Chronique de DIASECK: Dakar : capitale des ruralités urbaines



En circulant dans les rues de Dakar, l`on peut se rendre compte combien les piétons sénégalais se prennent pour des voitures. Oubliant complètement que, s`ils sont des corps automobiles, ils n`en sont pas moins des personnes (et non des voitures), ils marchent au milieu de la chaussée alors même qu`ils ont sous les yeux des trottoirs totalement vides.

L`observateur est ainsi effaré de voir qu` au niveau des carrefours et des places – rondes, les piétons se déplacent en côtoyant voitures, charrettes, moutons, vaches, motos et vélos dans un mouvement surréaliste, en contournant le périmètre du rond-point dans le strict respect des panneaux de signalisation qui donnent la priorité à droite. Et cela, sous le regard indiffèrent des agents affectés à la circulation !

Et gare si vous vous en offusquer auprès de ces insolites véhicules ! Ils vous répondront purement et simplement par la question de savoir si la rue appartient à votre père ou à votre grand-père !

Je n`arrive pas non plus à comprendre que les piétons traversent la VDN en ignorant royalement les passerelles construites à coup de millions qui leurs sont réservées. Là encore, sous les yeux de gendarmes débonnaires, occupés exclusivement à surveiller les voitures. Il faut que les agents de la circulation sachent définitivement qu`ils ne sont pas là uniquement pour les voitures et les chauffards, mais aussi pour les piétons qui sont passibles de contravention ! La VDN étant d`ailleurs, par définition, une voie rapide dotée de passerelles, il convient d`en ôter les ralentisseurs inutiles et autres passages cloutés qui contribuent à semer la confusion dans la circulation et dans l`esprit des gens.

Que le piéton marche sur la chaussée lorsque, comme on le voit au Plateau, les trottoirs sont squattés par les `` ambulants`` (marchands, mendiants, prostituées déguisées, voleurs à la petite semaine etc.) et les voitures en mauvais stationnement, est tout à fait compréhensible. Et sur ce point, des missions courageuses, vigoureuses et permanentes de désencombrement des espaces réservés aux piétons doivent être menées dans l`urgence, sans état d`âme aucun, ni aucune appréhension d`ordre politique et/ou religieuse.

Par contre, que les piétons, par inconscience ou par ignorance, envahissent la chaussée là où cela n`est pas nécessaire et déambulent à l`instar des fameuses vaches qui, depuis plusieurs années maintenant, circulent dans les avenues de notre belle capitale, pose également problème.
Un tel comportement peut certes s`expliquer par l`habitude qu`ils ont contractée à force d`être privés du trottoir par les voitures et les ``ambulants``. Mais dans bien des cas, il s`explique par la persistance des ``Ruralités urbaines``, c`est à dire du transfert des comportements ruraux dans la ville. Chacun sait que dans les villages, il n`y a presque pas de voitures. La plupart de nos villageois peuvent rester plusieurs jours sans entendre le bruit d`un moteur, a fortiori apercevoir le museau d`un véhicule. La route leur appartient donc en tant que piétons. Venus à Dakar et y composant la majorité de la population, ils reproduisent les mêmes comportements qu`au village sans se rendre compte des changements intervenus dans leur nouvel environnement. C`est ainsi par exemple qu`ils élèvent moutons, des poules et des chèvres dans les appartements, pilent avec le mortier, parlent très fort, crachent et pissent à tout vent et traversent la chaussée en essayant de faire comme les voitures, ces signes de richesse qu`ils admirent béatement au point de ne pouvoir s`empêcher d` imiter leurs mouvements et de suivre leurs trajectoires. Ces comportements villageois en ville dégradent décidément le cadre de vie. Il convient de les étudier en profondeur, de mesurer leur impact dans notre sous développement afin de leur trouver une solution idoine. Ce serait là une œuvre de salubrité publique !
Dia SECK : mamadoumoustapha@gmail.com

Dia SECK : mamadoumoustapha@gmail.com

Lundi 25 Juin 2012 01:53


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