Tambacounda, Kedougou, Dindefelo: Misère et beauté des campagnes oubliées du Sénégal

Riche terroir occupé par des paysans dépourvus de moyens les plus rudimentaires, la communauté rurale de Dindefelo est une zone aux antipodes. En ce début de 21 ème siècle, les paysans pasteurs de la zone sont encore à l’heure de la daba et de l’hilaire. La traction animale est la norme. Aucune forme de maîtrise d’eau en dehors de la pluie n’est tentée dans certaines localités. Le fleuve Gambie qui passe jusqu’aux alentours de Kédougou, Samékouta, Saraya etc. n’a été « perturbé » par un quelconque aménagement à certains endroits. Le reste est laissé à Dieu. Jusqu’à quand, se demandent encore certaines femmes et les jeunes qui veulent que les choses bougent ?



Tambacounda, Kedougou, Dindefelo: Misère et beauté des campagnes oubliées du Sénégal
Venue la veille de Dakar, le petit groupe a passé la nuit dans une petite auberge de campagne à Kédougou. Un voyage sans problèmes sur une route qui faisait souvent peur aux voyageurs avant d’être refaite. Aujourd’hui, de Dakar à Tambacounda, la voie a été vraiment bien aménagée. Et, en dehors de la forte présence des gros camions porteurs en direction du Mali, on peut fermer les yeux et rouler sur cette route nouvelle. Bamako n’est plus aussi loin. La Guinée aussi. Les voies sous-régionales se dessinent. Une petite halte à Tambacounda pour le déjeuner, et voici le groupe en direction de Kédougou, ville qui a été rejointe aux environs de 17 heures. A une autre époque, le voyage aurait duré une journée entière.

A peine arrivés, il faut penser à l’hébergement, la popote du soir. Pas de temps de tergiverser, le dîner est servi assez rapidement et tous sont allés rejoindre leur chambre pour récupérer. Le lendemain mardi 14 juillet, le soleil est déjà levé quand le groupe prend le chemin de Dindefelo. La fatigue de la veille est toujours là et engourdit les jambes. L’on sent que la journée va être très longue. Il ne fait pas chaud. Une piste tranquille empruntée par peu de véhicules, des 4X4 essentiellement nous ouvre la voie. L’on se dit que si c’est comme cela jusqu’au village des collines, ce sera agréable pour tous. Que non !

Au bout d’une clairière, voilà le véhicule qui amorce un virage à gauche. Bonjour la nouvelle piste. Un sentier pour dire. Le vrai voyage commence à ce point. La voiture avance et à chaque étape, les secousses vous réveillent et vous plongent dans une ambiance comme dans un songe : des fleurs, des herbes hautes pour un hivernage qui n’est là que depuis un mois et demi. Mais, à un moment, la fatigue et les chemins tortueux dans lesquels vous plonge ce voyage, sur des voies d’un autre temps font que vous ne remarquez rien de cette ambiance de ce paradis vert. Dans ce monde marqué par une forte superposition de plaines, plateaux et montagnes, même une voiture 4X4 ne suffit pas. Il faut avoir un chauffeur habile.

Il a plu la veille et de la montagne continue de descendre une bonne quantité d’eau qui coupe à certains endroits le sentier. Sentier, oui, parce que de Kédougou à Dindefelo, il n’y a même pas de latérite sur la voie. C’est une piste du siècle dernier. Peut-on d’ailleurs parler de piste sur cette voie qui sort de nulle part après quelques kilomètres au sortir de la piste menant vers Bandafassi à l’ouest ? Un véritable calvaire. Le lot d’obstacles qui séparent le visiteur des 30 km qui vont de Kédougou à Dindefelo n’est pas de tout de repos.

Dans ce décor planté dans le vert, l’on est vite fasciné sur la route latéritique qui mène à Bandafassi par la beauté des arbres, des plantes présentes le long de la voie. Ce décor de rêve permet de chasser le diable de temps à autre au cours du voyage. Des espèces endémiques de combrétacées, des fleurs en pleine forêt qui rappellent l’exubérance des belles espèces florales d’Afrique comme le Jacaranda. Vène, kapokier géant, baobab, tamariniers, cailcédrats, fromagers vous plongent dans le décor fastueux des ressources sauvages. Bienvenue dans le domaine des fruits de cueillette dont la reine à certains endroits est le Saba senegalensis (mad en Wolof). Tout un charme.

