Zimbabwe: l'homme qui a abattu le célèbre lion Cecil est un Américain

Les autorités du Zimbabwe avaient déclaré qu’elles cherchaient un Espagnol. Finalement, il s’agissait d’un riche dentiste américain. Le chasseur qui a tué Cecil, le lion le plus célèbre du Zimbabwe, s’appelle Walter Palmer. Dans un communiqué, il a reconnu avoir abattu le chef de meute, véritable star nationale âgée de 13 ans, après que son nom a été rendu public dans la presse.



« Je n’avais aucune idée que le lion que j’ai tué était une célébrité locale qui portait un collier. Je me suis appuyé sur l’expertise de mes guides professionnels locaux pour garantir la légalité de cette chasse. Je regrette profondément que la poursuite d’une activité que j’aime et que je pratique de manière responsable ait résulté dans la mort de ce lion », explique Walter Palmer. Ce dentiste américain aurait pourtant déboursé l'équivalent de plusieurs dizaines de milliers d'euros pour s’attacher les services de relais locaux et organiser cette chasse, dans laquelle Cecil, un lion à la crinière brune célèbre dans toute l'Afrique, a littéralement laissé sa peau.

 
L’Américain dit ne pas avoir été contacté par les autorités du Zimbabwe, mais se déclare prêt à coopérer si on le lui demande. Selon l’organisation Zimbabwe Conservation Task Force (ZCTF), qui a confirmé son identité après avoir parlé, dans un premier temps, d’un Espagnol, Walter Palmer a d'abord blessé l’animal, véritable attraction n°1 du parc de Hwange, avec un arc. Puis il l'a abattu à bout portant quarante heures plus tard, le temps de la traque, par arme à feu. Le lion a finalement été retrouvé dépecé et sans tête aux abords du parc Hwange, d’où il aurait été préalablement éloigné grâce à un appât - une carcasse d’animal accrochée à un véhicule - après avoir été repéré de nuit dans l'enceinte du parc grâce à un spot lumineux, toujours selon la ZCTF.

 
Deux comparutions à venir
Il faut préciser que le safari n’est légal qu’en dehors de la réserve. D’où la mise au point de techniques d’éloignement, permettant de transformer des chasses illégales en chasses légales. Pour autant, dans le cas présent, les deux planificateurs locaux de la traque n'échapperont pas à une comparution devant le tribunal de Victoria Falls pour braconnage. Après leur arrestation, leurs noms ont été rendus publics. Le premier individu s’appelle Honest Trymore Ndlovu. Il est le propriétaire de la ferme où la dépouille de l’animal a été retrouvée début juillet. Le second s’appelle Theo Bronkhorst, et c'est un chasseur professionnel. Sa licence a été suspendue avec effet immédiat, informent les autorités du parc (ZPWMA) dans un communiqué. La famille de ce Zimbabwéen a une société spécialisée depuis 1992 dans les grandes chasses de léopards dans le nord. Le fils de Theo Bronkhorst est recherché pour complicité.

 
L’implication du touriste états-unien, originaire du Minnesota, avait été confirmée par l'Association des opérateurs de safari du Zimbabwe (SOAZ), qui déplorent la situation : « Beaucoup de gens viennent de très loin pour admirer notre faune et il est évident que l'absence de Cecil est une catastrophe », explique son président Emmanuel Fundira, précisant que le félin était « quasiment semi-domestiqué ». Il était d’ailleurs, comme l’a reconnu son bourreau, doté d’un collier portant un émetteur GPS installé dans le cadre d’une étude de l’université Oxford.

 
Le parc de Hwange a accueilli 50 000 visiteurs l’an dernier, dont 23 000 étrangers. Cecil en était la figure de proue incontestée. Les responsables de la réserve s’attendent désormais à ce que Jericho, son probable successeur à la tête de la meute, tue ses lionceaux pour lancer un nouveau cycle de grossesse avec les femelles du groupe.

 
Le débat sur les safaris relancé
«Selon nos informations, il semble que Walter Palmer a déjà commis des crimes similaires ailleurs », a ajouté M. Fundira. L’Américain aurait en effet déjà braconné un ours noir par le passé dans son pays. Le New York Times avait par ailleurs parlé de ce chasseur du dimanche en 2009, racontant son engouement pour le tir à l’arc, un sport qu’il pratiquerait depuis l’âge de 5 ans. Contacté par le quotidien anglais The Guardian, un représentant du chasseur a déclaré que ce dernier était « évidemment ennuyé ». « C’est un grand chasseur de gibier, il chasse partout dans le monde », a-t-il confirmé. Sur ce blog, on peut d'ailleurs voir Walter Palmer s’exhiber avec l'un de ses trophées et ses flèches.

 
Depuis que son nom a été rendu public, le dentiste fait l’objet d’attaques particulièrement virulentes sur Internet et ses comptes professionnels Twitter et Facebook ont dû être fermés. Un mémorial a même été improvisé devant la porte de son cabinet, relate l’Agence France-Presse, qui explique que des passants ont déposé des peluches et des fleurs en hommage à Cecil. Le célèbre « lion à la crinière noire », comme il était surnommé, semble bien, à son corps défendant, en passe de relancer le débat sur les safaris, une pratique dénoncée de longue date. Engagée en 1999, l'étude d'Oxford à laquelle participait Cecil a d'ores et déjà permis d'établir que sur 62 lions suivis, 24 ont été abattus lors de chasses sportives. Autour du parc Hwange, 72 % des lions adultes mâles ciblés par l'enquête ont été abattus lors de parties de chasse.

Rfi.fr

Mercredi 29 Juillet 2015 - 14:35



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