Vivre avec Ebola à Freetown : « On dirait que le pays tout entier est en quarantaine»



Vivre avec Ebola à Freetown : « On dirait que le pays tout entier est en quarantaine»
Par Solomon Sogband, directeur d'Amnesty International-Sierra Leone
 
Depuis que les premiers cas d'Ebola ont été signalés en mars, la vie a radicalement changé en Sierre Leone. Pour l'instant, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé plus de 5 200 cas d'Ebola rien que dans ce pays et plus de 13 700 dans le monde entier. Le virus a déjà fait plus de 4 500 morts, dont 1 500 dans mon pays.

 
Mes amis installés à l'étranger me demandent souvent comment nous vivons ici à l'heure actuelle. « Effroyable » est le seul qualificatif approprié pour décrire la situation. Chaque matin, je me réveille dans ma maison de Freetown en découvrant les histoires et les images terrifiantes diffusées à la télévision et à la radio. Les gens essaient désespérément, et en général sans succès, d'obtenir une aide médicale qui pourrait leur sauver la vie. Médecins et infirmiers ont atteint le point de rupture. Des groupes entiers sont en quarantaine, ce qui les empêche d'avoir accès à de la nourriture et à de l'eau en quantité suffisante.

 
Avant l'épidémie, je me rendais tous les jours à mon bureau, dans le centre de Freetown, et mes enfants allaient à l'école. Maintenant, nous ne quittons presque jamais la maison. Nous ne rendons visite à personne et réciproquement. Le téléphone et les médias sociaux sont nos principaux moyens de communication avec les autres. Mes enfants passent toute la journée à l'intérieur car leur école est fermée.

 
Aujourd'hui, les rues de Freetown ne sont pas aussi bondées qu'avant l'épidémie. Bien que certaines personnes semblent continuer à mener une vie normale, le sentiment général est la peur. Les gens craignent d'être en contact avec quelqu'un qui pourrait être malade, alors ils restent chez eux la plupart du temps. La survie est devenue un véritable défi, y compris pour les personnes qui ne sont pas porteuses de la maladie. Il est même difficile d'acheter de la nourriture.

 
De nombreux magasins sont fermés et les prix ont flambé. On arrive à peine à s'en sortir. Les denrées alimentaires n'arrivent plus de l'étranger et de nombreuses compagnies aériennes ont annulé leurs vols vers la Sierra Leone. On dirait que le pays tout entier est en quarantaine. Mais la situation est encore pire dans les campagnes. Les autorités font tout ce qui est en leur pouvoir en pareilles circonstances. Elles ont publié des informations sur ce qu'il faut faire et ne pas faire pour éviter de contracter la maladie. Cependant, l'épidémie d'Ebola a mis au jour les problèmes colossaux de notre système de santé, qui est arrivé à saturation, en particulier dans les zones rurales.

 
Les hôpitaux ont des difficultés à prodiguer des soins compte tenu de leurs faibles ressources et du manque de personnel médical. De ce fait, les personnes qui ont besoin d'une aide médicale pour d'autres maladies qu'Ebola sont renvoyées, même lorsque leur pronostic vital peut-être engagé comme en cas de paludisme ou de complications liées à l'accouchement. Le traitement de base des cancers semble avoir été mis en suspens.
 

Un autre problème épineux est la réintégration des personnes guéries dans leur milieu de vie. Nous avons entendu de nombreuses histoires de personnes ayant survécu à la maladie qui n'ont pas été autorisées à rentrer chez elles ou ont été stigmatisées. Bien que plusieurs interventions internationales, notamment celle du Royaume-Uni, apportent une grande aide à ceux qui en ont besoin, la situation demeure désespérée.

 
Même si l'on se fonde sur les estimations les plus optimistes de l'OMS concernant la propagation de la maladie, la communauté internationale doit s'engager à mettre en place un appui bien plus important que celui qu'elle a promis jusqu'alors si l'on entend endiguer Ebola. Nous avons désespérément besoin qu'elle intensifie ses efforts, sans les limiter à une aide financière. Ce dont la population de Sierra Leone a vraiment besoin, ce sont des médecins et des infirmiers prêts à travailler et à mettre leurs compétences au service de la lutte contre cette maladie cruelle. Cela ne sera possible que grâce à une action concertée et une volonté politique à l'échelon international.
 

Il s'agit d'une crise mondiale qui appelle une réponse mondiale. De trop nombreuses vies sont en jeu. Il n'y a pas de temps à perdre. Signez la pétition lancée par Amnesty International
États membres du G20: Passez à l'action pour enrayer l'épidémie d'Ebola !


Vendredi 7 Novembre 2014 - 10:46



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