Dindefelo, au bout du suspense


Au bout de la fatigue, les reins sérieusement secoués par les trous sur la voie, la vase qui retient le véhicule à certains endroits, le voyage se termine aux environs de 11 heures, depuis le départ de Kédougou qui a eu lieu à 8h30 mn. 30 km de souffrance. L’enfer pour un chauffeur. La fin du monde pour celui qui ne sait combien de temps il reste pour rejoindre ce village du bout du monde. Une journée de contacts et de rencontres diverses, nous voici enfin dans ce paradis perdu au cœur de la forêt.

Des cases en forme de paillottes. Des femmes qui reviennent du puits un seau ou une grosse calebasse sur la tête. Des enfants jeunes filles et garçons qui se bousculent sur un chiffon à la forme d’un ballon de football. Tout de suite on sent que le monde s’est comme arrêté à cet endroit. Des airs d’un autre monde. Dindefelo vous accueille avec le parfum de l’herbe de cet hivernage bien arrosé. Fondé au début des années 1920 par un chasseur du nom de Manga Dian Pathé Traoré, ce village a par la suite reçu des vagues de populations en provenance de la Guinée, notamment du temps du régime de l’ancien président Sékou Touré, a noté Karim Camara. Aujourd’hui, Dindéfélo compte deux campements et une auberge, reçoit des touristes, en majorité des Espagnols avec des piques d’affluence en août, avril et décembre. Sur le volet sécuritaire, Dindefelo, qui compte campements touristique équipés avec peu de moyens, n’est pas un modèle de garantie pour la sécurité. Les portes des cases n’ont pas de clé, et c’est quand on est dehors qu’on peut les refermer derrière.

Pendant toute la nuit, tout bruit ou tout mouvement suspect, donnait quelque frayeur. Certains comme cet ami gambien, avaient une peur bleue des rampants (les serpents en particulier). Il demandera à dormir avec quelqu’un dans sa chambre. Mais, jamais seul dans cet environnement. Le lendemain mercredi, par un matin calme après une nuit de fortes pluies, le groupe se réveille dans un campement envahi par les escargots. Bienvenue à Dindefelo, petit village pittoresque à quelques encablures de la frontière avec la République de Guinée.

Sur le sol ocre rendu mou par la quantité des eaux tombées la veille ou quelques minutes plus tôt, la présence de ces petites bêtes inconnues dans nos terroirs du nord, fascine. Sortis des cases de fortunes qui nous ont servis de campements pendant une nuit, un petit déjeuner assez copieux nous attend. Tout le monde s’affaire dans ce campement villageois dit rénové où de simples cases sous-équipées servent de lieu de passage. Hier soir, au moment d’aller au dîner, certains qui n’ont jamais vu du fonio étaient obligés de la consommer pour une fois.

Le village ne compte ni du poisson, encore moins de la viande. Une fois par semaine, lors des marchés hebdomadaires, la viande de bœuf est vendue comme celle du mouton. En semaine, on ne trouve que du poulet local rôti et accompagnant le fonio, le riz. Le pain local est fait à base de feu au bois. Et le poisson n’existe pas à Dindefelo. Village d’Afrique d’il y a un siècle, Dindefelo est un site sorti de nulle part pour le visiteur qui y arrive pour la première fois. Et en voilà pour le décor. Et, ce n’est pas tout.

Un village hors du monde

Dindifélo est un village de plus de 1.400 habitants logé au flanc d’une colline en forme d’arc dans sa partie orientale. Il se trouve au sud est de Kédougou, dans le Fouta Djallon et signifie « au bas de la montagne » en Peul. La Guinée est de l’autre côté et le premier village, Lougué ne se situe qu’à sept kilomètres. Confronté à la question de l’eau, Dindefélo compte deux forages qui sont souvent en panne. Les 30 kilomètres qui séparent cette lointaine localité de Kédougou, sont entrecoupés de ravins et ruisseaux à travers un relief particulièrement accidenté. Un véritable parcours du combattant, pour les visiteurs, même à bord d’une voiture 4X4.

Sans plonger dans le désespoir, les populations surtout les jeunes qui sont encore restés au village expriment des attentes au moment l’ancien bled de Kédougou a été érigé en région administrative. Ces attentes sont exprimées par rapport au conseil rural qui sera mis en place à l’issue des prochaines élections locales suite au nouveau découpage administratif qui a fait de leur village, une communauté rurale. Première doléance, la valorisation des richesses touristiques. En effet dans ce territoire du bout du monde, ont été conservés beaucoup de curiosités touristiques.

