VIDEO: Yade sauve sa peau, pas ses droits

Le sort de Rama Yade était en suspens. La jeune femme, parfois rebelle, a finalement été soulagée mardi soir en apprenant sa nomination au secrétariat d'Etat aux Sports en remplacement de Bernard Laporte. Toutefois, si la benjamine du gouvernement a sauvé sa tête, son fauteuil est passé par pertes et profits. Les droits de l'Homme n'ont plus de représentant particulier.



"Ma peau est sauve puisque je suis membre du gouvernement et que j'occupe l'un des plus beaux portefeuilles puisque vous vous adressez à 65 millions de Français, aux sportifs de haut niveau, amateurs, fédérations", a soufflé Rama Yade mercredi matin sur Europe 1. La benjamine du gouvernement avait des soucis à se faire à l'approche du remaniement. Deux raisons pouvaient faire d'elle une sortante. Son poste était menacé et son comportement était critiqué. Mais cette figure de la diversité ne fait finalement pas partie des huit ministres en disgrâce.

Rama Yade s'était attirée quelques foudres en refusant de partir en campagne pour les élections européennes. Nicolas Sarkozy l'imaginait candidate en Ile-de-France. Elle ne se voyait pas quitter Paris. Ce manque d'engagement pour la conseillère municipale de Colombes (Hauts-de-Seine) avait provoqué quelques commentaires acerbes de l'Elysée et de quelques collègues. A force de signes d'humilité, la jeune femme, auteur de coups d'éclat ces deux dernières années, est revenue quelque peu en grâce et a ainsi "sauvé sa peau". Elle s'est encore confondue en remerciements mercredi matin, après avoir "fêté" mardi soir l'événement en tête à tête avec son époux dans un restaurant discret du 9e arrondissement. "C'est un immense honneur qui m'est fait, que le président et le Premier ministre m'aient renouvelé leur confiance en me maintenant au gouvernement. Je voulais donc leur dire ma gratitude."

Mais si la personne a été sauvée, son fauteuil a été purement et simplement supprimé. Le secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme avait reçu les premières attaques de la part de son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. "Il y a contradiction permanente entre les Droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France", avait estimé le maître du Quai d'Orsay en décembre dernier. Pourtant, mercredi matin, Rama Yade a refusé de croire que son poste avait été sabordé par son patron. "Si tel était le cas (...) je ne vois pas quel en serait le titre de gloire", a-t-elle malicieusement ajouté au micro d'Europe 1. "C'est un ministère sur lequel personne ne pariait un sou" qui est devenu "un symbole fort du gouvernement français", a-t-elle estimé en forme de bilan.

"Mêmes valeurs"

Un symbole fort que certains regretteront. "Il est vrai que sur les dossiers les plus stratégiques -la Chine et la Russie notamment- le secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme a montré ses limites", concède Reporters sans frontières qui a plusieurs fois regretté la trop grande discrétion de Rama Yade. "En revanche, Rama Yade et son équipe ont apporté une aide concrète essentielle à des journalistes et des défenseurs de la liberté d'expression qui faisaient face à des situations extrêmement difficiles", salue cependant l'ONG, citant l'Erythrée, l'Ingouchie, la Birmanie ou la Corée du Nord. L'association a aussi rappelé ses prises de positions lors de la visite du libyen Mouammar Kadhafi. "Que va-t-il se passer désormais? Les droits de l'Homme dans le monde vont-ils être défendus par Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy? Nous craignons que ce ne soit pas une priorité pour le ministre des Affaires étrangères et le président de la République qui doivent prendre en compte d'autres intérêts stratégiques", conclut Reporters sans frontières.

Rama Yade préfère vivre sans regrets et se tourner vers les défis qui l'attendent. D'une toute autre nature. Les Sports ont un "vrai budget", 700 millions d'euros, a-t-elle souligné. La remplaçante de Bernard Laporte parle déjà de prendre en charge les sujets de son secrétariat d'Etat: le handicap, le dopage, les paris sportifs, et envisage la participation à des "grands événements comme la Coupe du monde de football en Afrique du sud". "Je passe d'une famille à l'autre mais avec les mêmes valeurs. A travers la famille olympique, les valeurs qui accompagnent le sport sont aussi celle des droits de l'Homme", a-t-elle fait valoir. Les mêmes valeurs sans doute, mais pas les mêmes enjeux.
Source:Lejdd.fr

Lejdd.fr

Mercredi 24 Juin 2009 - 21:08



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