Le président du Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES), Birane Yaya Wane, a vivement dénoncé le maintien en détention de l’homme d’affaires Khadim Ba, qu’il qualifie d’« injustice qui ne peut plus durer ». Lors d’une déclaration publique, il a estimé que les éléments du dossier ne justifient pas, au regard de la loi, l’incarcération de l’opérateur économique sénégalais détenu depuis 2024.
Selon Birane Yaya Wane, les documents consultés par son organisation, notamment ceux produits par les avocats de Khadim Ba ainsi que par l’expert-comptable désigné dans le cadre de l’affaire, démontreraient l’absence de manquements susceptibles de justifier son maintien en prison. Il affirme que ni la Société africaine de raffinage (SAR) ni la Direction générale des douanes n’ont formellement reproché à Khadim Ba une quelconque défaillance dans les opérations qui lui sont imputées.
Le président du CNDES souligne également que plusieurs correspondances échangées entre les différentes parties ne feraient état d’aucun manquement concernant la livraison de carburant. Il relève par ailleurs qu’un autre mis en cause dans le dossier, lié à Coris Bank, a bénéficié d’une libération alors qu’il était poursuivi pour des faits similaires.
Trois accusations contestées
Birane Yaya Wane rappelle que Khadim Ba fait l’objet de poursuites portant notamment sur l’utilisation présumée de faux documents liés à des cargaisons pétrolières, des droits d’importation supposément impayés et des accusations relatives au rapatriement de devises.
Selon lui, chacune de ces accusations est contestée par des éléments matériels et des conclusions d’expertise judiciaire.
Concernant les cargaisons qualifiées de « bateaux fictifs », il affirme que la SAR, présentée comme importatrice des produits concernés, a officiellement attesté de leur arrivée effective au Sénégal ainsi que du paiement des droits de douane correspondants. Il ajoute que l’expert judiciaire mandaté par le tribunal aurait confirmé ces éléments, tout comme les services compétents de Dakar Pétrole.
Sur la question du rapatriement des devises, le président du CNDES soutient que les opérations financières visées ont été réalisées dans le respect des règles en vigueur et validées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Il affirme également que l’expertise judiciaire conclut que Khadim Ba aurait rapatrié un montant largement supérieur à celui qui lui est réclamé.
Des irrégularités de procédure dénoncées
Birane Yaya Wane critique également les conditions de l’interpellation de l’homme d’affaires. Selon lui, Khadim Ba aurait été arrêté la veille de la date prévue pour sa convocation et auditionné sans la présence de ses avocats.
Il affirme que plusieurs acteurs directement concernés par les opérations visées, notamment la SAR, les banques et les transitaires, n’auraient pas été suffisamment pris en compte dans l’enquête, alors que Khadim Ba n’était pas l’importateur direct des produits incriminés.
Le rôle de Khadim Ba dans l’approvisionnement énergétique
Le président du CNDES a également insisté sur la contribution de Khadim Ba à l’économie nationale. Il soutient que l’entrepreneur a joué un rôle majeur dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique du Sénégal entre 2011 et 2022, notamment en préfinançant certaines importations de produits pétroliers lorsque la SAR rencontrait des difficultés de trésorerie.
Selon lui, ces interventions ont permis d’éviter des perturbations majeures dans la fourniture d’électricité à travers le pays durant cette période.
Appel au président de la République
Face à cette situation, Birane Yaya Wane appelle les autorités à garantir à Khadim Ba un procès qu’il souhaite « équitable et transparent ». Il invite également le président de la République à examiner les failles qu’il estime exister dans le Code des douanes, qu’il juge particulièrement contraignant pour les justiciables.
Le responsable patronal demande notamment des explications sur ce qu’il considère comme un traitement différencié entre certains opérateurs économiques et plaide pour une réforme du dispositif permettant un meilleur contrôle judiciaire des procédures douanières.
Plaidoyer pour le secteur privé
Au-delà du cas Khadim Ba, Birane Yaya Wane a profité de cette intervention pour dénoncer les difficultés auxquelles serait confronté le secteur privé sénégalais. Il estime que les acteurs économiques ne sont pas suffisamment associés aux politiques publiques de développement et appelle à un dialogue renforcé entre l’État et les entreprises.
Il a également regretté l’absence, selon lui, d’un cadre institutionnel pleinement fonctionnel pour représenter les intérêts du secteur privé, évoquant notamment la situation des chambres consulaires.
Pour le président du CNDES, le développement économique du Sénégal passe nécessairement par une meilleure implication des entrepreneurs dans les décisions stratégiques, particulièrement dans les secteurs clés tels que l’énergie, l’industrialisation et la transformation des filières agricoles.