Sur la question Rom



Sur la question Rom
Un adage rom dit : « Dieu a donné la terre au gadjo (le non-rom) ; au Rom, il a laissé la route. » (1) Ce peuple est bien l’âme de l’Europe. Nomade, traversant les frontières au gré des migrations, les Roms sont citoyens européens avant l’heure. Avec une population de 10 à 12 millions de personnes, selon les estimations, les Roms constituent la plus grande minoritéethnique d’Europe. Le terme générique de Rom désigne ce peuple dispersé, composé de plusieurs groupes et dialectes. En fonction de la géographie et de l’histoire, ils se désignent comme gitans, gens du voyage, manouches, ashkali, sinti…

Venus du nord de l’Inde entre le XIVe et XVe siècle, les Roms sont marginalisés depuis des siècles. En Europe de l’Est, les premiers venus subiront l’esclavage. Elle ne sera abolie qu’en 1860. Les affranchis se dispersent un peu partout sur le vieux continent. Le génocide nazi viendra décimer des centaines de milliers d’entre eux. Chassés par la misère, la haine et les guerres, ils s’installeront de plus en plus dans les pays les plus riches.

Divisés et dispersés, les Roms tentent de s’organiser. Le 8 avril 1971, l’Union romani internationale organise le premier congrès mondial pour la défense des droits et de la culture rom. Depuis, cette date est devenue leur journée internationale. Mais leur situation ne cesse de se dégrader. Dans un contexte de crise, les Roms servent de bouc émissaire idéal. En Italie, le populiste Bernuscoli promet de se débarrasser d’eux. Joignant la parole à l’acte, tout y passe : fichage, violence, expulsion…

« Nés pour voler », titre en juillet 2008 l’hebdomadaire (pro-bernuscoli) Panorama.
Le commissaire européen à l’égalité des chances, Vladimir Spidla, avertit en vain :
« La crise économique actuelle augmente les risques d’une exclusion totale des Roms, quivivent souvent en marge de la société. Nous avons besoin, non de politiques répressives, qui condamnent plus sûrement encore les Roms à la pauvreté et à l’exclusion sociale, mais bien de politiques constructives qui leur donnent leur chance. » L’Union européenne s’est saisie prioritairement de cette question. Elle a mobilisé 275 millions d’euros en six ans.

La sagesse rom enseigne, elle, que « l’homme n’a pas seulement besoin de pain, mais aussi de respect. ».





(1) Sagesse et humour du peuple rom, Marcel Courthiade,
Harmattan, Paris 2007

Ousmane Ndiaye, journaliste

Samedi 28 Août 2010 - 17:52



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