Tahar Ben Jelloun: « Ce 7 mai 2017, quand Marine Le Pen a été élue »

Dans une tribune au « Monde », l’écrivain imagine un certain soir de second tour, une fois le Front national victorieux. Et estime que la résistance est possible.



Tahar Ben Jelloun: « Ce 7 mai 2017, quand Marine Le Pen a été élue »
TRIBUNE. Nous n’oublierons jamais ce dimanche 7 mai 2017, soir funeste, où à 20 heures précises l’image de Mme Le Pen s’est lentement affichée sur tous les écrans de France. Nous nous sommes regardés, nous n’avons pas voulu y croire, les sondages se trompent si souvent, et puis le peuple de France est assez averti. On se disait : « il ne ferait pas ça ! ».
 
Nous avons baissé les yeux puis, comme si nous avions honte, comme après une grosse défaite de notre équipe favorite, comme après la perte d’un être cher, nous avons sombré dans un long et pesant silence. Nous étions atterrés, vidés, l’âme prise par une drôle de vilenie. L’un de nous s’est levé et a crié : « Résistons ! » Sa voix retentissait en nous, mais nous étions sonnés, sans ressources, sans énergie, brisés, la salive amère.
 
La démocratie est ainsi. Elle accouche de temps en temps d’aberrations. C’est que nous avons oublié de définir et d’enseigner les valeurs de la démocratie, qui n’est pas une simple technique de chiffres. Le geste de voter n’est qu’une partie de l’acte démocratique, encore faut-il voter pour des valeurs de progrès, d’humanisme, de solidarité, de fraternité. Or, ce soir, une partie des Français ont voté contre ces valeurs. Ils sont sans doute satisfaits.
 
Certains font la fête, même si une peur les traverse comme la rumeur, comme les fruits blets d’une amère victoire. Le miracle est en marche. Les idées nauséabondes de certains font leur chemin dans des mentalités désemparées qui n’ont pas été voir de près ce qu’est ce parti, ce qu’est son programme, ce qu’est sa vision du monde, ce que sont ses références, comment il ignore ou méprise la devise de ce peuple, comment sa réputation a été parsemée de petites phrases xénophobes, d’insinuations malheureuses, de petits « détails », d’incitations à la haine et au repli. La colère a été une bien mauvaise conseillère.
 
La peur et l’ignorance
La peur doublée d’ignorance...

Tahar Ben Jelloun:

Mardi 11 Avril 2017 - 17:01



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter