Campagne agricole 2026/2027 : le gouvernement déploie un plan d'urgence de 130 milliards FCFA pour sauver l'hivernage



Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou LO a présidé, ce mardi 30 juin 2026, une réunion interministérielle sur le déroulement de la campagne de production agricole 2026/2027. Face aux concernés, le Chef du Gouvernement a acté « une série de 34 mesures destinées à garantir un bon déroulement des opérations au titre des prérequis et mesures urgentes à prendre avant l’installation DEFINITIVE de l’hivernage ».
 
Pour redonner de l'oxygène au monde rural, l'État débloque une enveloppe financière de 130 milliards de franc Cfa au titre des autorisations d'engagement dans le budget de l'État pour 2026. Ce montant massif traduit, selon les termes de la Primature, une « réorientation assumée du soutien » public à travers la consolidation de la dotation pour « les engrais, le recentrage des enveloppes de semences et le financement de postes hautement structurants comme le déploiement des forages agricoles ».
 
Le ministre chargé des Finances a reçu l'ordre d'activer « sans délai un plan d’apurement rapide des factures » afin d'effacer les arriérés accumulés qui menaçaient de paralyser la chaîne logistique. Ce plan de sauvetage financier va mobiliser des liquidités immédiates pour éteindre les différents contentieux, avec notamment le « paiement des instances au Trésor (environ 23 milliards FCFA) » et la « validation progressive des bons d’engagement en instance auprès de la direction générale du Budget (environ 23 milliards FCFA) ». L'État s'engage également à assurer la « couverture graduelle du gap de 44 milliards FCFA pour solder toutes les factures » et assainir définitivement les relations avec les opérateurs privés.
 
Une perfusion de liquidités étendue aux filières coton et banane

Cette stratégie de relance par l'apurement des dettes irrigue toutes les spéculations du pays. Pour la filière coton, particulièrement éprouvée, l'État s'engage à mobiliser immédiatement « l'appui de 3,5 milliards FCFA prévu au titre de la campagne 2026-2027 » pour subventionner les intrants et soutenir le prix payé aux producteurs. En parallèle, le ministère des Finances devra procéder à « l’apurement progressif des autres dettes de l’État envers la filière, notamment les arriérés envers la SODEFITEX évalués à 3,176 milliards FCFA ».
 
Même logique de réparation économique pour l'horticulture, où le Premier ministre exige d'« apurer les arriérés de paiement des marchés d’équipements et de fertilisation destinés aux acteurs de la filière banane, pour un montant d’environ 1,7 milliard FCFA ». Pour ce faire, un réaménagement budgétaire sera opéré dans le cadre de la Loi de Finances Rectificative de 2026 pour créer un chapitre spécifiquement dédié au programme de relance de cette filière.
 
Rupture logistique, quotas pour les femmes et surveillance militaire

Sur le plan opérationnel, l'enveloppe de 130 milliards FCFA servira à financer des intrants de qualité dont la distribution fait l'objet d'un encadrement strict. Le dossier complexe de « la fourniture des engrais NPK par les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) » devra trouver une issue bancaire « au plus tard le 15 juillet 2026 ». Le gouvernement prône désormais « la diversification des sources d’approvisionnement afin de disposer d’un référentiel comparatif » sans pour autant écarter le partenaire historique industriel national.
 
Dans une volonté d'équité sociale, le Premier ministre exige que les commissions de distribution intègrent obligatoirement « une femme au poste de deuxième vice-présidente ». Les structures locales devront veiller au respect strict de « l’objectif d’au moins 30 % des semences et engrais attribués aux femmes et aux jeunes ». Pour éviter tout détournement de ces précieuses ressources subventionnées, le ministère de l'Agriculture collaborera avec les Forces armées et l'Intérieur pour « veiller au respect intégral du calendrier de fin de mise en place effective et sécurisée des intrants ».
 
Cap sur la modernisation avec la digitalisation, les drones et les 1000 jeunes volontaires
Une partie des nouveaux investissements structurants du plan sera allouée à l'accélération technologique. Le gouvernement a validé la « généralisation progressive de la plateforme digitale de suivi des intrants subventionnés », en s'appuyant sur les résultats probants des projets-pilotes menés à Nioro et Tivaouane. Pour fiabiliser le ciblage des petits producteurs vulnérables, ce système sera croisé avec le « Registre national unique (RNU) ».
 
Pour matérialiser cette transition numérique sur le terrain, l'État va s'appuyer sur le déploiement et la pérennisation du « dispositif des 1 000 Jeunes Volontaires de l’Agriculture (JVA) ». Ces derniers seront mobilisés pour « l’enrôlement digital des producteurs, la géolocalisation systématique de leurs parcelles et le suivi des cultures ». Au niveau technique, l'innovation sera marquée par l'usage de « drones de traitement phytosanitaire » pour la filière coton et par la mise en place progressive d'un « dispositif d’assurance agricole indicielle couvrant les intrants agricoles subventionnés par l’État ».
 
Un calendrier sous haute surveillance et des arbitrages fermes

Pour s'assurer du respect millimétré de ces directives et de la bonne exécution des budgets, la Primature met en place un mécanisme de suivi mensuel sans concession confié au Secrétariat général du Gouvernement. Un planning d'ensemble unique va imposer des « jalons fermes » à tous les acteurs du monde rural, avec une mise en place des intrants fixée à 85 % au 10 juillet et à 100 % au 31 juillet. La fixation du prix plancher de l'arachide interviendra en octobre, le lancement de la collecte en novembre et la clôture définitive en avril.
 
Ahmadou Al Aminou LO a déclaré que l'administration n'aura pas le droit à l'erreur cet été, et « tout glissement de ces dates devra déclencher automatiquement une saisine de la Primature pour arbitrage ».


Mardi 30 Juin 2026 20:09


Dans la même rubrique :