Afrique subsaharienne : 23 pays menacés par le surendettement



 
Le dernier rapport de la Banque mondiale brosse le portrait d’une Afrique subsaharienne à deux vitesses. Depuis le choc de la pandémie en 2020, la région a opéré un redressement spectaculaire de ses comptes. Le déficit primaire, qui s'élevait à 2,5 % du PIB il y a quatre ans, est tombé à une moyenne de 0,3 % en 2024. Cette trajectoire de rigueur devrait porter ses fruits prochainement. Selon les projections, les positions budgétaires primaires «devraient se transformer en excédents d’ici 2026-2027», atteignant environ 0,1 % du PIB. Ce redressement concerne 29 des 47 pays de la région.

Pourtant, selon la Banque mondiale, cette prudence ne suffit pas à dégager des marges de manœuvre. La faute aux intérêts de la dette, qui absorbent une part colossale des richesses produites. Entre 2023 et 2026, ces paiements représenteront entre 2,9 % et 3,3 % du PIB, créant un effet d'éviction dramatique : « dans près de quatre pays sur cinq, les dépenses liées aux intérêts de la dette dépassent celles consacrées à la santé ou à l’éducation », note le rapport.

La situation est d'autant plus préoccupante que la vulnérabilité souveraine a atteint des sommets. Le nombre de pays en situation de surendettement ou à risque élevé a quasiment triplé en dix ans, passant de 8 en 2014 à 23 en 2025, soit près de la moitié des États de la région. La banque mondiale explique ce basculement par un cocktail explosif, notamment  l'héritage des emprunts de crise, une faible mobilisation des recettes fiscales et, surtout, le « recours accru à des financements non concessionnels hors des circuits multilatéraux traditionnels ». En clair, les pays empruntent plus cher et sur des marchés plus instables, rendant la gestion de la dette de plus en plus complexe.


 

Fodé Bakary Camara

Vendredi 27 Février 2026 13:23


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