Tunisie: les députés retirent leur confiance au Premier ministre Habib Essid

Les députés tunisiens ont retiré leur confiance au Premier ministre Habib Essid, ce samedi 30 juillet. Le gouvernement est désormais considéré comme démissionnaire et le président doit engager des consultations dans un délai de 10 jours pour trouver un remplaçant à Habib Essid. Ce vote des parlementaires n'est pas une surprise.



Tunisie: les députés retirent leur confiance au Premier ministre Habib Essid
L’issue de ce vote était attendue. Habib Essid quitte donc le pouvoir. Plus de la moitié des députés n’ont pas renouvelé leur confiance au chef du gouvernement qui devait réunir 109 voix pour rester en place. Il n’en a finalement reçu que 3. Parmi eux, Souheil Alouini, député du bloc parlementaire Al-Horra (la Libre).

Souheil Alouini, député du bloc parlementaire Al-Horra (la Libre)

 « Je pense que le chef du gouvernement s'est retrouvé dans une situation très difficile, réagit le député au micro de RFI. Nous pensons qu'il a joué son rôle, il a maintenu ce gouvernement en action et le choix qui la fait de venir au Parlement est un choix très respectable, puisqu'il respecte la Contitution tunisienne. Comme il l'a dit, c'est un soldat qui n'a pas déserté. »

Habib Essid se disait lui-même lucide sur l’issue de cette motion de défiance. « Je tenais à exposer les choses aux peuples et aux députés », a-t-il résumé. Quelques minutes avant le vote final, Habib Essid a donc repris la parole. Un discours applaudi chaleureusement par les élus qui se sont même levés pour l’ovationner.

Sortie par la grande porte

Une sortie très digne pour ce technocrate de 67 ans, à la tête du gouvernement depuis 18 mois. Malgré les pressions qu’il dénonçait, Habib Essid ne voulait pas démissionner. Il préférait se confronter aux députés, sortir par la grande porte en suivant les termes de la Constitution tunisienne.

Houcine Jaziri, député du parti Ennahda

Dans l'hémicycle, les débats, assez vifs, ont duré plus de 10 heures. Beaucoup de députés reconnaissent en Habib Essid, « un chef de gouvernement intègre », mais qui « a échoué à sortir la Tunisie » de son marasme économique et social. « Nous ne votons pas contre le bilan de ce gouvernement, assure Houcine Jaziri, élu d'Ennahda, l'un des partis membres de la coalition gouvernementale. [...] L'initiative consiste à créer de nouvelles conditions beaucoup plus avantageuses pour que le prochain gouvernement avance. »

Désormais, le gouvernement est considéré comme démissionnaire, même s’il va continuer à gérer les affaires courantes. C’est donc une nouvelle étape de ce feuilleton politique qui commence. Dès lundi 1er août, le président de la République va entamer des consultations pour trouver le futur chef du gouvernement. Aucun nom ne se détache pour le moment, même si en coulisse ces tractations ont déjà commencé.

« Une grande victoire pour la démocratie tunisienne »

Même si ce vote du parlement tunisien ouvre une grande période d'incertitude politique, pour le blogueur et analyste politique Youssef Cherif, ce vote est un signe de vitalité pour la jeune démocratie tunisienne : « Ce qu'on a vu [samedi 30 juillet] était un grand exercice de démocratie. D'abord parce que c'est la première fois dans l'histoire de la Tunisie qu'un gouvernement va devant le Parlement, qu'un vote contre ce gouvernement a lieu et que ce gouvernement tombe de manière aussi démocratique et aussi limpide. D'habitude, c'est le président qui vire le gouvernement ou dans des événements beaucoup plus dramatiques. » 

Pour Youssef Cherif, ce vote est également positif pour toute la région. « On a vu le coup d'Etat en Egypte, la guerre civile au Soudan du Sud et la tentative de coup d'Etat en Turquie, rappelle-t-il. Par contre, en Tunisie, la crise politique se termine par un vote au Parlement. C'est donc une grande victoire pour la démocratie tunisienne qui montre que la démocratie peut fonctionner dans cette partie du monde. »

rfi.fr

Ousmane Demba Kane

Dimanche 31 Juillet 2016 - 09:04



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