Ukraine: Marioupol pleure ses morts et craint pour l'avenir

Selon les autorités de Kiev, les séparatistes continuent à menacer Marioupol, où une cérémonie avait lieu, ce samedi 31 janvier, pour rendre hommage aux 30 victimes civiles tuées la semaine précédente. Au-delà de la douleur, la population est ici aussi très partagée, et craint de nouveaux bombardements.



Une maison dévastée par les bombardements, à Marioupol, le 26 janvier 2015. REUTERS/Nikolai Ryabchenko
Une maison dévastée par les bombardements, à Marioupol, le 26 janvier 2015. REUTERS/Nikolai Ryabchenko

Samedi 24 janvier dernier, 30 civils ont été tués par les bombardements au lance-roquettes multiples Grad à Marioupol, la grande ville du bord de la mer d'Azov.  Une attaque attribuée par l'OSCE aux séparatistes pro-russes. Une semaine après, une cérémonie a été organisée dans le quartier d'habitations où s'est produite l'attaque, au cours de laquelle une minute de silence en mémoire des 30 victimes a été observée.

Devant quelques centaines de personnes, le maire de Marioupol, Iouri Kotloubei tente de tenir un discours rassurant. « Toute l'Ukraine s'est levée pour nous soutenir dans ces temps difficiles, affirme-t-il. Je voudrais vous dire que dans cette situation nous allons nous efforcer de réparer les habitations, les écoles, les jardins d'enfants, le plus rapidement possible, de façon à ce que vous puissiez vivre une vie normale. »

Des carcasses de voitures calcinées, des cratères dans la chaussée, dans lesquels ont été déposés des oeillets rouges, des immeubles aux façades percées par les obus : tels sont les stigmates les plus visibles de l'attaque du quartier Vostotchny.

« L'Etat ne nous défend pas. »

Sveta vit au premier étage d'un immeuble dont l'entrée a complètement été détruite. Toutes ses vitres ont volé en éclat. « On nous a promis qu'on allait nous défendre, explique-t-elle. La propagande nous dit qu'il ne faut pas avoir peur et pourtant, c'est arrivé. Nous on s'en est plus ou moins sortis avec une grosse frayeur, mais il y a des enfants qui ont été tués ! Pourquoi nos petits-enfants doivent-ils souffrir ? Pourquoi ? À l'étage on a une petite qui a eu le bras arraché. L'Etat ne nous défend pas. » Le fils de Sveta, en t-shirt du Parti des régions de l'ancien président Ianoukovitch interrompt la conversation. Il a besoin d'aide pour clouer une bâche sur la fenêtre la cuisine.

Passés les instants de communion, les participants à la cérémonie se retournent vers leur maire. « Quand toucherons-nous les compensations pour nos appartements ? », « Où peut-on obtenir de l'aide humanitaire ? », « Risque-t-on encore d'être bombardés ? » : Les questions pleuvent autour de Iouri Kotloubei. « Les gens demandent s'il y aura encore des bombardements. Mais plus nous serons nous-mêmes actifs pour arrêter cette agression, plus nous aurons de chances de faire en sorte qu'il n'y ait plus de bombardements. C'est aujourd'hui l'essentiel. »

Créer un élan patriotique

Une semaine après les bombardements, la vie quotidienne a néanmoins repris ses droits autour du marché. Des volontaires continuent de s'activer pour aider la population touchée, mais aussi pour tenter de créer un élan patriotique. C'est ce que tente de faire le photographe Evgueny Sosnovsky sur son blog, mais il reconnait qu'il en faudrait plus pour arrêter la guerre. « Le seul patriotisme des Ukrainiens ne sera pas suffisant pour arrêter Poutine. Parce qu'il faut répondre à la force par la force. Nous pouvons bien sûr aller à nouveau manifester devant un barrage, mais s'ils bombardent un quartier d'habitation, ils peuvent tout aussi bien nous écraser avec des tanks. »

Selon Evgueny Sosnovsky, la réponse est à chercher au niveau international. « Il faut qu'il y ait des mesures plus sévères qui soient prises par l'Europe  et les Etats-Unis vis-à-vis de la Russie, poursuit-il. Il ne faut pas qu'elle se contente d'exprimer sa préoccupation. Les Russes doivent comprendre où les mènera un tel comportement de leurs dirigeants. »

Dans les faubourgs à l’est de Marioupol, la pression reste vive. Les forces loyalistes essuient quotidiennement des tirs. Ailleurs dans la région la situation sur le terrain reste également très tendue, notamment dans le secteur de Debaltsevo, ville tenue par plusieurs milliers de militaires ukrainiens, que les rebelles pro-russes tentent d'encercler.


Rfi.fr

Dimanche 1 Février 2015 - 11:03



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