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Chronique Optique citoyenne: Vers les assises de l’éthique active

Point n’est besoin de faire la fine bouche. Les recommandations issues de cette réflexion participative, technique et populaire sont pertinentes. En ce sens qu’elles ambitionnent de rectifier la trajectoire erratique prise par notre barque nationale après une décennie de gouvernance libérale laborieuse. Un coup de barre est plus que nécessaire. Les « dix commandements » de la charte de gouvernance démocratique sont bien à propos. Reste maintenant à savoir si les « commandants de bord » actuel et à venir les suivront pour espérer arriver à bon port.



Le président des assises nationales, Amadou Mahtar Mbow
Le président des assises nationales, Amadou Mahtar Mbow
En réalité, le Sénégal souffre moins de l’existence de bons textes que du déficit de volonté de les appliquer avec le seul souci du bien-être citoyen. Les meilleures lois avec les pires hommes ne produisent rien de bon. Le Royaume uni n’a pas de constitution écrite et ne s’en porte pas plus mal. Tout est question d’animateurs qui insufflent une vie aux consensus. Les nombreuses révisions constitutionnelles de conservation du pouvoir depuis l’indépendance montrent que le Sénégal traîne plus un déficit d’hommes politiques intègres et désintéressés que de quincaillerie institutionnelle.
Pour le cas précis du document des assises, il est néanmoins à déplorer la reculade sur la limité d’âge pour les candidats à la présidence. Autant il y a un plancher (35 ans), autant un plafond serait utile, eu égard à l’expérience actuelle. Empêcher les membres de la famille du Chef de l’Etat de pouvoir directement lui succéder et biffer la borne supérieure de l’intervalle d’âge ressemble à du « deux poids, deux mesures » et à une réglementation à la tête du client. Des motivations financières ou personnelles ne doivent pas prospérer dans la fixation des règles. La loi doit être erga omnes, c’est dire, générale et impersonnelle. C’est dur mais c’est la loi.

Un autre enseignement à tirer des Assises est l’inefficacité du boycott. L’opposition avait manqué le coche en boudant les législatives de même que la majorité a perdu en boycottant ostensiblement les assises. Leurs promoteurs ont été bien inspirés en allant à l’écoute des couches populaires et bénéficier ainsi de leur confiance aux dernières élections locales. Mais attention à l’opportunisme machiavélique de la fin justifiant les moyens.

Le mieux aurait été pour le pouvoir d’y participer même de manière détachée et critique ou à tout le moins faire dans l’indifférence. Mais la démarche hostile et d’intimidation a requinqué les participants.
En démocratie, la politique de la chaise vide n’est pas payante comme celle de l’inaction. C’est ce que semble avoir compris le nouvel hôte de l’Hôtel de la capitale, Khalifa Sall.

Le maire de Dakar, Khalifa A. Sall
Le maire de Dakar, Khalifa A. Sall

Trésor moral du maire de Dakar.

Il faut vraiment tirer le chapeau au nouveau « khalife » de la mairie de Dakar pour son acte courageux. Khalifa Sall ne mérite pas la lapidation outrancière dont il fait l’objet, y compris dans sa famille politique, suite à sa déclaration de patrimoine. Rien ne l’obligeait à poser cet acte louable si ce n’est un devoir civique de transparence exigé par les hautes fonctions qu’il occupe. Tout le monde connaît la nature colossale du budget de la mairie de Dakar (environ 40 milliards) et des risques inhérents de gestion clientéliste et d’enrichissement personnel. Pour se prémunir contre ces éventuels accusations, il a jugé nécessaire de décliner ses avoirs afin que nul n’en ignore. C’est tout à son honneur. Il faut être doté de trésors éthiques pour être à la hauteur. Les spécialistes de la critique facile- qu’est-ce que ces modèles de vertu attendent pour en faire de même- parlent de tape-à-l’œil et de manoeuvre politicienne ou lui demandent simplement de clamer l’origine de ses biens. Question visiblement intéressante mais fondamentalement secondaire. A moins de faire l’objet d’une procédure judiciaire, il ne lui incombe pas de justifier la provenance de ses richesses. Des instances habilitées et dispositions légales (non encore abrogées malgré une certaine désuétude) existent à cet effet. Notamment la commission nationale de lutte contre la corruption, son notaire chargé de conférer l’authenticité de son acte, le Forum Civil, représentant Transparency International et la loi contre l’enrichissement illicite. Mieux, les audits de l’alternance, malgré leur caractère tendancieux, l’ont épargné contrairement à nombre d’anciens barons du défunt régime socialiste. Et puis la richesse en-elle même n’est pas un délit. En conséquence, il faut objectivement lui accorder un préjugé favorable qui ne signifie nullement un chèque en blanc. Mention assez bien, peut mieux faire.

Il devra être sanctionné par ses mandants positivement ou négativement à l’aune de sa gestion actuelle, comme l’ambitionne, pour les journalistes la nouvelle instance d’autorégulation.

La secrétaire générale du SYNPICS, Diatou Cissé Badiane
La secrétaire générale du SYNPICS, Diatou Cissé Badiane

Tribunal moral de la presse

Les médias sénégalais ont décidé de prendre le taureau de leur image par les cornes de l’action éthique. Le Synpics (syndicat des journalistes) de concert avec le Cdeps (patronat de presse) et l’Etat a installé le Comité d’observation des règles d’éthique et déontologie (Cored) pour assainir ses rangs, dangereusement envahis ces dernières années par des pratiquants peu orthodoxes. C’est une œuvre de salubrité publique nécessaire pour l’émergence d’une presse de qualité. Une presse qui va s’abreuver aux sources complémentaires de la liberté et de la responsabilité pour produire un service frappé du label « juste et vrai », seul gage de crédibilité sur le marché de la citoyenneté.

Il est urgent que les différents acteurs de la presse s’approprient de manière effective ce code d’honneur pour continuer à mériter de la confiance du public, leur seule raison d’être. Ce ne sera pas du tout facile. La presse, pour avoir joué, un rôle crucial dans l’avènement important d’un pilier important de la démocratie, l’alternance, est condamnée à tenir son rang de vigie citoyenne pour sa viabilité. C’est une question de patrimoine social.

Le Cored a déjà un chantier brûlant sur lequel il doit apporter des solutions courageuses : la guerre insensée des sondages. Les médias se tirent dessus au mépris des règles élémentaires de convivialité. Le sondage n’est qu’une photographie symbolique instantanée de la réalité et est sujette à caution comme la photographie matérielle ou numérique l’est face au montage. Par voie de conséquence, il n’est pas opportun de prendre les sondages pour ce qu’ils ne sont pas et être des jouets manipulables des instituts de sondages d’opinion. Les sondages ne sont pas une science exacte car travaillant sur une matière extrêmement volatile qu’est l’opinion. Avez-vous déjà rencontré un sondeur ? Il est urgent d'affiner les méthodes de sondage par l'introduction par exemple de la médiamétrie plus technique et moins vulnérable à la contestation.

Plus fondamentalement, les journalistes s’appellent confrères et consoeurs mais font fi de la confraternité. L’éthique de la différence ne le recommande pas.

Bref, après les déclarations de bonne intention et les pétitions de principes, le Sénégal dans ses différents compartiments, doit marcher maintenant vers les assises de l’action éthique. Vaste chantier que ne faciliteront pas une certaine vice-présidence et un agenda d’auto- succession en action !

Abdoulaye SYLLA
syllaye@gmail.com

Abdoulaye Sylla

Mardi 26 Mai 2009 - 09:44



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