Teodorin Obiang en France : une vie de pacha, des soupçons de corruption

Un train de vie au luxe vertigineux en France, financé en partie par l'argent de la corruption ou des fonds publics : le réquisitoire de la justice française réclamant un procès contre Teodorin Obiang fait peser de lourds soupçons contre le fils du président de Guinée Equatoriale.



Une longue liste de voitures de marques prestigieuses, des grands vins, des bijoux et vêtements de valeur : l'inventaire des biens dressé à travers la trentaine de pages du réquisitoire du parquet national financier (PNF) est très éloigné du quotidien de ce petit pays d'Afrique, où plus de la moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté.
 
Le 23 mai, cette instance a demandé le renvoi de Teodorin Obiang, 46 ans, devant le tribunal correctionnel pour blanchiment à la fois d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption.
 
"A chaque venue en France (...) Teodorin Nguema Obiang a dépensé sans compter, se constituant un patrimoine mobilier de très grand luxe", résume le PNF, d'après les éléments rapportés à l'AFP par une source proche du dossier.
 
Exemple, lors de la vente aux enchères par la maison Christie's France de la collection d'art Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, présentée comme la "vente du siècle" en février 2009: l'enquête a établi que Teodorin Obiang a acquis 109 lots pour un montant total d'environ 18,3 millions d'euros.
 
Lorsque les enquêteurs cherchent les véhicules immatriculés en France et appartenant à l'actuel deuxième vice-président de Guinée-Equatoriale, chargé de la Défense et de la sécurité de l'Etat, ils font mouche. Lamborghini Diablo, Bentley, Mercedes, Bugatti, Maserati, Ferrari, Porsche Carrera: 17 véhicules sont recensés, puis d'autres encore auprès des concessionnaires.
 
Les factures mèneront les enquêteurs de l'Office central de répression de la grande délinquance financière à une adresse avenue Foch, un des quartiers les plus chers de la capitale française. L'hôtel particulier, où la perquisition avait pris plusieurs jours en 2012, s'élève sur cinq niveaux, avec 101 pièces et plus de 4.000 mètres carrés.
 
Pots-de-vin
 
Des vêtements siglés à ses initiales aux témoignages du gestionnaire de biens, du décorateur d'intérieur ou d'employés de maison, de nombreux éléments viennent confirmer qu'Obiang est le réel propriétaire des lieux. Comme de nombreux véhicules, l'ensemble immobilier, évalué par la justice à plus de 107 millions d'euros, a été saisi par les juges en 2012.
 
Pour le parquet, un tel patrimoine, "constitué en quelques années, ne peut avoir été financé par ses seuls revenus officiels".
 
Or, le nom d'une société qui a financé une partie des achats, revient en boucle: il s'agit de la Somagui Forestal, une société guinéenne d'exploitation forestière dont Teodorin Obiang avait le contrôle, tout en étant à l'époque ministre de l'Agriculture et des forêts.
 
Grâce à la coopération espagnole, les juges ont recueilli le témoignage d'un entrepreneur qui a décrit un système de pots-de-vin pour travailler dans le pays.
 
Interrogé par l'AFP, un des avocats de Teodoro Obiang, Me Emmanuel Marsigny, n'a pas souhaité faire de déclarations.
 
"Nous contestons la compétence de la France à juger cette affaire et les éléments sur lesquels s'appuie le réquisitoire", avait déclaré jeudi un autre avocat du dignitaire équato-guinéen, Me Thierry Marembert.
 
Outre les soupçons de corruption, le parquet financier pointe des détournements de fonds du Trésor public de Guinée-Equatoriale vers les comptes personnels de Teodoro Obiang, via la SGBGE, une filiale de la Société Générale implantée à Malabo.
 
Visée dans l'enquête, la banque française a été placée sous le statut de témoin assisté. Le parquet a requis un non-lieu, en soulignant "l'absence de moyens véritables d'action et de contrôle" de la banque.
 
Si les juges d'instruction décidaient du renvoi de Teodorin Obiang devant le tribunal correctionnel, "pour la première fois un procès se tiendra en France et même en Europe" dans l'enquête sur les "biens mal acquis", se sont félicitées dans un communiqué les associations Sherpa et Transparency International France, à l'origine de la procédure.
 
En Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang, 73 ans, au pouvoir depuis 1979, a été réélu fin avril avec 93,7% des suffrages. Son fils est considéré comme son possible dauphin.
 
Avec AFP

Khadim FALL

Dimanche 29 Mai 2016 - 12:38



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