Dans la journée du 16 mars, l’imam El Hadji Mamadou Dramé a été reconnu coupable de «provocation à un délit ou crime et provocation à un attroupement non armé», à l’issue de son procès devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Il a été condamné à une peine de six mois de prison assortie du sursis ainsi qu’à une amende de 500.000 francs CFA.
Au cours de l’audience, la présidente du tribunal a fermement interpellé le prévenu, exprimant son inquiétude face aux conséquences potentielles de discours incitant à la mobilisation. Elle a notamment rappelé les lourdes pertes humaines enregistrées lors de précédentes manifestations, évoquant un bilan de 84 morts, en grande partie des jeunes. «Tu mises sur les enfants d’autrui pour cette révolution et non sur toi et tes enfants (...) Il y a déjà eu 84 morts (violences politiques de 2021-2024). Des enfants qui sont morts. Tu imagines la mort des enfants d'autrui et non les tiens», a dit la juge, dans des propos rapportés par Les Echos.
Insistant sur la gravité de tels propos, elle a averti que ce type de discours ne saurait être toléré à l'avenir. "On ne veut plus entendre ce genre de discours. Vous ne pouvez pas protéger vos enfants et envoyer les enfants des autres dans la rue. On ne peut plus accepter ça", a-t-elle averti, avant d'ajouter que "tous les révolutionnaires que l'on connait sont morts avec les armes à la main".
A l'origine de cette affaire, le maître-coranique de 51 ans, demeurant à Keur Massar (banlieue de Dakar), avait tenu des propos controversés, lors d'une conférence tenue à Thiès. "Qui est prêt a versé son sang pour la révolution?", avait-il demandé, avant d'inviter les volontaires à s'inscrire sur une liste.
Au cours de l'audience, le ministère public a abondé dans le même sens que la juge, estimant que les déclarations de l’imam ne relevaient pas d’une simple opinion, mais constituaient un appel explicite à la mobilisation. Il avait requis une peine plus lourde, à savoir deux ans de prison assortis d’une amende de 500.000 francs CFA, tout en avertissant le prévenu du risque de récidive en cas de maintien de tels propos.
De leur côté, les avocats de la défense, dont Mes Maguette Sène, Famara Faty et Takha Cissé, ont plaidé la clémence, évoquant une maladresse verbale. « Sa langue a fourché. C’est un être humain, il n’est pas infaillible », a soutenu Me Faty, appelant le tribunal à prendre en compte le contexte et la personnalité du prévenu.