Il s’agit en plus de la cascade de Dindefelo, de la malle de Pélél, de l’empreinte du chasseur de Tépérédiantoung, de la cascade de Ségou, de celle de Afia, des grottes de Dandé, complexe auquel on peut ajouter toute la richesse du fleuve Gambie avec sa mangrove où l’on peut voir les hippopotames et la présence remarquée d’un des primates supérieurs disparus des territoires nord de l’Afrique de l’ouest, le chimpanzé.

Une cascade, pour la vie

Une fois arrivé sur les lieux, notre curiosité est d’entrer en contact avec le miracle de la nature qu’est la Cascade. Il faut marcher. Ce n’est pas loin, dit-on souvent dans les campagnes. A moins d’une dizaine de kilomètres du village se trouve la cascade. Une petite merveille de la nature haute d’une centaine de mètres. Aujourd’hui, ce site classé patrimoine mondial par l’Unesco n’a eu aucun effet sur les espoirs touristiques de la zone. Le village est toujours pauvre et aucune voie d’accès ne mène aux chutes. C’est dans les entrailles de la forêt, sans voie tracées, ni aucun moyens d’être secourus en cas de pépins physiques, de morsures ou de blessures que se trouve encore le site.

L’énergie solaire insuffisante face à la pauvreté


Village du bout du monde, un touriste qui va vers cette localité devrait s’armer d’une grande condition physique et d’une grande patience. Confrontée comme le dit le président de la communauté rurale d’un manque criard d’infrastructures de base, il faut plus de deux heures pour faire la distance (30 km). Ce territoire riche de son potentiel manque également d’une autre source qui fait la vie et l’économie : l’eau.

Dans les campements, l’énergie solaire permet aujourd’hui d’accéder à l’eau des forages mais aussi à l’électricité pour seulement une partie de la journée. La nuit, c’est à peine pendant trois heures d’horloge que vous avez l’électricité. Pendant l’hivernage, le niveau d’ensoleillement est bien faible, le jour. Et, les panneaux ne tirent pas suffisamment d’énergie pour alimenter les capteurs. Un autre problème qui s’ajoute aux autres plus complexes liés à la facilité de mouvement et de circuler en un jour en aller et retour, sur l’axe Dindéfelo-Kédougou-Tambacounda.

Ce monde est bien triste à cause de l’enclavement est presque à part sur le territoire sénégalais. L’eau froide est une vraie aubaine, la boisson fermée dans des glaciaires de circonstance est un luxe. Et dire que le château d’eau de l’Afrique est à quelques mètres : le Fouta Djallon. Les campements villageois, comme les petites activités autour de la production et la transformation du fonio permettent aujourd’hui aux populations du village de surmonter les difficultés énormes auxquelles elles font face. C’est leur rare source de vie.

Les femmes s’activent aussi dans la transformation d’autres produits tirés de la forêt comme le jujube (Sidem) et le bouye. Mais, leur principal problème est dans l’enclavement. Et pourtant, le fonio qui reste ici la principale nourriture autour du mafé, du bifteck fait avec de la viande de chèvre, de poulet, de mouton ou bœuf est une céréale de plus en plus demandée dans le pays. La production débarrassée de toutes les pourritures et corps étrangers, elle est une des meilleures en Afrique de l’ouest. Le fonio est ici dans son terroir. C’est la céréale par excellence des peuls, Diakhanké et bassari qui sont le groupe dominant dans la zone.

Mame Aly Konté

Jeudi 2 Septembre 2010 - 11:26




1.Posté par SALL le 02/09/2010 12:04
Il y a vraiment énormément de choses à découvrir dans cette zone, surtout le peuple BEDIK que l'on confond souvent avec leur cousins BASSARIS.
Leur culture est riche et très variée et on peu la découvrir lors d' une fête traditionnelle nommée GAMOND.
Elle se tient au mois de mai et à pour but de prier les esprits du village afin d'avoir un bon hivernage.
Quant à la chute, elle vaut vraiment le détour. ON aurait dit que c'est pour protéger ce joyau que la nature l'a rendu si difficile d'accès.


2.Posté par SALL le 03/09/2010 11:37
Il y a vraiment énormément de choses à découvrir dans cette zone, surtout le peuple BEDIK que l'on confond souvent avec les BASSARIS.
la culture BEDIK est riche et très variée et on peu la découvrir lors d' une fête traditionnelle nommée GAMOND.
Elle se tient au mois de mai et a pour but de prier les esprits du village afin d'avoir un bon hivernage.
Quant à la chute, elle vaut vraiment le détour. on aurait dit que c'est pour protéger ce joyau que la nature l'a rendu si difficile d'accès.



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter