Tunisie: neuf personnes interpellées après l’attentat du musée Bardo

La Tunisie reste sous le choc au lendemain de l’attentat qui a frappé le cœur de la capitale, Tunis. C’est le musée du Bardo qui a été la cible d’un attentat particulièrement meurtrier, un musée situé à proximité du Parlement. Le bilan est très lourd avec plus d’une vingtaine de morts, essentiellement des touristes. L’enquête a été ouverte et neuf suspects ont été interpellés, ce jeudi, selon la présidence. Des personnes qui auraient été en contact avec les deux assaillants.



Le scénario de la prise d’otages et la fusillade de mercredi à Tunis est de plus en plus clair. De sources sécuritaires tunisiennes, on sait désormais que deux jeunes âgés d’une vingtaine d’années sont entrés dans l’enceinte du musée du Bardo et ont ouvert le feu immédiatement sur sept bus de touristes qui se trouvaient là. Certains touristes, selon ce qu’ont raconté des témoins oculaires ce jeudi matin à RFI, ont été achevés à bout portant. Ensuite, ces deux jeunes Tunisiens, l’un originaire de Kasserine, l’autre originaire d’un quartier de Tunis, non loin du Bardo, sont entrés à l’intérieur du musée avec des otages et c’est là qu’ils ont finalement été tués par les forces de sécurité tunisienne.

 
On ne sait pas pour le moment si ces jeunes appartenaient à la branche tunisienne d’Aqmi, la fameuse brigade Okba Ibn Nafaâ qui est active depuis décembre 2012 le long de la frontière algérienne, ou alors au groupe Etat islamique surtout actif en Syrie, en Irak ou en Libye. La présidence a annoncé ce jeudi que neuf suspects avaient été interpellés en rapport avec l’attaque qui a visé le musée du Bardo. Ces personnes auraient eu des contacts avec les deux assaillants. Selon le communiqué de la présidence, « quatre éléments en relation directe avec l'opération (terroriste) et cinq autres soupçonnés d'être en relation avec cette cellule » ont été arrêtés.
 

Une attaque prévisible
Une pareille attaque en Tunisie était prévisible, car le pays est le plus important exportateur au monde de jihadistes à l’étranger. Près de 3 000 Tunisiens, selon les chiffres officiels, combattent actuellement en Syrie et en Irak. Au moins 500 sont rentrés, toujours selon les chiffres officiels, sur le territoire tunisien. Et puis, il y a aussi plusieurs centaines de Tunisiens qui combattent actuellement en Libye au sein de la branche libyenne de l’Etat islamique. Régulièrement, pour ne pas dire toutes les semaines, des vidéos émergent de ces jihadistes tunisiens sur Internet qui menacent d’attentats la Tunisie. Et puis il y a aussi cette situation sécuritaire très relative puisque chaque mois, des accrochages ont lieu entre des jihadistes et les forces armées tunisiennes, qui subissent de lourdes pertes depuis 2012.
 

Ce drame aura en tous les cas des conséquences politiques dans le pays. Ce jeudi en fin de matinée, lors d’une conférence de presse dans l’enceinte du musée Bardo, plusieurs représentants de la société civile et des ministres ont notamment mis en garde sur un discours politique qui viserait à revenir à des tentations d’autrefois, de l’ancien régime, des tentations liberticides. « Après cet attentat, l’heure est au recueillement », disait un représentant de la société civile, ancien opposant au président Ben Ali déchu. Dans l’après-midi à 16h, un grand rassemblement à l’appel du syndicat UGTT et de plusieurs entités de la société civile, aura lieu dans le quartier même où s’est déroulé la fusillade. Des milliers de personnes y sont attendues.

 
Des hôpitaux débordés
La plupart des blessés de l'attentat sont soignés à l'hôpital de la Rabta où les autorités sanitaires tentent de faire face, même si la situation est difficile. « On n’a pas vu un tel afflux de blessés depuis la révolution », selon un médecin de cet hôpital. Ce médecin raconte les nombreux blessés par balles et les opérations d’urgence qui se sont succédé ces dernières 24 heures. Plusieurs touristes, victimes de l’attaque, sont actuellement encore en réanimation et il est difficile de se prononcer sur leur pronostic vital. D'autres victimes sont sous le choc. Pour celles qui s’en sont sorties avec des blessures légères, une cellule de crise a été mise en place à l’hôpital avec des psychiatres extérieurs qui interdisent désormais l’accès des journalistes à ces victimes. Mais des médecins expliquent que beaucoup des survivants de l’attaque avaient besoin de parler, de raconter leur traumatisme.
 

Certains ont été rejoints par leur famille venue en avion pour être à leur chevet. En tout, il y a encore une quarantaine de blessés dont au moins six graves. Les familles des victimes arrivent également au compte-gouttes dans les hôtels de la capitale. Très émus, déboussolés, ils ont les larmes aux yeux et sont directement pris en charge par l’Office national du tourisme.
 

Rfi.fr

Jeudi 19 Mars 2015 - 16:10



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