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​Birmanie. « Le nettoyage ethnique des Rohingyas se poursuit », déplore l'ONU



D’après l’organisation internationale, le nettoyage ethnique des musulmans rohingyas « se poursuit » en Birmanie. Avec une campagne de « terreur et de famine organisée » destinée à les faire fuir vers le Bangladesh.
 
Une telle montée au créneau de l'ONU est peu commune. Mais ce mardi 6 mars, son sous-secrétaire général aux droits de l’homme a tiré la sonnette d’alarme sur la situation des Rohingyas en Birmanie, qui semble loin de s’arranger. « Le nettoyage ethnique des Rohingyas de Birmanie se poursuit », a affirmé Andrew Gilmour.
 
« Le gouvernement birman ne cesse de répéter au monde qu’il est prêt au retour des Rohingyas, mais dans le même temps les forces de sécurité continuent à les faire partir au Bangladesh », a-t-il ajouté. En dénonçant le rôle central de l’armée et l’inaction du gouvernement.
 
Aung San Suu Kyi accusée de jouer le statu quo avec l’armée
De son côté, l’armée insiste sur le fait que l’opération militaire a été déclenchée à la suite d’attaques fin août 2017 de rebelles rohingyas qualifiés de « terroristes ». Cette campagne de l’armée birmane, qualifiée d’épuration ethnique par les Nations unies, a déjà poussé à l’exode près de 700 000 musulmans rohingyas depuis août dernier. Et des centaines de Rohingyas continuent de passer la frontière du Bangladesh chaque semaine.
 
La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement civil en place depuis 2016 après des décennies de dictature militaire, est quant à elle accusée de jouer le statu quo avec l’armée et son opinion publique, largement anti-Rohingya, sur ce dossier. Influencés par un fort nationalisme bouddhiste, une majorité des Birmans considèrent, en effet, les Rohingyas comme des étrangers et les voient comme une menace à la prédominance bouddhiste du pays.
 
Seule la Croix-Rouge internationale a accès à la zone de conflit
Le chef adjoint de l’armée birmane, le général Soe Win, a reçu lundi à Naypyidaw, la capitale administrative, le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’Homme, Stavros Lambrinidis. Le général birman « a répété que le gouvernement birman est prêt à accueillir » les réfugiés, mais reconnaît qu'« aucun n’est encore rentré, que ce soit en groupe ou individuellement », a affirmé l’armée mardi, publiant sur Facebook des photos de la rencontre.
 
L’accès à la zone de conflit, autour de la ville de Maungdaw, dans le nord de l’État Rakhine, reste interdit d’accès pour les journalistes et mes diplomates, hors voyages express d’une journée organisés au compte-gouttes par l’armée. Seule la Croix-Rouge internationale (CICR) a un accès libre à la zone.
 
La crainte d’une catastrophe naturelle à l’approche de la mousson
Dans ces conditions, il est donc extrêmement difficile de vérifier de façon indépendante les accusations des réfugiés rohingyas au Bangladesh voisin, qui évoquent des viols, des meurtres, des tortures, des décapitations. « Des Rohingyas nouvellement arrivés à Cox’s Bazar ont fourni des témoignages crédibles de meurtres, viols, tortures, enlèvements et famine organisée se poursuivant », estime toutefois le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l'ONU.
 
Le sous-secrétaire Andrew Gilmour s’inquiète en outre du sort des centaines de milliers de Rohingyas s’entassant dans ces camps de fortune à l’approche de la mousson. « Ayant tant souffert d’un désastre infligé par l’homme en Birmanie, nous craignons que s’y ajoute une catastrophe naturelle liée aux fortes pluies, avec glissements de terrain et inondations », a-t-il mis en garde. L'ONU est aussi préoccupée par le risque d’une épidémie de choléra face à ces conditions sanitaires rendues encore plus difficiles par la saison des pluies.

Ouest-France

Mardi 6 Mars 2018 - 15:40



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