À Moscou, le sommet Russie-Afrique sous le signe de la coopération militaire

Après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023, le troisième sommet Russie-Afrique s'est ouvert mercredi 28 octobre à Moscou. Pendant deux jours, une vingtaine de chefs d'État sont attendus autour de Vladimir Poutine. Au programme : la coopération militaire, mais aussi économique et culturelle. Une question reste en suspens, à savoir celle des combattants africains enrôlés, parfois de force ou trompés par de fausses offres d'emploi, dans l'armée russe.



Au-delà du protocole, ce sommet est un test pour la stratégie d'influence de la Russie sur le continent. Car pour Cécile Marin, spécialiste des relations russo-africaines et professeure à Sciences Po Paris, l'Afrique occupe une place centrale dans la stratégie russe pour s'imposer en leader du « Sud global ». La popularité de la figure de Vladimir Poutine sur le continent y contribue largement.
 
« La Russie déroule tout un narratif de dénonciation du néocolonialisme des puissances occidentales. Évidemment, la France est largement visée », explique Cécile Marin à Carol Valade du service Afrique de RFI. Selon elle, Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine font souvent allusion à cet héritage historique et au fait que la Russie n'est pas une puissance coloniale.
 
Cet argument est notamment mis en avant dans la doctrine de politique étrangère russe, où figure pour la première fois un paragraphe directement consacré à l'Afrique : « Il y a vraiment cette notion de partage de valeurs traditionnelles qui est mise en avant, et qui peut aussi permettre d'expliquer comment on définit un chef d'État et dans quelle mesure la figure de Vladimir Poutine est assez populaire sur le continent africain. »
 
À ce jour, les échanges économiques restent néanmoins très limités, et la relation Russie-Afrique est essentiellement centrée sur les questions militaires et de sécurité, selon Ivan Kłyszcz, chercheur au Centre international pour la défense et la sécurité (ICDS) de Tallinn, en Estonie, spécialiste des relations Russie-Afrique : « La plupart des armées africaines ont été formées pendant la guerre froide par des instructeurs soit soviétiques, soit du bloc de l'Est. Cela veut dire qu'elles utilisent surtout du matériel de type soviétique, comme le Kalachnikov. Ce sont des marchés dans lesquels la Russie a un accès très, très privilégié. »
 
Il évoque aussi le déploiement de paramilitaires, surtout pour protéger des dirigeants et des infrastructures. Ils mènent des missions de combat, surtout au Mali. Dans la plupart des autres pays, ce sont des missions de protection, comme lorsque l'Africa Corps a défendu l'aéroport de Niamey. Cette force n'est pas seulement expéditionnaire, souligne l'expert : elle est gérée par le renseignement militaire russe, et sert donc aussi au renseignement militaire.
 
Les Africains enrôlés dans l'armée russe
Il est un autre aspect des liens entre Moscou et le continent, plus sensible, dont on ignore s'il sera évoqué pendant le sommet : celle des combattants africains enrôlés, parfois de force ou trompés par une offre d'emploi mensongère, dans l'armée russe et envoyés en première ligne sur le front ukrainien.
 
L'alerte est venue des réseaux sociaux, où ont circulé des vidéos montrant des hommes noirs, certains prisonniers des Ukrainiens, d'autres maltraités par des soldats russes ou envoyés en première ligne pour détecter les positions ennemies. Des familles ont aussi lancé des appels à l'aide, sans nouvelles de proches partis en Russie sur la promesse d'un emploi bien rémunéré.
 
Les chercheurs se sont ensuite saisis du sujet. L'Institut français des relations internationales (Ifri) estime à 3 000 à 4 000 le nombre d'Africains qui combattent sous le drapeau russe. Le groupe d'investigation All Eyes on Wagner a obtenu une liste de 1 417 personnes originaires de 35 pays d'Afrique. Le Cameroun est celui qui paie le plus lourd tribut, mais des Ivoiriens, des Gambiens, des Guinéens et des Centrafricains figurent aussi parmi elles.
 
C'est l'Afrique anglophone qui a réagi le plus vite. Le Kenya, particulièrement touché, avec 1 000 ressortissants recrutés selon un rapport des services secrets, a vu son ministre des Affaires étrangères se rendre en Russie cette année pour tenter d'endiguer le phénomène. Le Ghana a demandé à l'Ukraine le transfert de ses ressortissants faits prisonniers. Pretoria a obtenu de Moscou, fin février, le rapatriement de 15 Sud-Africains.

RFI

Jeudi 29 Octobre 2026 10:02


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