L'ancien directeur général de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT), Mamadou Djigo, a exprimé sa profonde « déception » ce dimanche 19 avril 2026, lors de son passage à l'émission « Le Grand Jury ». Portant un regard critique sur la mise en œuvre annoncée de l’Acte 4 de la décentralisation, l'expert estime que cette nouvelle réforme s’écarte des priorités réelles du pays. Selon lui, au lieu de corriger les insuffisances héritées de l'Acte 3, la stratégie actuelle de regroupement des communes dans des pôles territoriaux risque de se heurter à de vives résistances sociales et de manquer sa cible.
Le cœur de la critique de M. Djigo repose sur un diagnostic territorial tranché : le Sénégal ne souffre pas d'un excès de ruralité, mais d'un déséquilibre majeur de son système urbain. Il dénonce avec force la « macrocéphalie » de Dakar, une capitale qui concentre l'essentiel des richesses et des opportunités au détriment du reste du pays. Cette hypertrophie dakaroise accentue les disparités, comme en témoignent les soldes migratoires négatifs de la majorité des régions, à l’exception notable de Diourbel, portée par l'attractivité religieuse et économique de Touba.
Face au projet de regroupement communal, l'ancien patron de l'ANAT plaide pour une approche centrée sur le développement plutôt que sur la fusion administrative. « On ne supprime pas une commune, on la développe », a-t-il martelé, rappelant que l’aménagement du territoire doit avant tout être porté par l’économie. Pour Mamadou Djigo, la priorité devrait être la création d'outils d’urbanisation capables de valoriser les ressources locales et de bâtir des systèmes économiques communaux robustes.
En conclusion, l'expert appelle les autorités à revoir leur copie pour construire des territoires véritablement compétitifs et porteurs de développement durable. Pour lui, la viabilité d'un territoire ne se décrète pas par un redécoupage, mais se construit par le renforcement de sa capacité à fixer les populations à travers des opportunités économiques concrètes. Cette sortie intervient dans un contexte de vifs débats sur l'avenir de la gouvernance locale au Sénégal sous l'ère du référentiel « Sénégal 2050 ».