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    Entretien avec Codou, la « Greta Thunberg » des Niayes: « Depuis la classe de Seconde, je mène des combats pour l’Environnement »

    Elle s’appelle Codou Gueye et elle n’a que 17 ans. Mais son jeune âge ne constitue pas un frein pour cette élève qui va entamer son année de Baccalauréat en série S1 en octobre. Elle un rêve, des combats à mener et énormément de travail à abattre pour sa réalisation. Membre fondatrice du Club Environnement et Santé du Lycée de Mboro (à 24 kilomètres de la commune Tivaouane), Codou veut laisser à ses parents, amis, petits frères et soeurs une ville plus verte et plus viable, après l’obtention de son Bac. Fille d’un cadre des Industries Chimiques du Sénégal (ICS), la « Greta Thunberg » des Niayes appelle cette entreprise à faire plus d’efforts, par exemple, dans la construction d’une voie de contournement pour la circulation au quotidien de leurs centaines de camions transportant divers produits chimiques pouvant impacter sur a santé des populations. Egérie d’un projet axé sur le développement local endogène, les industries extractives et chimiques, et aussi sur l’emploi durable, la biodiversité, la planification urbaine, les océans, les infrastructures, l’accès à l’électricité et à l’eau, l’éducation, l’agriculture, Codou nous dévoile, le temps d’un entretien, les différentes facettes d’une fille engagée dans les combats de l’heure. Entretien !

    Parlez-nous un peu de votre environnement familial ?
    J’habite à Mboro, précisément à la cité Mbaye-Mbaye. Je suis née à Saint-Louis où je vais de temps en temps avec ma famille. Mes parents sont venus à Mboro juste après leur mariage et nous n’étions pas donc encore nés. Leur venue est due à l’embauche de mon père aux ICS en tant qu’ingénieur. Avec ma famille, nous habitons dans la cité construite par les ICS pour ses cadres. Nous vivons dans un environnement familial agréable et dans une maison bien équipée où tous les jours, nous parvenons à nous nourrir et nous vêtir correctement. Nous sommes bien financièrement. Dans la cuisine, j’assiste maman, surtout les dimanches et les après-midi où je n’ai pas cours. Je l’aide aussi avec le ménage et le rangement de la maison.

    Après la 1ere S1, vous allez entamer une année scolaire décisive en Terminale. Quelles seront vos ambitions personnelles et professionnelles après le lycée ?

    La première S1 a été une classe spéciale. Elle est un peu difficile par moment à cause du
    rythme des leçons et des devoirs mais j’essaie de m’adapter et de gérer toutes les
    situations qui se présentent à moi.
    Après le Baccalauréat incha Allah je prévois d’aller à l’école Militaire de santé de Dakar pour
    faire de la chirurgie militaire. Cela a toujours été mon rêve et ce depuis toute petite. Mais
    avec la récente sortie que notre club environnement a organisée à la ferme de Mont
    Rolland, le métier d’ingénieur en agronomie m’attire de plus en plus.

    En plus des sciences, vous aimez la lecture, la littérature, l’art ?

    A l’école, malgré que les cours et le travail dans les matières scientifiques prennent le dessus, j’essaie quand même de trouver du temps pour la lecture, un moyen très efficace pour m’ évader et ainsi oublier les maths, les sciences physiques entre autres.

    Qu’est-ce qui vous a poussé à créer avec vos camarades le Club Environnement et
    Santé du lycée de Mboro ? 

    Quand j’étais en classe de Seconde, avec les autres responsables de classes, nous avons décidé de créer un club qui a pour but de servir l’école. On a pensé à ajouter la dimension
    environnementale qui manquait un peu dans le gouvernement scolaire. Pour avoir de quoi
    mener nos activités, nous avons commencé par faire une quête dans les salles de
    classes. Après cela, nous avons réfléchi à une activité lucrative pour acheter
    des table-bancs, refaire la peinture de certaines classes etc. C’est là que nous est venu
    l’idée de faire un champ dans le lycée, d’y semer des légumes et de vendre les
    récoltes, pour participer aux besoins financiers de l’école. C’est ainsi que le Censeur nous a donnés une parcelle au fond de l’école pour commencer. Au début, nous étions un nombre restreint et nous n’avions pas trop d’organisation, mais au fil du temps, nous avons commencé à agir comme un vrai club, à tenir de vrais réunions et c’est moi qui écrivais les procès verbaux. Nous travaillions plus sur l’environnement qu’autre chose, c’est pour ça que le Censeur nous a proposé le nom « Club Environnement et Santé », sachant que la gestion de l’environnement se rapproche de la santé.

    Cette année le club se développe encore mieux nous travaillions maintenant avec des
    partenaires, le censeur a mis à notre disposition le champ du lycée et nous vendons nos
    produits jusqu’à Tivaouane. Malgré que pour cette année je n’ai pas trop le temps, le président a quand même insisté pour que je continue avec le club et que je garde mon poste.

    Penses-tu que le changement climatique et la destruction de l’environnement
    soient un grand problème pour ta ville Mboro et les villes environnantes, les pluies non régulières, sécheresses, diminution des récoltes, diminution des espaces verts, etc. ? 

