Une bactérie tueuse d'oliviers menace la Corse

Un premier cas de Xylella Fastidiosa a été découvert à Propriano, en Corse du Sud, sur une rangée de buissons décoratifs d’une zone commerciale. Cette bactérie, qui a asphyxié des milliers d’oliviers en Italie, a réussi à traverser la Méditerranée. L’inquiétude : qu’elle se propage à de nombreuses autres espèces de l’Ile de Beauté.



C’est la première fois que la bactérie est repérée en pleine nature sur le sol français. Une découverte qui alarme les autorités et les agriculteurs, car la Xylella Fastidiosa  pourrait s’attaquer à toute la biodiversité corse. Non seulement les oliviers, mais également les châtaigniers, le maquis, les vignes, les clémentiniers ou le romarin sont menacés. Un plan d'urgence a donc été mis en place par la préfecture de Corse du Sud, dès que les résultats de la détection menée le 20 juillet par Fredon (la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) ont été rendus.

Ouverture d'une enquête

Les plantes touchées ont été arrachées et brûlées, et d'autres arbres, notamment des oliviers, devraient être abattus dans un rayon de 100 mètres. Toute la zone doit être désinsectisée et une enquête a été ouverte. D'où provient cette polygale à feuilles de myrte contaminée ? Depuis quand est-elle infectée ? Est-ce un cas isolé ?

Seule certitude pour le moment : la haie de polygales de myrte qui sert de décoration sur le parking d’une zone commerciale de Propriano a été plantée en 2010. Mais il faudra attendre une semaine pour avoir des résultats d’analyse plus précis sur l’origine et la souche de la bactérie concernée.

Comment contrôler l’épidémie ?

La propagation se fait par de petits insectes piqueurs-suceurs qui se nourrissent de la sève des plantes. Mais aucun traitement n'existe pour soigner les plantes contaminées par la Xylella. Dans les régions contaminées des Etats-Unis et d’Amérique Latine – d’où provient originellement cette bactérie –, les agriculteurs n’ont pas trouvé mieux que d’asperger abondamment leurs terres d’insecticides et de désherbant pour chasser les insectes porteurs. Une méthode peu convaincante : en Italie du Sud, la Xylella s’est propagée en moins de deux ans, plus de 100 000 arbres ont dû être déracinés  et les pertes d’élèvent à 53  millions d’euros.

En avril dernier, au marché de gros de Rungis près de Paris, on découvrait la bactérie mortelle  dans un caféier ornemental importé du Costa Rica. Depuis, La France a interdit l'entrée d'une centaine de végétaux en provenance des zones contaminées. Et en Corse, les mesures sont encore plus drastique. Deux cents espèces végétales n’ont pas le droit d’entrer sur l’île, quelle que soit leur origine, même si elles proviennent de France continentale. Mais le préfet, Christophe Mirmand, avoue qu’il est « matériellement impossible » de contrôler tous les cargos et les voitures privées qui entrent chaque jour sur l’Ile de Beauté.

Selon Fabienne Maestracci, productrice d’huile d’olive en Corse du Sud et membre du collectif anti-Xylella, « si les plans en question avaient été infectés il y a quatre ans quand ils ont été plantés, la contamination aurait eu lieu depuis longtemps. J’ai visité les Pouilles  l’année dernière pour voir comment fonctionne la Xylella. Ca tue des oliviers millénaires en 14 mois. Donc à mon avis, les plans n’ont pas été vendus infestés, ils ont été infestés sur place. Par une cicadelle venue d’une plante importée, par exemple. » Les Italiens leur ont trouvé un surnom à ces insectes portés par le vent ou baladés en voiture : « les auto-stoppeurs ».


Rfi

Vendredi 24 Juillet 2015 - 12:49



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