Soudan du Sud: un face-à-face inédit entre Salva Kiir et Riek Machar

Les frères ennemis sud-soudanais devraient tenir un face-à-face inédit ce vendredi pour tenter de mettre fin aux hostilités qui depuis la mi-décembre ont conduit le plus jeune Etat de la planète au fond du gouffre. Sous la pression de Washington, le président Salva Kiir et son ancien vice-président devenu son adversaire, Riek Machar, ont accepté le principe d'un dialogue pour sortir le pays de la crise. Reste à savoir s'ils parlent tous le même langage.



Riek Machar est arrivé à Addis-Abeba jeudi dans la soirée. Et Salva Kiir est attendu dans la matinée. Le ministre de l'Information sud-soudanais, Mickael Makuei, a déclaré que cette rencontre « devrait stimuler le processus de paix ».

De passage en Afrique la semaine dernière, John Kerry s'est rendu à Juba. Le secrétaire d'État américain avait pressé les deux leaders ennemis à se rencontrer en Ethiopie. La réponse n'a pas tardé à tomber. Et elle était positive. Un grand pas. Car les deux hommes ne sont jamais rencontrés depuis le début de la guerre civile le 15 décembre. Au conflit armé, se sont ajoutées des tensions tribales entre Dinka, l'ethnie majoritaire de Salva Kiir et Nuer, celle de Riek Machar.

Un accord de cessez-le-feu avait bien été signé le 23 janvier dernier, mais il n'a jamais respecté.

Des projets opposés pour le moyen terme

Pour que la paix revienne au Soudan du Sud, il faudrait que Salva Kiir et Riek Machar acceptent de mettre en œuvre le cessez-le-feu conclu fin janvier mais jamais appliqué, qu'ils abordent la question du désarmement des milices, du déploiement d'une force régionale et du renforcement de la mission onusienne.

Mais les deux hommes ont d'autres idées en tête. Salva Kiir se rend à Addis-Abeba avec en poche une proposition de gouvernement d'union nationale. Riek Machar, lui, souhaite que l'on aborde la question d'une réforme constitutionnelle en vue de créer un Etat fédéral. Des questions de fond certes, mais éloignées de l'objectif immédiat qui est de faire taire les armes et de mettre fin aux souffrances de tout un peuple.

Un plan américain de transition ?

Après trois mois d'observation, les Américains sont passés à la pression directe, et ne cachent plus leur défiance vis-à-vis des deux dirigeants qui ont conduit le pays au fond du gouffre. Ce n'est sans doute pas un hasard si les pressions américaines ont permis la libération de Pagan Amum, l'ex-secrétaire général du parti au pouvoir, accusé par Salva Kiir de tentative de coup d'Etat.

Au-delà du dialogue immédiat entre Kiir et Machar, Washington peaufine des stratégies de moyen terme. La question étant de savoir si le grand parrain américain cherche ou non à écarter en douceur les deux principaux acteurs du conflit au profit d'une tendance emmenée par Pagan Amum.


RFI

Vendredi 9 Mai 2014 - 01:00



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