À l’occasion de la conférence régionale du projet RESDECS, organisée par le Gorée Institute, l’universitaire Papa Fara Diallo a dressé un diagnostic sans complaisance de l’état de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Entre montée des régimes prétoriens, menaces sécuritaires et restriction de l’espace civique, le chercheur appelle à une résilience urgente des institution.
Pour le Dr Papa Fara Diallo, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Gaston-Berger (UGB), le monde traverse une phase de « fatigue démocratique ». Mais en Afrique de l'Ouest et au Sahel, cette crise prend des proportions inquiétantes, exacerbée par les séquelles de la COVID-19 et un déficit chronique d'étatisation. «L’armée n’est pas faite pour gouverner, elle est faite pour commander», a martelé l'universitaire, ce lundi.
Selon lui, la multiplication des régimes prétoriens (militaires) constitue une menace directe. Le chercheur souligne une confusion dangereuse des rôles : si le militaire excelle dans le commandement des troupes, l'exercice du gouvernement exige une tout autre approche, fondée sur le dialogue civil et le respect des libertés.
Le « mode opératoire » des transitions militaires
Le Dr Diallo a décortiqué la stratégie de légitimation utilisée par les juntes au pouvoir, notamment dans l'espace de l'Alliance des États du Sahel (AES) : Suspension de la Constitution dès la prise de pouvoir, création d'un comité de transition à dominante militaire, inclusion de civils et de la société civile pour donner une apparence de consensus et de réconciliation. Pourtant, derrière ce vernis d'inclusion, le chercheur prévient : «L’essentiel du pouvoir reste entre les mains des militaires». Cette concentration mène inévitablement à une obstruction de l’espace civique et, dans certains cas, à la suspension pure et simple des activités des partis politiques.
Les menaces qui guettent la région
Au-delà des coups d'État, l'étude RESDECS (Recherche au Service de la Démocratie et de la Cohésion Sociale) menée au Sénégal, en Guinée et en Côte d’Ivoire, identifie plusieurs facteurs de déstabilisation : L'insécurité galopante (la menace jihadiste et la criminalité transfrontalière créent des « zones grises » où l'État est absent). La porosité des frontières (un défi majeur pour la cohésion sociale et la souveraineté). Les régressions constitutionnelles (le chercheur cite notamment le cas du Togo avec la suppression de l'élection présidentielle directe et les réformes au Bénin).
Le Sénégal face au risque de la « pensée unique »
Même si le Sénégal conserve une société civile forte et une liberté de ton dans les médias, le Dr Diallo tire la sonnette d'alarme sur la polarisation du débat politique. Il dénonce un « matraquage sur les réseaux sociaux » dès que le régime est critiqué et appelle à un retour à la tolérance. « Pas de démocratie sans pluralisme », rappelle-t-il, précisant que la liberté d'expression et le pluralisme (religieux, partisan, culturel) sont les socles indispensables de la cohésion sociale.
Vers un modèle de gouvernance résilient
L'objectif final de la recherche RESDECS est de proposer une « note de politique stratégique » aux gouvernements et partenaires au développement. L'idée n'est pas de rejeter la démocratie sous prétexte d'authenticité africaine, mais de l'adapter. « Il n’y a pas de démocratie à l’africaine. Il y a une démocratie qu’on doit adapter à nos réalités culturelles, sans en remettre en cause les principes fondamentaux ».
Le projet, qui s'étend désormais à huit pays de la sous-région, ambitionne de transformer la gestion des crises : passer d'une logique de riposte à une logique d'anticipation et de prévention grâce à des mécanismes d'alerte précoce.
Pour le Dr Papa Fara Diallo, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Gaston-Berger (UGB), le monde traverse une phase de « fatigue démocratique ». Mais en Afrique de l'Ouest et au Sahel, cette crise prend des proportions inquiétantes, exacerbée par les séquelles de la COVID-19 et un déficit chronique d'étatisation. «L’armée n’est pas faite pour gouverner, elle est faite pour commander», a martelé l'universitaire, ce lundi.
Selon lui, la multiplication des régimes prétoriens (militaires) constitue une menace directe. Le chercheur souligne une confusion dangereuse des rôles : si le militaire excelle dans le commandement des troupes, l'exercice du gouvernement exige une tout autre approche, fondée sur le dialogue civil et le respect des libertés.
Le « mode opératoire » des transitions militaires
Le Dr Diallo a décortiqué la stratégie de légitimation utilisée par les juntes au pouvoir, notamment dans l'espace de l'Alliance des États du Sahel (AES) : Suspension de la Constitution dès la prise de pouvoir, création d'un comité de transition à dominante militaire, inclusion de civils et de la société civile pour donner une apparence de consensus et de réconciliation. Pourtant, derrière ce vernis d'inclusion, le chercheur prévient : «L’essentiel du pouvoir reste entre les mains des militaires». Cette concentration mène inévitablement à une obstruction de l’espace civique et, dans certains cas, à la suspension pure et simple des activités des partis politiques.
Les menaces qui guettent la région
Au-delà des coups d'État, l'étude RESDECS (Recherche au Service de la Démocratie et de la Cohésion Sociale) menée au Sénégal, en Guinée et en Côte d’Ivoire, identifie plusieurs facteurs de déstabilisation : L'insécurité galopante (la menace jihadiste et la criminalité transfrontalière créent des « zones grises » où l'État est absent). La porosité des frontières (un défi majeur pour la cohésion sociale et la souveraineté). Les régressions constitutionnelles (le chercheur cite notamment le cas du Togo avec la suppression de l'élection présidentielle directe et les réformes au Bénin).
Le Sénégal face au risque de la « pensée unique »
Même si le Sénégal conserve une société civile forte et une liberté de ton dans les médias, le Dr Diallo tire la sonnette d'alarme sur la polarisation du débat politique. Il dénonce un « matraquage sur les réseaux sociaux » dès que le régime est critiqué et appelle à un retour à la tolérance. « Pas de démocratie sans pluralisme », rappelle-t-il, précisant que la liberté d'expression et le pluralisme (religieux, partisan, culturel) sont les socles indispensables de la cohésion sociale.
Vers un modèle de gouvernance résilient
L'objectif final de la recherche RESDECS est de proposer une « note de politique stratégique » aux gouvernements et partenaires au développement. L'idée n'est pas de rejeter la démocratie sous prétexte d'authenticité africaine, mais de l'adapter. « Il n’y a pas de démocratie à l’africaine. Il y a une démocratie qu’on doit adapter à nos réalités culturelles, sans en remettre en cause les principes fondamentaux ».
Le projet, qui s'étend désormais à huit pays de la sous-région, ambitionne de transformer la gestion des crises : passer d'une logique de riposte à une logique d'anticipation et de prévention grâce à des mécanismes d'alerte précoce.