UE: la politique orientale de l’Union en question

Le sommet de Vilnius en Lituanie à peine refermé, la police ukrainienne a sonné la fin de la récréation pour les opposants pro-européens qui manifestaient jour et nuit à Kiev depuis une semaine. La place de l’Indépendance, celle qu’ils occupaient au cœur de la capitale ukrainienne, a été vidée par la force cette nuit. Elle est actuellement sous le contrôle des forces de l’ordre. La colère des manifestants, principalement des jeunes, n’aura donc pas fait plier Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien. Il n’y a pas eu d’accord d’association avec les vingt-huit membres de l’Union européenne. C’est en quelque sorte une victoire pour Moscou. José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, l’a bien compris, lui qui a dénoncé hier ces pressions exercées par la Russie : « Le temps de la souveraineté limitée est révolu ». Mais si on brocarde l’attitude de la Russie, l’Europe semble également coresponsable de ce fiasco.



UE: la politique orientale de l’Union en question

Ce samedi 30 novembre au matin, la police anti-émeute ukrainienne a violemment dispersé les manifestants pro-européens réunis sur la place de l'Indépendance au centre de Kiev. « La manifestation a été dispersée de manière sauvage, il y a des dizaines de blessés et des dizaines d'interpellés », a expliqué le député Andreï Chevchenko sur son compte Twitter. Comment en est-on arrivé là ?
 

Les Européens peuvent d’une certaine façon être considérés comme coresponsables de cet échec avec l’Ukraine car la très longue négociation avec ce pays a été laissée aux bons soins de la Commission européenne, c’est-à-dire à des techniciens, flanqués du chef de la diplomatie commune, Catherine Ashton, dont l’angélisme le dispute à sa méconnaissance des courants historiques complexes qui sous-tendent les relations entre Etats en Europe centrale et orientale.
 

Naïveté des Européens ?

Pour ceux-là donc qui portaient la négociation, un échec était inenvisageable puisque le dossier était techniquement irréprochable. Et les événements de ces dernières semaines en Ukraine les ont laissés sans voix.

C’est vrai, se demandent nombre de dirigeants européens revenus de ce sommet du partenariat oriental, comment a-t-on pu imaginer que l’on piétinerait à ce point les plate-bandes de la Russie sans que celle-ci réagisse par un chantage vis-à-vis des Ukrainiens : chantage au gaz en plein hiver, chantage à l’assistance financière en pleine crise économique...
 

Autre interrogation, tout a-t-il été réellement entrepris pour désamorcer la méfiance légitime de Moscou face à un projet politique d’envergure qui implique six pays qui, de façon quasi ininterrompue ont fait partie de l’Empire russe et de son successeur, l’URSS ? Pour l’Union européenne, l’heure est donc désormais à la recherche des responsabilités d’un échec qui affaiblit considérablement son poids politique dans le monde.
 

L'Ukraine, « comme la Biélorussie ? »

Sur place, ce samedi 30 novembre, 200 personnes environ se sont réfugiées sur le territoire du monastère Saint-Michel devant la cathédrale. Ce sont des jeunes essentiellement, sonnés, hagards, transits de froid pour certains et un peu perdus. La plupart ici ont vécu l’opération policière de ce matin.
 

Ils racontent comment les forces spéciales les ont d’abord encerclés vers 4 heures du matin puis ont commencé à taper avec leur matraque. Dans le mouvement de panique, des braseros ont été renversés. On raconte ici qu’il y a des dizaines de blessés. Un jeune homme qui a la tête bandée raconte qu’il a pris plusieurs coups de matraque lorsqu’il a tenté de s’interposer entre les policiers et une jeune femme.

Certains disent être sans nouvelles de leurs amis. Des députés sont en train de faire le tour des hôpitaux de la ville. Selon l’un d’entre eux venu organiser une distribution de thé, plus de trente personnes ont par ailleurs été arrêtées.
 

Le mouvement de protestation, qui demande le départ du président Ianoukovitch et qui ne s’attendait pas à un tel dénouement, tente dans l’urgence maintenant de s’organiser. L’incompréhension et la peur dominent : un étudiant qui campait sur cette place de l’Indépendance depuis dimanche dernier s’est dit en colère que les autorités aient utilisé la force contre un mouvement qui était tout à fait pacifique. Il conclut : « Au lieu de se tourner vers l’Europe, l’Ukraine commence à ressembler de plus en plus à la Biélorussie ».
 

Pendant que les militants tentent de reprendre leurs esprits et se réchauffer, sur la place de l’Indépendance, encerclée par les forces de l’ordre, les employés municipaux installent désormais un grand sapin de Noël.

 


Rfi.fr

Samedi 30 Novembre 2013 - 11:50



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