Tunisie : « Les cas de torture ne sont pas une exception »

La pratique de la torture et des mauvais traitements reste courante en Tunisie. De nombreuses associations, comme des avocats et des citoyens dénoncent régulièrement ces pratiques. Les autorités semblent peiner à changer les habitudes. Le rapporteur des Nations Unies, Juan E. Méndez était présent à Tunis pour faire le suivi des recommandations faites sur cette question en 2012.



Trois ans après sa première visite en Tunisie le rapporteur des Nations Unies sur la torture, Juan E. Méndez, était de retour à Tunis pendant 3 jours, dans le cadre du suivi des recommandations formulées en 2012 contre la torture  et les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Lors d’une conférence de presse, qui a eu lieu vendredi 6 juin, il a fait par de son avis mitigé sur l’évolution de la situation.

Il a d’abord souligné les avancées qu’il a pu noter depuis sa dernière visite comme la création de mécanismes de prévention de la torture et la mise en place de la commission vérité et dignité.

Mais il a noté que même si il existe une volonté affichée de la part des autorités de lutter contre la torture et les mauvais traitements, les actes ne suivent pas assez rapidement. La justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité ne semblent toujours pas être des priorités. Les réformes institutionnelles traînent. Il n’y a eu que très peu de procès d’auteurs de mauvais traitements, malgré les nombreuses plaintes des citoyens. Les cas de mauvais traitements restent fréquents.

Les cas de torture ne sont pas l’exception, contrairement à ce que dit le gouvernement

a expliqué M. Méndez.

Le rapporteur spécial des Nations Unies a noté que la situation actuelle pouvait permettre aux politiques comme à la société civile, qui avaient fait bonne accueil de ses recommandations en 2012, de mettre en place un réel changement.

Il est important, selon lui, d’améliorer les conditions de détention des détenus. La surpopulation carcérale, l’absence de personnel médical (1 docteur et 1 infirmière pour 1000 détenus), les conditions d’hygiène déplorables sont autant de mauvais traitement infligés aux détenus :

Ce n’est pas parce que l’on est privé de sa liberté de mouvement que l’on doit se voir retirer sa dignité humaine

a-t-il déclaré.

M. Méndez a souligné la nécessite de modifier le Code de procédure pénal ainsi que les peines de prison. Ainsi il lui semble important de réviser l’application de l’emprisonnement préventif, de la liberté conditionnelle ou de l’enfermement pour consommation de stupéfiant. Il a également expliqué qu’il est important de mettre la garde à vue en accord avec les normes internationales.

La garde à vue doit rester l’exception et ne doit pas être systématique

a-t-il ajouté.

En 2011 l’accent avait été mis sur trois points particuliers : les mauvais traitements sous le régime Ben Ali, les abus commis lors de la révolution et des premiers mois du gouvernement transitoire et les mécanismes à mettre en oeuvre pour lutter contre ces pratiques dans le futur.

Le 26 juin prochain, pour la journée mondiale de lutte contre la torture, le bureau de Tunis de l’Organisation Mondiale Contre la Torture, avec une quinzaine d’associations, organisera différents événements en Tunisie afin de sensibiliser la population à cette question. Un point de sensibilisation sera mis en place au centre ville à Tunis. Dans différentes villes du pays des marches seront organisées en direction de lieux symboliques où la torture était pratiquée, comme l’ancienne prison du 9 avril à Tunis. Enfin un film documentaire sur l’affaire Baraket Essahel  sera organisé dans plusieurs centre culturels du pays.


slateafrique

Mardi 10 Juin 2014 - 16:36



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