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​Guinée : Souviens-toi…le 28 Septembre 2009



​Guinée : Souviens-toi…le 28 Septembre 2009
Les  Guinéens ont-ils  la  mémoire courte ?  La question s’impose vu le  climat très tendu qui règne dans le pays où tous les yeux sont rivés vers les résultats partiels ou officiels de la présidentielle du 11 octobre 2015. Une situation que devrait éviter une population qui, jusqu’à présent, six ans après n’arrête pas de panser les plaies d’un tragique 28 septembre 2009 où plus de 150 personnes étaient massacrées dans le stade de Conakry. L’interpellation est inspirée du film d’horreur américain « Souviens-toi…l’été  dernier » ou  Le  Pacte  du  silence  au  Québec,  réalisé  par  Jim Gillespie, sorti en 1997. Cette saga horrifique relate des meurtres en série  subis  par  un  groupe  de  jeunes  ivres,  revenant  d’une  virée nocturne en boite, avait renversé un badaud sur leur chemin. Croyant leur victime morte, les jeunes fêtards qui avaient pris la fuite après leur forfait, ont fait les frais de leur « proie ». Un an après l’accident, l’inconnu les a retrouvé  avant de les massacrer, un  à  un,  à  coup de gaffe.

 
Ce scénario devrait interpeller la population guinéenne notamment son élite politique qui semble avoir la mémoire courte. Un pays qui, jusqu’à présent, souffre des stigmates d’un tragique événement du 28septembre 2009 où 150 personnes ont été massacrées dans le stade de Conakry par des militaires guinéens sous les ordres d’un certain Moussa Dadis  Camara. Sept ans après, le peuple meurtri continue de pleurer ses morts et de réclamer justice alors que les principaux responsables, dont Dadis, reposent  paisiblement  dans  les  salons  feutrés  de  résidences surveillées loin des regards des organisations de défense des droits de l’homme. Situation ne devrait être plus édifiante pour alerter une population qui semble jouer avec le feu en suivant aveuglément un jeu politique loin de la sainteté.

 
Depuis  le  début  de  la  campagne  électorale  pour  la  présente présidentielle,  la plupart des populations vivent la peur au ventre. Avec les derniers heurs notés dans le pays, beaucoup d’observateurs pensent que la Guinée s’achemine directement vers une crise post-électorale.  Ce  qui  est  accentué  par  la  montée  d’adrénaline  notée depuis le jour du scrutin présidentiel  où  invective,  menace  à  peine voilée,  défis…sont  entre  autres  maux  qui  animent  le  landernau politique guinéen. Tous les protagonistes, opposition comme pouvoir, ont reconnu que le scrutin du dimanche 11 octobre 2015 s’est déroulé  correctement dans l’ensemble malgré  quelques irrégularités signalées  çà  et là.  La plupart des observateurs internationaux et la société civile ont, à leur tour, salué  le déroulement d’un processus  électoral qui n’est pas un des meilleurs comparé à ce qui se passe actuellement en Afrique.


Dans l’optique de préserver l’intégrité  territoriale et une paix sociale d’un pays qui sort d’une longue et endémique épidémie à virus ebola ayant  fortement  éprouvé  son  économie  et  son  système  sanitaire, opposition comme pouvoir devrait adopter une démarche beaucoup plus responsable. Cellou Dalein Diallo n’a-t-il pas tort de contester des résultats partiels et officiels avant leur publication par la CENI ? Sur  ce  point,  il  faut  rappeler  que  la  légitimité  de  cette  dernière instance  chargée  d’organiser  et  de  superviser  l’élection  n’avait, jusque-là,  souffert  d’aucune  contestation.  Par  ailleurs,  l’appel  à manifester de M. Diallo, n’est-il vraiment pas risqué  face une police ou une armée qui a la gâchette facile ?


Pour sa part,  Alpha Condé  ne devrait pas  être surpris de la bonne place qu’il occupe dans le box des accusés. Qu’a réellement fait le président sortant, durant son mandat, pour aider  à  l’édification d’un climat politique apaisé et basé sur un dialogue franc entre acteurs qui se  font  confiance  et  sur  arbitrage  d’une  société  civile  crédible  et totalement  indépendante ? N’avez-t-il  pas  le  temps  de  travailler  à doter son pays d’un système électoral performant et transparent au moment  où  des  pays  de  la  sous-région  ouest-africaine  dont  le Burkina Faso, le Nigéria, le Mali, le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire,  le  Bénin,  aidés  par  une  société  civile  engagée  et  très regardante sur cette question, rivalisent d’ardeur sur ce plan ? Mieux vaut  tard  que  jamais,  la  Guinée  devrait  se  doter  d’un  jeu politique  qui  l’éloigne  de  l’arbitrage  de  l’armée  ou  des  forces  de l’ordre.


L’issue de ce scrutin, quelque soit le vainqueur, ne devrait pas  mener  à  une  situation  qui  livrerait  le  pays  à  des  sanctions économiques,  politiques  ou  militaire  de  la  communauté internationale. La responsabilité morale de tous les acteurs politiques vainqueurs comme vaincus sera engagée quoiqu’il advienne.
 
Bacary DABO, Journaliste www.allafrica.coom


Lundi 19 Octobre 2015 - 11:29



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