenter de prévenir un génocide.



Déjà à la mi-novembre, Adama Dieng, le conseiller spécial de l’ONU sur la prévention du génocide, avait affirmé devant le Conseil de sécurité avoir vu au Soudan du Sud « tous les signes qui montrent que la haine ethnique et le ciblage des civils peuvent déboucher sur un génocide si rien n’est fait pour l’empêcher ».
 
La montée de la violence
 
La situation humanitaire dramatique du Soudan du Sud, en proie à une guerre civile depuis décembre 2013 qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et plus de 2,5 millions de personnes déplacées, continue de se dégrader. Depuis l’échec d’un dernier plan de paix en juillet dernier, les violences sont en forte hausse, les populations se déchirent dans des affrontements à caractère ethnique qui laisse entrevoir le pire entre les factions rivales.
Une délégation du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme qui s’est rendue pendant dix jours dans les villes de Bentiu (nord), Malakal (nord-est) et Wau (nord-ouest) pour y rencontrer les responsables gouvernementaux, les membres de la société civile et les victimes du conflit, ont fait un rapport alarmant sur l’évolution de la situation sur place. La chef de la délégation, Yasmin Sooka a déclaré à son retour : « Partout où nous sommes allés dans le pays, nous avons entendu des villageois dire qu’ils étaient prêts à répandre du sang pour récupérer leurs terres…Beaucoup nous ont dit que le point de non–retour avait été atteint », ajoutant : « Il y a déjà un processus régulier de nettoyage ethnique en cours dans plusieurs zones du Soudan du Sud… (qui se traduit notamment) par la faim extrême, des viols collectifs et la destruction de villages. » Et de conclure : « Tout est là pour que ce qui s’est passé au Rwanda se répète, et la communauté internationale a l’obligation de l’empêcher. »
 
Une jeune nation déchirée
 
Dernier né du continent, le Soudan du Sud est devenu indépendant en 2011 au prix d’une longue lutte avec le Soudan dont il s’est détaché. Cette lutte pour la libération a été menée par deux chefs de guerre, Salva Kiir devenu président et Riek Machar, ancien vice-président, lorsqu’en 2013 ils s’opposent et plongent le pays dans une guerre qui a fait depuis des dizaines de milliers de morts et plus de 2,5 millions de déplacés.
 
En août 2015, un accord de paix est signé entre les deux camps qui décident de créer un gouvernement d’union nationale. Mais pendant les négociations pour la création de ce nouveau gouvernement, en juillet 2016, les oppositions réapparaissent et les combats reprennent à Juba (la capitale) dans le sud du pays entre les deux chefs et leurs fractions armées. Aujourd’hui, les chefs historiques seraient en Afrique du Sud et leurs armées respectives, après de fortes défections, se seraient recomposées pour reprendre les combats qui se sont étendus de manière diffuse à d’autres régions. Mais l’affrontement politique s’est doublé d’un affrontement ethnique, opposant principalement les Dinka (ethnie du président) aux Nuer (ethnie de Riek Machar), rejointes par d’autres groupes victimes ou acteurs du conflit (plus de 60 ethnies au Soudan du Soudan), qui divisent profondément la jeune nation.
 
Une population affamée
 
Face à la guerre, aux violences inter-ethniques et à la faim, d’après Inès Dal, chargée de programme sur le Soudan du Sud à Première Urgence Internationale, « 1,8 millions de personnes se sont déplacées à l’intérieur du pays et 1,2 millions de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins en Ouganda, en République démocratique du Congo ou en Ethiopie. » Une situation qu’explique Inès Dal pour partie : « Le taux d’inflation en juillet 2016 a atteint 661% dans le pays (le plus haut taux d’inflation du monde) et le coût des denrées alimentaires est monté à 770%. Du coup, la population n’a plus accès aujourd’hui à la nourriture, et on estime que sur une population de 12 millions de Sud-Soudanais, 3,6 millions de personnes ont besoin d’assistance alimentaire d’urgence et n’ont plus accès aux denrées alimentaires suffisantes ». De plus, les récoltes à venir seront très insuffisantes et les ONG estiment que près de 4,6 millions de personnes auront besoin d’assistance alimentaire en 2017.
 
Le chaos
 
L’ONU estime qu’en 2017, plus de 128,6 millions de personnes dans 33 pays auront besoin d’une assistance humanitaire. L’organisation a demandé début décembre 2016 pour ses programmes d’aide la somme record de 22,2 milliards de dollars (20,9 milliards d’euros). « C’est le reflet d’un état des besoins humanitaires jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale », a commenté Stephen O’Brien, le chef des opérations humanitaire de l’ONU, précisant que plus de 80% des besoins sont liés à des conflits créés par l’homme, avec, pour ce budget, trois destinations prioritaires qui vont absorber une grande partie des fonds : la Syrie, le Soudan du Sud et le Yémen. L’aide prévue pour le Soudan du Sud est de 2,5 milliards de dollars, dont 1,2 milliard sera destiné au plan d’aide aux réfugiés sud-soudanais.
Les besoins sont énormes, ils étaient déjà très important avant l’aggravation de la crise en juillet mais depuis, la situation s’est considérablement détériorée. L’aide humanitaires peine à arriver sur les sites les plus touchés, les routes étant souvent bloquées ou impraticables pour des raisons sécuritaires, certaines régions deviennent inaccessibles et le pays sombre dans le chaos.

Rfi.fr

Mercredi 14 Décembre 2016 - 10:07



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