Assemblée nationale : le plaidoyer solennel d’Ousmane Sonko pour une République éthique



Dans un discours à forte portée philosophique et politique, le nouveau président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a livré une réflexion profonde sur la crise morale qui traverse les institutions sénégalaises. Devant les députés, il a présenté sa nomination à la présidence comme « une épreuve de vérité pour notre démocratie », dépassant largement les querelles de personnes et les rivalités de pouvoir.

« Certains y voient une crise, d'autres un déchirement. Moi, j'y vois d'abord une épreuve de vérité pour notre démocratie. Les peuples ne jugent pas seulement les hommes politiques sur leurs victoires. Ils les jugent surtout sur leur capacité à demeurer fidèles à leurs principes lorsque le pouvoir devient inconfortable », a-t-il soutenu.

Dès l’entame de son allocution, Ousmane Sonko a insisté sur la responsabilité historique qui lui incombe dans un contexte marqué par des tensions au sommet de l’État et des interrogations sur l’avenir démocratique du Sénégal. « Entrant aujourd'hui dans cette Assemblée nationale avec la responsabilité de la présidence, je mesure pleinement la gravité du moment historique que traverse notre pays. Me voici appelé à conduire l'institution chargée de représenter directement la souveraineté populaire », a-t-il déclaré devant les députés.

Refusant de réduire la situation actuelle à de simples conflits d’ambition, il a affirmé que « ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique ». « Depuis plusieurs mois, notre pays a vu émerger des divergences profondes au sommet de l'État. Elles ont été décrites comme des rivalités personnelles, des conflits d'ambition ou des luttes d'influence. Je ne souhaite pas nourrir cette lecture réductrice. Ce qui est en jeu dépasse les individus. Ce qui est en jeu, c'est le rapport entre la morale et la politique », a-t-il martelé.

S’appuyant sur les réflexions du philosophe grec Aristote dans L’Éthique à Nicomaque, il a rappelé que la politique devait rester orientée vers le bien commun et non vers « la conservation d’un pouvoir pour lui-même ». Une référence destinée à souligner que la survie des institutions dépend avant tout de la vertu de ceux qui les dirigent.

Le discours de Sonko s’est également ancré dans l’histoire politique sénégalaise à travers un hommage appuyé à Mamadou Dia, présenté comme l’un des premiers penseurs de l’éthique du pouvoir au Sénégal. « Au Sénégal même, cette question de l'éthique du pouvoir ne nous est pas étrangère. Le président Mamadou Dia rappelait déjà, au lendemain de l'indépendance, qu'aucun projet de transformation nationale ne peut survivre si les dirigeants confondent l'État avec leurs propres intérêts. Pour lui, la souveraineté ne pouvait pas être seulement politique. Elle devait être morale, économique et sociale », a-t-il cité.

Selon lui, l’ancien chef du gouvernement avait compris très tôt qu’un État pouvait disposer d’institutions solides tout en étant fragilisé par des pratiques contraires à l’esprit républicain.

Le président de l’Assemblée a également alerté contre « l’effondrement de la morale publique ». « Un pays peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l'effondrement de sa morale publique. Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique, elle peut mourir de fatigue morale. Elle peut mourir lorsque les institutions cessent d'être au service du peuple pour devenir des instruments de confort, de peur et de calcul », a-t-il mis en garde.

Le nouveau chef du Parlement a aussi élargi sa réflexion à l’histoire politique africaine, évoquant les nombreuses désillusions postindépendance sur le continent. Il s’est interrogé sur ces mouvements de libération devenus, selon lui, « des appareils de domination », ainsi que sur les révolutions ayant fini par redouter la transparence qu’elles réclamaient autrefois.

Pour illustrer son propos, il a cité Saint Augustin et son célèbre ouvrage La Cité de Dieu : « Qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? » Une formule qu’il juge toujours actuelle face aux défis contemporains des démocraties modernes.

Enfin, le président de l’Assemblée nationale a affirmé que la morale politique ne devait pas être un simple slogan de campagne, mais « une condition de survie des nations ».

Fatime Gueye

Mardi 26 Mai 2026 13:40


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