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    Procès de l’opposant russe Ilia Iachine: «Une affaire pour le faire taire»

    Le procès de l’opposant russe Ilia Iachine s’ouvre ce mercredi 23 novembre à Moscou. Ilia Iachine, 39 ans, est jugé pour « fausses informations sur l’armée russe ». L’audience doit se dérouler à huis clos. Entretien avec son avocat, Vadim Prokhorov. 

    Il est l’un des derniers grands opposants restés en Russie. Comme tous les autres, Ilia Iachine est aujourd’hui derrière les barreaux et n’a plus que les réseaux sociaux pour s’exprimer. Arrêté fin juin et condamné dans la foulée à une peine de quinze jours de prison pour « désobéissance à la police », il est poursuivi depuis mi-juillet pour « diffusion de fausses informations sur l’armée russe ». Son avocat, Vadim Prokhorov, est aussi celui de l’opposant Vladimir Kara-Mourza. Il avait auparavant défendu Boris Nemtsov, opposant assassiné le 27 février 2015.

    RFI : Pourquoi cette première audience va-t-elle se dérouler à huis clos ?

    Vadim Prokhorov : Le fait est qu’il est très difficile de juger une affaire qui relève du civil ou de l’administratif à huis clos. Au minimum, il faut pouvoir présenter plusieurs motifs, même si là-dessus, je pense que c’est bientôt terminé. Dans une affaire pénale, il est toujours possible de soulever le secret de l’enquête. Pour autant, 99% des affaires pénales en Russie se jugent en public. Mais là aussi, je pense que la tendance va aller vers de plus en plus vers le huis clos, tout simplement pour que le grand public et les médias ne puissent pas voir à quel point certaines affaires sont inventées de toutes pièces, absolument injustifiées et en réalité illégales, totalement cousues de fil blanc.

    En ce qui concerne plus particulièrement les affaires politiques, les tribunaux ne veulent tout simplement pas fournir une plateforme aux représentants de l’opposition pour éviter qu’ils ne diffusent leurs idées. C’est quelque chose qui vient de loin. En Union soviétique, les autorités disaient même : « Ici, nous n’avons pas de dissidents, pas d’opposition, pas de prisonniers politiques. Nous n’avons que des criminels ». Boukovski et Ginsburg, Vadim Delaunay et bien d’autres ont été condamnés précisément pour leurs activités politiques.

    En ce qui concerne spécifiquement Vladimir Kara-Mourza et Ilia Iachine, mes clients, leurs cas ont été officiellement reconnus depuis assez longtemps comme « politiques ». Ils ont eux-mêmes été reconnus comme prisonniers politiques par un certain nombre d’organisations de défense des droits de l’homme, en particulier Mémorial [ONG classée agent de l’étranger en décembre 2021, NDLR] et Amnesty International.

    Que pouvez-vous nous dire des arguments que vous allez présenter devant le tribunal ?

    J’en présenterai un certain nombre concernant l’article du Code pénal utilisé contre Ilia Iachine. Cette disposition récente est pour moi clairement anticonstitutionnelle. L’article 207.3 du Code pénal de la Fédération de Russie, le soi-disant article anti-fake news, est en fait utilisé pour combattre l’opposition. Par ailleurs, même si nous mettons de côté la contestation sur le principe de cette disposition du Code pénal, nous pensons qu’il n’y a aucune raison de l’utiliser contre Ilia Iachine. Aucun motif, aucun exemple concret. Rien, absolument rien.

    Il est clair que cette affaire n’a été ouverte que pour le faire taire, au moins pendant un certain temps, en tant que figure bien connue de l’opposition et en tant que figure contre la présence de soldats russes en Ukraine, et le faire taire à n’importe quel prix. Ce n’est pas comme si c’était une surprise. Mais le fait est que les procureurs utilisent pour cela un motif pénal extrêmement sérieux, qui peut impliquer cinq à dix ans de prison.

    Comment va Ilia Iachine ?

    Ilia Iachine n’aime pas du tout être en prison, et c’est assez logique ! Ce n’est absolument pas ce à quoi il aspirait.  Mais ce n’est pas non plus une grande surprise pour lui. Il le répète souvent : les autorités lui ont clairement fait comprendre qu’elles auraient préféré le voir en exil, mais il a choisi de rester en Russie. Et compte tenu de la situation actuelle, les autorités roulent littéralement sur ce qui reste de l’opposition russe et sur Ilia Iachine en tant que son représentant.

    Vous défendez également Vladimir Kara-Mourza. Quelles différences et similitudes entre leurs cas ?

    Ils ont beaucoup en commun. Premièrement, l’article du Code pénal utilisé contre eux est le même : il leur est reproché à tous les deux d’avoir diffusé de fausses informations sur la vaillante armée russe en Ukraine. Il est clair pour tout le monde que tout cela s’inscrit précisément dans le cadre des événements qui se déroulent dans notre pays liés au conflit en Ukraine.

    Ce qu’ils ont en commun, c’est de faire face au désir de faire taire et de réprimer les membres influents du mouvement d’opposition en Fédération de Russie. Il faut dire que de nombreuses personnes en Russie sont contre la présence de soldats en Ukraine. Il faut éviter que mes clients soient en mesure de les rassembler.

    Il y a aussi des différences. En particulier, dans le cas d’Ilia Iachine, les autorités se sont limitées à présenter contre lui ce seul article du Code pénal. Pour Kara-Mourza, ce sont deux articles. Le plus sérieux d’entre eux, c’est celui sur la soi-disant haute trahison. Il risque déjà 24 ans de prison.

    Kara-Mourza est aussi un homme qui a une forte volonté. Il est aussi énergique et il va se battre, comme il s’est battu pour la liberté de la Russie et continue de le faire même de prison. Il va se battre pour lui-même, mais aussi pour la vérité. Peu importe ce qui vient des autorités et peu importe comment elles essaient de faire de lui une sorte de traître. C’est l’une des personnes les plus patriotiques que je connaisse.

    Et vous, pourquoi restez-vous en Russie ?

    Cela fait déjà plusieurs années qu’on me pose cette question. Et je tiens à dire que le processus d’éviction des avocats de l’opposition en dehors de la corporation a commencé, ou plutôt dure depuis assez longtemps déjà. En particulier, Ivan Pavlov a dû se rendre à l’étranger. À cette époque, il s’occupait lui aussi de beaucoup de cas d’opposants, de ceux qui étaient accusés de trahison. Mon ami Mark Feigin a été tout simplement expulsé, privé de son statut d’avocat. Oui, c’est difficile. Mais j’ai toujours défendu les représentants de l’opposition. Je le fais depuis 1999 et je ne vais pas l’abandonner.

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