« À CHACUN SON WATERLOO ! » : Guerre de mots et vertige des ruines, la démocratie sénégalaise au piège des formules d'anéantissement



Ce mercredi 26 août 2026, la Toile politique sénégalaise s'est embrasée autour de cinq mots jetés par le ministre Dr El Hadji Abdourahmane Diouf : « À chacun son Waterloo ! ». En une formule, la joute verbale s'est muée en une surenchère de symboles. La réplique du camp de PASTEF ne s'est pas fait attendre.

Sur les réseaux sociaux, la contre-offensive s'est déclinée entre la fureur militante prédisant un juste retour de bâton aux bénéficiaires du combat d'Ousmane Sonko, et le cadrage idéologique de Waly Diouf Bodian rejetant ce lexique occidental au profit de la mémoire de Pathé Badiane. Au-delà de la passe d'armes numérique, cet épisode interroge sur cette fascination soudaine pour la liquidation définitive de l'adversaire politique.
 
Dans la grammaire de l'histoire, Waterloo n'est pas un simple revers électoral ni une péripétie parlementaire. Le 18 juin 1815, dans la morne plaine belge, Napoléon Ier ne perd pas seulement une bataille face à Wellington et Blücher. Il voit son empire s'effondrer sans retour, son ambition foudroyée et son destin scellé par l'exil définitif à Sainte-Hélène. Employer le terme de « Waterloo », c'est invoquer la fin d'un monde, la chute irréversible d'un système et l'anéantissement sans possibilité de revanche.
 
La rhétorique du « Waterloo » en dit long sur l'état du débat public. En lançant cette formule, Abdourahmane Diouf a sciemment cherché à dramatiser l'enjeu politique, prophétisant une débâcle chez ses rivaux. En répliquant que le véritable Waterloo sera celui des amnésiques de la lutte, les partisans de PASTEF tentent de transformer une joute partisane en un procès en ingratitude, faisant glisser le débat du terrain des idées vers celui des comptes à régler.

Parallèlement, en affirmant que cette bataille ne concernait pas les Sénégalais pour lui opposer la victoire anticoloniale de Pathé Badiane, Waly Diouf Bodian opère un recentrage mémoriel tout en esquivant le fond du choc politique en cours.
 
À force d'invoquer la fin des temps à chaque virage institutionnel ou électoral, les acteurs politiques commettent une erreur d'appréciation majeure. La démocratie sénégalaise ne s'est jamais construite sur l'anéantissement de l'autre, mais sur la résilience des hommes, la reconfiguration des alliances et le verdict périodique des urnes. Un revers politique sous nos latitudes n'a rien d'une plaine de 1815 jonchée de cadavres politiques introuvables. Vouloir décréter la perte de son opposant ou de son partenaire d'hier relève d'une prétention dangereuse : dans une République mûre, aucun leader n'a le pouvoir de prononcer la mort politique de son rival. Ce pouvoir appartient exclusivement au peuple sénégalais, seul juge capable de distribuer les victoires et de signer, le jour venu, les réels verdicts de l'Histoire.


Mercredi 26 Aout 2026 22:19


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