Une leçon de cinéma avec William «l’Exorciste» Friedkin

William Friedkin est jusqu’au 8 décembre l’invité d’honneur de la Cinémathèque française à l’occasion du festival Toute la Mémoire du monde. Le réalisateur américain, né en 1935, est l'un des mousquetaires du Nouvel Hollywood. Avec Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Brian De Palma, il a participé dans les années 1970 au renouvellement de l'industrie du rêve qu’il a bousculée dans le registre du malaise, de la violence, avec ses deux grands succès : French Connection en 1971, et bien sûr le film qui reste un modèle du film d'horreur : L'Exorciste en 1973. À l’occasion du festival est sortie la version restaurée de l’un de ses films les plus secrets, inspiré du Salaire de la peur d’Henri G. Clouzot : Le convoi de la peur, avec Roy Scheider et Bruno Cremer. Entretien.



"Le Convoi de la peur", un film de William Friedkin qui a été présenté dans une nouvelle version restaurée à la Cinémathèque française. cinematheque.fr
"Le Convoi de la peur", un film de William Friedkin qui a été présenté dans une nouvelle version restaurée à la Cinémathèque française. cinematheque.fr

Comment vous sentez-vous après la présentation de la version restaurée de votre film Convoi de la peur de 1976 ?
 

C’est comme si je ressuscitais Lazare d’entre les morts ! [rire] Le film a été massacré par ses distributeurs européens. La version qu’on pouvait en voir en France dans les années 1970 ou 1980 n’était pas du tout la mienne. Et je ne l’ai compris que très tard.Désormais, la restauration numérique permet de retravailler le son et l’image, et nous avons donc pu retrouver la forme originelle du film.
 

Est-ce un remake du Salaire de la peur d’Henri G. Clouzot ?
 

Non, Le convoi de la peur n’est pas un remake du Salaire de la peur. C’est une nouvelle version de ce film magnifique inspiré du roman de Georges Arnaud. Les personnages de mon film sont très différents, les situations sont différentes. Seul le thème central est resté : l’histoire de quatre étrangers qui ne s’aiment pas, mais s’ils ne coopèrent pas le camion bourré de nitroglycérine qu’ils transportent explose ! Ce qui correspond à l’état du monde actuel : ce thème n’a jamais été plus pertinent qu’aujourd’hui, alors que tant de nations possèdent de quoi faire exploser la planète.
 

Avez-vous rencontré Henri G. Clouzot ?
 

Je suis allé voir Clouzot. Je lui ai dit : « Je veux faire une version contemporaine de votre chef d’œuvre. Je vous la dédierai et vous donnerai une part des bénéfices. » Mais hélas, comme on sait, le film a fait un flop. Évidemment, je ne doutais de rien à l’époque, je pensais que tous mes films, à l’image de French Connection et de l’Exorciste, seraient d’énormes succès ! Il aurait mieux valu, pour lui, que Clouzot reçoive un pourcentage des bénéfices de l’Exorciste ! [rires]
 

De tous mes films, Le convoi de la peur est celui dont je me sens le plus proche. Parce j’ai presque réussi à faire le film que j’avais en tête. Certes le tournage a été très difficile. Physiquement difficile. Toute l’équipe est tombée malade. Mais de tous mes films, c’est le seul que je peux encore voir avec plaisir. Et douleur.

Source : Rfi.fr
 


Dépêche

Samedi 7 Décembre 2013 - 10:19



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