    Ayant récemment fait un exposé sur les conséquences du changement climatique avec le
    Club environnement et santé, j’ai vraiment découvert l’ampleur qu’avait ce dernier à Mboro
    et dans les zones environnantes. Certes, ce n’est pas encore si important, mais cela se
    verra plus sur la durée et c’est loin d’être négligeable. En effet, je trouve qu’il
    y a un dérèglement des saisons surtout celle de la pluie. Pendant sa période (l’hivernage), elle n’est pas si abondante qu’avant, mais aussi on a constaté qu’il y a eu de la pluie jusqu’en janvier ce qui ne s’était jamais produit avant. 

    Vous savez que l’Afrique est le continent qui subit le plus les effets du changement climatique, alors qu’elle en est le moins responsable. Que vous inspire cette injustice ?
    l’Afrique, de par son infériorité industrielle par rapport aux autres continents, pollue
    beaucoup moins. Certes, les effets du changement climatique l’impactent plus mais je
    pense que c’est plutôt dû au manque de moyens. En effet, quand il y a une
    catastrophe due au changement climatique comme l’avancée de la mer par exemple, les
    pays occidentaux aurons tendance à mieux gérer la situation et à évacuer leurs populations
    plus rapidement. C’est aussi valable pour les feux de brousse dus à l’action anthropique.
    l’Afrique manque de moyens pour faire face à ces désastres.

     Êtes-vous consciente de la pollution intérieure ? Celle causée par certains
    combustibles pour la cuisine ( de bois), ou l’encens, par exemple ?


    C’est vrai que la pollution extérieure est plus mise en exergue que celle interne alors qu’elle
    cause autant de dégâts, surtout pulmonaires. Pour nous au Sénégal, c’est tout à fait
    normal d’émettre autant de fumée de par les encens, du charbon de bois entre autres,
    alors que cela nous détruit de l’intérieur et ce plus rapidement que la fumée dégagée par
    les usines.

    Trouvez-vous que l’air de votre ville et sa nappe d’eau sont pollués ?
    Avec le Club Environnement et Santé, nous sommes en train de mettre en place un journal. Après avoir fait des reportages et interviewé une dame qui vit près d’une industrie
    extractive, elle nous a fait part de la situation qu’elle vivait aux quotidien. Elle nous
    a parlé de leurs problèmes de santé, insistant sur les maladies respiratoires. En effet
    avec le dégagement des gaz d’échappement, les populations se voient plus sujettes à des
    maladies comme l’asthme, la bronchite. Elle nous raconte que son médecin lui a dit que
    dans quelques années, il pourrait y avoir des cas plus graves comme le cancer.

    Que pensez-vous des accidents causés par les camions des ICS ?
    A cause des ICS (Industries Chimiques du Sénégal), les routes de Mboro sont bondées de camions. Il y en a partout et ils sont la cause de pas mal d’accidents sur la route. Vu leurs moyens, elles devraient penser à construire des routes juste pour leurs automobiles (voies de contournement, Ndlr) afin de réduire considérablement les risques d’accident car maintenant il y a de plus en plus de véhicules à Mboro et la ville se fait étroite. Certes les accidents sont inévitables mais elles (les ICS) peuvent trouver des moyens
    pour les réduire considérablement, comme les voies de contournements.

    La pollution à cause des émanations provenant des usines et industries
    extractives locales, ainsi que celles provenant du transport de leurs camions (pots
    d’échappement, soufre, etc.) sont importantes, avez-vous peur pour votre santé, votre bien-être, voire pour votre vie et celle de vos proches ?

    Sur la route, je vois qu’il y a des déversement de soufre. Ce dernier, inhalé à long terme,
    pourrait nous causer beaucoup de tords surtout aux populations environnantes. Mais je
    pense que les agents des ICS se chargent quand même de nettoyer après ces incidents. 

     Les industries extractives sont génératrices d’emplois permettant aux
    populations de subvenir à leurs besoins. Avez-vous des membres de votre famille qui travaillent dans ces industries extractives ? 

    Ces industries sont très riches en ressources humaines et permettent ainsi à un bon
    nombre de personnes d’avoir du travail. Si nous sommes actuellement à Mboro c’est
    parce que mon père a été embauché par les ICS en tant qu’ingénieur. Ma mère aussi y
    travaille.

    Que vous inspirent les réseaux sociaux, à quelle fréquence vous les utilisez ?
     J’utilise beaucoup les réseaux sociaux pour me divertir, mais aussi pour m’informer des
    nouveautés du monde. Ainsi avec ma génération, nous pouvons nous passer des
    journaux. Les réseaux sont un bon moyen pour augmenter notre culture générale et nous
    documenter. Mais à condition de les utiliser convenablement et de ne pas en abuser.

    Comment définiriez-vous votre rapport à la nature ?
     La cité où j’habite est pleine de verdure. Par moment, surtout pendant les vacances, je sors souvent et m’isole dans un endroit calme avec un livre et j’en profite. Et même pendant l’année scolaire, derrière chez moi, de temps en temps, je sors me promener et la
    fraîcheur de la nature me procure énormément de bien.

    Quel Mboro voudriez-vous laisser, quand viendra le moment pour vous de quitter la maison familiale après le Bac ?

    Après l’obtention de mon baccalauréat, quand je quitterai la ville incha Allah, j’aimerais que
    Mboro reste cette commune calme et paisible et accueillant, mais beaucoup plus
    développé. Car nous avons les ressources minières et maraîchères pour ça.

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