Vidéos d'enfants jihadistes: un phénomène difficile à endiguer

Que faire contre une vidéo de propagande montrant des mineurs s’entraînant pour le jihad armé ? C’est toute la difficulté rencontrée par la justice pour lutter contre un nouveau genre d’enfants soldats, brandis en étendards par des groupuscules passés maîtres dans le domaine de la communication numérique.



Vidéos d'enfants jihadistes: un phénomène difficile à endiguer
L’actualité de ces derniers mois pose de plus en plus fréquemment la question du rôle des enfants dans le jihad armé. Du Mali à la Syrie, leur emploi par des groupes jihadistes interroge sur un nouveau type d’enfants soldats, utilisés notamment à des fins de propagande.

C’est le cas d’une vidéo qui circule  depuis quelques semaines sur la Toile. On y voit de jeunes enfants dont les âges semblent aller de cinq à dix ans, s’entraîner quelque part au Waziristan, dans les zones tribales du Pakistan où opèrent plusieurs mouvements terroristes. Le film montre ces petits s’échiner à utiliser pistolets et autres kalachnikov au son de chants jihadistes.

Ce document a été réalisé par l’organe médiatique d’un groupe baptisé Mouvement islamique du Turkestan oriental (MITO ). Ses membres, principalement des Ouïghours originaires de la province autonome à majorité musulmane du Xinjiang, dans l’extrême-ouest de la Chine, sont pour la plupart réfugiés dans les zones tribales pakistanaises. Particulièrement actifs dans les camps d’entraînements jihadistes, ils sont dénoncés comme organisation terroriste et affiliés à al-Qaïda.

Yves Trotignon, consultant spécialisé sur le risque terroriste, décrit une organisation qui peine à préparer des actions face à une répression sécuritaire chinoise particulièrement efficace. Le MITO se rabat donc sur une propagande au sein de laquelle les enfants jouent un rôle primordial : « Il y a très peu d’enfants jihadistes, explique-t-il. Les adolescents peuvent prendre les armes mais pour ce qui est des enfants soldats, il n’y a rien dans le jihad de comparable à ce que l’on a pu voir dans les conflits qui agitent la région des Grands Lacs par exemple. Ils sont par contre très utilisés pour faire de la propagande. »

Les enfants, espoirs du jihad

« Les jihadistes essaient d’utiliser les enfants depuis longtemps », remarque Abdelasiem El Difraoui. Ce chercheur, auteur d’un ouvrage sur la propagande vidéo d’al-Qaïda, remarque que l’on retrouve ici tous les « grands classiques » de cette imagerie : fusils, profession de foi musulmane, drapeaux jihadistes, chants, citations de sourates coraniques … Des vidéos de ce type avaient déjà pu être observées lors du conflit en Bosnie, en 1994.

Les radicaux qui choisissent l’exil pour s’entraîner voyagent souvent en famille. Ils emmènent femmes et enfants pour défendre l’idée qu’ils ne sont pas des marginaux, mais une communauté à part entière, construite sur un certain équilibre. « Ils encouragent beaucoup les mariages entre jihadistes », précise Abdelasiem El Difraoui.

Les auteurs de telles vidéos veulent « démontrer qu’il y a une génération prête à reprendre le flambeau », explique-t-il. « C’est un signal à tous les jihadistes, du Mali jusqu’à la Chine, confirme Yves Trotignon. Ces vidéos montrent qu’il y a encore des combattants. »

Impunité en France ?

Ces vidéos réapparaissent épisodiquement sur des sites français. Celle de ces enfants s’entraînant au Pakistan est ainsi hébergée sur la plate-forme communautaire Mon-islam.com. Ce site, qui veut rapprocher les musulmans et leur permettre de débattre sur les sujets qui les concernent, offre aux utilisateurs la possibilité de mettre en ligne leurs vidéos. C’est comme cela que le film du MITO  a pu se retrouver à portée d’utilisateurs francophones.

L’éditeur du site nie tout soutien à l’embrigadement d’enfants dans le jihad armé. « J’essaie d’être ouvert sur ce que les gens diffusent sur le site », nous confie Fouad Zaouche. Pour lui, ce type de vidéos permet d’ouvrir au sein de la communauté une discussion entre défenseurs et détracteurs de telles méthodes. Refusant d’assumer la responsabilité d’un tel contenu, il remarque simplement que « dans la culture afghane, on naît avec une arme ».

L’éditeur d’un site qui diffuse de telles images est pourtant pénalement responsable, explique Me Arnaud Dimiglio, spécialiste du droit d’internet. L’article 227-24 condamne « le fait de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ». Pour l’avocat, des images d’enfants s’entraînant au jihad entrent pleinement dans cette qualification. Si une mise en demeure suffit donc théoriquement à faire supprimer le document, les spécialistes s’accordent à dire que dans tous les cas, il aurait de grandes chances d’émerger de nouveau ailleurs, sur la Toile, sur des supports basés à l’étranger et plus difficilement contrôlables.
 
 

Rfi.fr

Mercredi 29 Mai 2013 - 09:42



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