Alioune Guèye: «Le FMI est statutairement incapable de décaisser le moindre franc face à un budget imposé par décret»

Cadre de la majorité parlementaire de Pastef et ancien Directeur général de Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), Alioune Guèye suspecte le président Diomaye Faye de vouloir faire «un passage en force» du projet de Loi de finances rectificative (LFR) 2026, qui vient d’être rejeté par son parti en raison de «désaccord profond» avec le gouvernement. Si l’adoption de cette LFR fait partie des conditionnalités pour le décaissement des 2,2 milliards de dollars (environ 1 240 à 1 537 milliards de FCFA) promis par le FMI au Sénégal, il prévient que l’Institution de Breton Woods est «techniquement et statutairement incapable de décaisser le moindre franc face à un budget imposé par décret». Ci-dessous son texte dans son INTEGRALITE.



À écouter l’arrogance des partisans du président, la messe semble déjà dite. Ils préparent un passage en force sur cette loi de finances rectificative (LFR), validée et tamponnée, comme d’habitude, par un Conseil constitutionnel qui servira de béquille à l'Exécutif. Mais ce qu'ils ignorent est que ce coup de force procédural aura un effet boomerang, et c'est Diomaye lui-même qui va le recevoir de plein fouet.
 
Apparemment, Diomaye semble être persuadé de ne plus avoir de limites. Ses apprentis stratèges croient avoir trouvé l’astuce du siècle : contourner l'Assemblée nationale, instrumentaliser l’article 86 et gouverner par ordonnances.
 
Croire que sept magistrats pèsent plus lourd que le choix souverain de plus de 57 % des Sénégalais relève du pur délire d'orgueil. On n’achète pas l’obéissance d'un peuple avec des ruses de prétoire.
 
Car si les juges constitutionnels à Dakar peuvent fermer les yeux, les textes financiers internationaux, eux, sont intraitables. Que Diomaye et ses juristes de cour descendent de leur nuage. Le FMI ne sera pas seulement réticent politiquement, il est techniquement et statutairement incapable de décaisser le moindre franc face à un budget imposé par décret.
 
L’Article V, Section 3(a) des Statuts du FMI est un texte fondateur qui interdit formellement tout prêt si l’État n’apporte pas de "garanties adéquates". Un budget rejeté par le Parlement et imposé au forceps présente un risque d'exécution budgétaire maximal que les statuts mêmes du Fonds interdisent de financer.
 
Les Directives sur la conditionnalité (Décision n° 12864) du FMI exigent impérativement des "Actions préalables" (Prior Actions) pour valider un programme ou une revue. Ces actions imposent le vote formel de réformes fiscales et douanières par la loi. Sans l'onction des députés, les services techniques du FMI ont tout simplement l'interdiction administrative de soumettre le dossier au Conseil d’administration.
 
Enfin il y'a aussi l'inviolabilité des précédents : En Tunisie, lorsque Kaïs Saïed a gelé le Parlement pour gouverner par décret-loi, le FMI et la Banque mondiale ont immédiatement bloqué le prêt de 1,9 milliard de dollars. Au Sri Lanka, le contournement des élus sur le budget a coûté la suspension nette de 1,5 milliard de dollars d’aide, précipitant le pays dans la banqueroute.
 
Talleyrand disait avec ironie qu’ "on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s'asseoir dessus". Diomaye découvrira qu'on peut tout tenter avec des ordonnances et des arrêts complaisants, sauf faire tourner une économie réelle, mobiliser des devises et nourrir une Nation.
 
Il est encore temps d'éviter le crash. Plutôt que de s'enfermer dans une posture de monarque assiégé et de conduire le Sénégal vers l'asphyxie financière, la seule décision d'homme d'État qui vaille consiste à ranger l'arrogance au vestiaire. Il faut s'asseoir et négocier de bonne foi avec l'Assemblée nationale. Reconnaître la légitimité des 57 % issus des urnes et trouver un terrain d'entente républicain sur cette LFR n'est pas une capitulation.
 
C'est la seule issue responsable, la seule conforme aux exigences de nos partenaires économiques, et la seule qui préserve véritablement l'intérêt supérieur du peuple sénégalais.

Charles KOSSONOU

Dimanche 25 Octobre 2026 17:00


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