Aide publique à la presse : le CDEPS dénonce des « dérives graves » dans la gestion du FADP 2025



Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) dénonce « l’illégalité » dans l’attribution du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) pour l’exercice 2025. Dans un communiqué rendu public ce jeudi 30 janvier, son président, Mamadou Ibra Kane, fustige une « opacité manifeste » dans la distribution de l’aide publique à la presse par le ministre de la Communication, sans avoir, au préalable, pris et publié l’arrêté de répartition fixant les montants attribués aux entreprises de médias bénéficiaires ».
 
Plus grave encore, le CDEPS reproche au ministre de la Communication de « s’être délibérément affranchi » de l’arrêt rendu par la Cour suprême le 11 décembre 2025, qui avait purement et simplement annulé les arrêtés n°017412 et n°024462 relatifs à la mise en place d’une plateforme numérique d’identification des entreprises de presse, ainsi qu’à la création de la Commission d’examen et de validation des déclarations des entreprises de presse du Sénégal.
 
En dépit de cette décision juridictionnelle définitive, poursuit-t-il, le ministre de la Communication a publié, le 24 décembre 2025, un communiqué annonçant l’ouverture des dépôts de demandes de subvention à l’intention des entreprises de presse, n’ayant pas procédé à leur déclaration sur ladite plateforme, pourtant « frappée d’illégalité par la Cour suprême ».
 
 Pis, le CDEPS souligne que la « période de dépôt a été arbitrairement fixée du mercredi 24 au samedi 27 décembre 2025, sans considération pour le fait que le 24 était déjà largement entamé, que le 25 constituait un jour férié, que le vendredi était écourté par la prière et que le samedi n’est pas un jour ouvrable ».
 
Selon le communiqué, cette « manœuvre révèle une volonté manifeste d’exclure les entreprises de presse qui avaient refusé de se soumettre à une plateforme déclarée illégale ».
 
Face à cette situation, les deux organisations patronales de la presse sénégalaise, APPEL et CDEPS, ont solennellement saisi le ministre afin de lui demander de surseoir à la convocation du Conseil de gestion prévue le 29 décembre 2025, et d’ouvrir une période normale, équitable et conforme au droit pour le dépôt des demandes de subvention notamment de certains médias et entreprises déclarés illégalement jusque-là «non conformes».
 
Malgré ces interpellations responsables, le CDEPS affirme que le « ministre de la Communication a persisté dans l’illégalité », procédant à la « distribution de l’aide publique à la presse en écartant de fait les principales entreprises de presse privées du pays ».
 
Pour Mamadou Ibra Kane, ces « dérives ne constituent toutefois pas les seules entorses à la légalité constatées ». Il pointe également une « violation flagrante des textes en vigueur ». Pour le président du CDEPS, le ministre de la Communication, sans avoir réuni le Conseil de gestion du FADP, seul organe légalement habilité à statuer sur la répartition de l’aide publique à la presse, a octroyé des « enveloppes de plusieurs dizaines de millions de francs CFA au CORED, ainsi qu’à la Commission de la carte nationale de presse ».
 
Fragilisation de la presse privée
 
Par ailleurs, le CDEPS dénonce l’octroi de fonds à des structures comme le CORED, la Commission de la carte nationale de presse, ainsi qu’à la Maison de la Presse Babacar Touré, alors que certaines d’entre elles ne sont pas bénéficiaires statutaires du FADP.
 
Selon M. Kane, le « ministre agit comme s’il s’agissait de fonds personnels, ignorant délibérément qu’il s’agit de deniers publics soumis aux règles strictes et impératives de la comptabilité publique ».
 
Pour Mamadou Ibra Kane, ces agissements s’inscrivent dans une « dynamique préoccupante visant à fragiliser structurellement la presse privée sénégalaise », plus de vingt-trois mois après l’avènement de la troisième alternance.
 
Le CDEPS appelle enfin le ministre de la Communication à « faire preuve de responsabilité républicaine et de courage politique » en prenant sans délai l’arrêté de répartition du FADP 2025, rappelant que « la transparence, le respect du droit et de la justice » sont les seuls fondements possibles d’un soutien public crédible à la presse.
 

Moussa Ndongo

Vendredi 30 Janvier 2026 18:29


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