Washington prêt à frapper l'EI en Syrie, mise en garde de Moscou

24 heures après l’adresse à la nation de Barack Obama, les questions sont nombreuses sur une éventuelle intervention en Syrie. Jusque-là, les alliés semblent d’accord pour participer à des raids ou pour armer l'Irak, mais traverser la frontière est beaucoup plus compliqué, et la Maison Blanche donne peu de précisions sur cette partie de la mission contre l’organisation Etat islamique.



Poursuivre les terroristes jusqu’en Syrie, aider l’opposition sans donner à Bachar el-Assad une nouvelle légitimité, reste un casse-tête. Les conseillers de Barack Obama le confirment et leurs éléments de langage sont certes les mêmes que ceux du président : « les Etats-Unis ne se laisseront pas arrêter par une frontière dans la traque contre l’Etat islamique. C’est une campagne systématique qui sera lancée ».

Toutefois, si Barack Obama - et tout le monde le reconnaît - a l’autorité nécessaire pour bombarder en Irak, il devra sans doute passer par le Congrès pour l’entraînement et l’armement de l’opposition syrienne, ne serait-ce que pour des raisons de budget. Le sénateur républicain Rob Portman se fait le porte-parole des conservateurs : « Je pense que le président a l’autorisation d’agir immédiatement en ce qui concerne l’Irak. Mais je pense que pour aller en Syrie, il doit venir devant le Congrès et demander une autorisation plus large, surtout pour aider à entraîner militairement les Syriens, et pour combattre l’Etat islamique en Syrie ».

Des raids pas suffisants, selon les républicains

Or, au Congrès, républicains et démocrates, malgré leurs objectifs politiques fondamentalement divergents, se retrouvent sur un point : l’inconnu en Syrie. Le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, a d’ores et déjà déclaré qu’il voterait une résolution permettant d’entraîner et d’armer l’opposition syrienne modérée, mais il pense que des raids aériens ne suffiront pas, nous indique notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio. « Des avions F 16, ce n’est pas une stratégie, a déclaré le député. Des raids aériens seuls ne nous permettront pas de remplir la mission que nous souhaitons remplir. Et le président a été clair : il ne veut pas de troupes américaines au sol… mais quelle que soit leur nationalité, il faudra des hommes au sol ! Donc je crois que ce que le président a demandé, en tant que commandant en chef : l’autorisation d’entraîner les rebelles syriens… franchement je pense que nous devons donner notre accord ». C’est le point de vue des faucons : il faudra des troupes au sol, américaines ou pas.

Les démocrates s’inquiètent au contraire de frappes sur des bases du mouvement Etat islamique qui pourraient soulager le régime Assad, et voient avec inquiétude le nombre de d’Américains dans la région augmenter. Ils seront 1 600, basés en Irak, la semaine prochaine. Certes ce ne sont pas des troupes combattantes, mais certains élus se rappellent le Vietnam. C’est avec l’envoi de « conseillers » que l’engrenage a commencé.

« Barack Obama aurait dû agir plus tôt, les Etats-Unis auraient dû rester en Irak, mais mieux vaut tard que jamais » : c’est le sentiment de nombreux républicains. Même si personne ne veut aller contre une opinion publique qui se prononce à 70 % en faveur de la stratégie énoncée mercredi par le président.

Risque de violation du droit international

Mais cette extension des bombardements en Syrie n'est pas aussi facile. Les bombardements américains menés actuellement en Irak se font avec la bénédiction de Bagdad. Si les avions de combat américains veulent aller lâcher leurs bombes contre les positions de l’État islamique en Syrie, il leur faut donc l’autorisation de Damas, sous peine de violer les lois internationales.

Le ministre des Affaires étrangères russes Sergueï Lavrov n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler ce jeudi, nous rapporte notre correspondante à Moscou, Veronika Dorman. Si les États-Unis frappent effectivement les positions du mouvement État islamique en Syrie sans l’accord du Conseil de sécurité de l’ONU et sans que le gouvernement syrien ait demandé l’intervention, ce sera, pour la Russie, un acte d’agression, une violation grossière du droit international, a-t-il prévenu.

Pour Moscou, Washington est coupable d’avoir fermé trop longtemps les yeux sur les exactions commises par les jihadistes de l’État islamique en Syrie. Mais armer les rebelles qui les combattent, en même temps que le régime de Bachar el-Assad, comme souhaitent le faire les États-Unis, n’est pas non plus une solution, a commenté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Car ces rebelles-là ne diffèrent que peu des radicaux de l'État islamique, a précisé le diplomate.

Assad tend la main à Washington

Depuis le début de la crise syrienne, la Russie, envers et contre tous, assure un soutien sans failles au régime de Bachar el-Assad, en bloquant toutes les tentatives des Occidentaux de lui imposer la moindre sanction et même de le condamner.

Bachar el-Assad, de son côté, tend la main à Washington. Il se dit prêt à coopérer avec les Etats-Unis. Et c’est là tout le problème. S’allier au président syrien reviendrait à lui redonner une légitimité. Cette option est écartée par Barack Obama. Le président américain se retrouve du coup dans une position délicate. S’il décide de respecter la loi et demande l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU pour intervenir en Syrie, il risque de voir la Russie mettre son veto. Et s’il intervient sans le consentement des Nations unies, c’est-à-dire en toute illégalité, il prend le risque d’engager son pays en Syrie sans le soutien de ses alliés. Les Allemands et les Britanniques ont prévenu les premiers : hors de question de violer les lois internationales pour intervenir en Syrie.


Rfi.fr

Vendredi 12 Septembre 2014 - 14:08



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