Tunisie: l'entourage du terroriste de Sousse dans l'incompréhension

Deux jours après l’attentat qui a touché une plage privée de la station balnéaire de Sousse, l’incompréhension et le choc sont toujours palpables. En particulier à Siliana, la région d’origine de Seifeddine Rezgui, l’auteur de l’attentat, mais aussi à Kairouan, où il habitait et faisait ses études.



Seifeddine Rezgui, l'auteur de l'attentat de Sousse, qui a fait 38 morts, était originaire de Siliana, où vit encore sa famille, sous le choc.
Seifeddine Rezgui, l'auteur de l'attentat de Sousse, qui a fait 38 morts, était originaire de Siliana, où vit encore sa famille, sous le choc.

L'auteur de l'attaque de vendredi à Sousse  habitait à Gargabia, un quartier populaire du centre-ville de Kairouan. Regroupés autour d’une boutique, les habitants n’ont qu’un seul sujet de discussion : Seifeddine Rezgui, cet étudiant de 23 ans, auteur de l’attentat. Les riverains le décrivent comme un personnage discret, normal. Mais ici, tout le monde assure ne pas le fréquenter.

« Je l’ai vu seulement à quatre reprises ici. La propriétaire de sa maison n’habite pas ici. Elle loue sa maison à des étudiants pour gagner de l’argent », raconte Mohamed Mijdri.

D’après plusieurs résidents, Seifeddine Rezgui louait une chambre dans un immeuble depuis environ six mois. L’attentat semble avoir créé un climat de suspicion. Pour ce vendeur, difficile de contrôler les allées et venues dans ce quartier. « C'est pas facile de remarquer quelque chose, parce que c'est un emplacement où beaucoup de gens passent, il y a beaucoup de mouvements. »

Ici, on est surtout surpris d’apprendre que cet étudiant était un jihadiste. Car Seifeddine Rezgui n’affichait pas son intérêt pour la religion. « Je fais ma prière dans la mosquée qui est là et je ne l'ai jamais vu. Il n'est pas du quartier, d'une autre ville. Il était étudiant ici je crois », explique ce militaire à la retraite. « Ses amis boivent de l’alcool, comment peut-il être un islamiste ? » s’interroge un voisin.

Depuis l’attentat, ces habitants sont gagnés par des sentiments d’incompréhension et de colère. Ils ne veulent pas que l’on associe leur ville au terrorisme.

L'entourage sous le choc

A plusieurs centaines de kilomètres, dans la région de Siliana, le temps s’est comme figé dans le village de Gaafour. Adossé au mur de sa maison, le père de Seifeddine Rezgui, a le regard vide. Les membres de sa famille sont formels : Seifeddine ne montrait aucun signe de radicalisation.

« Au nom de Dieu, je ne sais pas pour quelle raison il a fait ça. Je ne sais pas où il a appris à se servir de ces armes. Qui l’a entrainé dans cette histoire ? Rien n’a changé de son comportement depuis qu’il étudie à Kairouan. Jeudi dernier encore, il était avec nous. »

Les amis de Seifeddine Rezgui n’ont aucun détail sur ses activités et ses fréquentations à Kairouan. Ils ne retiennent de lui, qu’un personnage poli, réservé, qui dansait le breakdance et aimait le football.

« Il n’y a rien ici à Gaafour, je vous assure, il n’y a pas de terroriste. Les gens sont gentils et je ne veux pas que tout le monde dise qu’il y a du terrorisme ici », confie Argoubi Saleh, un voisin.

La famille et les amis de Seifeddine Rezgui sont partagés entre le deuil et le sentiment d'incompréhension. Et dans ce village d’apparence paisible, on refuse d’être stigmatisé ou associé à la notion de terrorisme. Personne ne se doutait qu’il faisait partie d’un groupe jihadiste.

« C’était un personnage simple et généreux avec les voisins. Il faisait la prière, après sa prière, c'était le café et les blagues avec ses amis », se souvient Ali Mizouni, un retraité. Et ici, d’ailleurs, on attend du gouvernement, des mesures strictes en matière de sécurité pour éviter ce type de drame.


■ L’attaque de Sousse à la Une de la presse tunisienne

Trois jours après la plus grave attaque terroriste de son histoire moderne, la Tunisie panse ses plaies et regarde vers le futur. Si les journaux soulignent l'importance du drame, ils divergent sur les solutions à apporter pour résoudre le problème du terrorisme.

Du sang, des larmes et de la rage. La presse tunisienne est unanime pour pleurer les 38 victimes du massacre de l'hôtel Impérial Marhaba de Port el-Kantaoui, vendredi. Unanime aussi pour exprimer sa colère. Pour les deux quotidiens populaires La Presse et al-Chourouq, une bataille a été perdue, mais la guerre continue.

L'union sacrée se brise au moment d'aborder la stratégie à adopter. Le journal Le Tempsexhorte les responsables politiques au réveil : « Messieurs de l'exécutif, gouvernez ! ». Le quotidien fustige les multiples grèves et manifestations qui ont secoué le pays dernièrement et les compare à des trahisons envers la Tunisie.

En face, le média en ligne Nawaat dénonce « le réflexe pavlovien » des responsables politiques qui sous couvert de « guerre contre le terrorisme » s'attaqueraient en fait aux « libertés fondamentales ».


Rfi.fr

Lundi 29 Juin 2015 - 09:45



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