Alerte environnementale des scientifiques : le projet gazier GTA sur le banc des accusés



Dans un article publié en avril 2026 au sein de la revue scientifique Frontiers in Ocean Sustainability, et intitulé « Le gaz offshore en Afrique de l'Ouest comme moteur de changement : une évaluation des impacts et de la redistribution des pressions », une équipe de chercheurs sénégalais, mauritaniens et espagnols analyse les bouleversements écologiques majeurs induits par le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA) à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie.

 L'étude, menée selon la « méthode scientifique ODEMM », révèle que le secteur gazier intensifie drastiquement des menaces préexistantes dans la région. Dès la phase de construction maritime, le projet se propulse à la « 5ème place des secteurs les plus impactants » de la zone, provoquant une explosion des nuisances sonores sous-marines et des risques physiques directs sur la faune.

Les scientifiques soulignent que durant la phase de construction (forages, pose de 300 km de pipelines, érection d'une digue de protection de 21 blocs de 33 m de haut), la pression globale du bruit dans la région bondit de la 8e à la 3e place des menaces les plus critiques, impactant en premier lieu les mammifères marins.

Une fois entré en phase de production commerciale effective depuis le « 31 décembre 2024 », le complexe gazier se stabilise comme le septième contributeur de risques environnementaux, devenant au passage « le deuxième plus grand émetteur de composés contaminants dans la zone, juste derrière le transport maritime ».

 L’étude met en exergue une vulnérabilité asymétrique où les groupes biologiques, tels que les reptiles et les oiseaux de mer, « subissent des risques d'impacts plus élevés et cumulatifs que les habitats physiques ».

 Les auteurs alertent sur le fait que l’infrastructure, caractérisée par les puits sous-marins « les plus profonds d’Afrique », n'introduit que très peu de nouvelles formes de pollution, mais qu'elle « intensifie de manière significative des menaces préexistantes » (bruit, rejets chimiques, pollution lumineuse) tout en déplaçant ou en perturbant durablement des pans entiers de la pêche artisanale locale.

Pour atténuer les risques écologiques majeurs du projet gazier GTA, l'étude préconise quatre mesures urgentes : imposer un traitement strict des « eaux de soute » et de production face à la pollution chimique, suspendre les forages durant les migrations de cétacés pour préserver les « corridors acoustiques », réduire l'éclairage nocturne des plateformes pour protéger l'avifaune et les tortues, et enfin « intégrer pleinement les communautés de pêcheurs artisanaux » dans le suivi environnemental tout en garantissant des compensations équitables.

Fodé Bakary Camara

Vendredi 22 Mai 2026 13:53


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