La junte militaire au pouvoir au Mali a annoncé le tenue d'une grande concertation nationale avec les différentes forces vives du pays sur la gestion de la transition ce week-end. Une rencontre décisive pour enfin avoir plus de clarté sur la direction prise par le pays d'Afrique de l'Ouest, selon le directeur du Centre de Recherche d'Analyse politique, économique et sociale du Mali.
Plus de deux semaines après la démission de l'ex-président Ibrahim Boubacar Keita, de nombreuses questions demeurent.
Transition d'un, deux ou trois ans. Pays dirigé par les militaires ou remise du pouvoir à un civil. Le sort des dirigeants de l'ancien régime. La junte militaire semble se chercher et la direction que va prendre le pays d'Afrique de l'Ouest parait toujours incertaine.
Le Mali est sans président et sans gouvernement depuis le 18 août et la démission du président Ibrahim Boubacar Keita quelques heures après son arrestation par des soldats qui ont déclenché une mutinerie. Le pays est dirigé par les militaires du CNSP (Comité national pour le salut du peuple) dirigé par Assimi Goita.
Mais il y a comme une impression de vide à la tête de l'Etat selon Etienne Faka Ba Cissoko, Directeur du Centre de Recherche d'Analyse politique, économique et sociale du Mali.
"Le CNSP a pris un décret pour dire que les Secrétaires Généraux des ministères peuvent occuper toutes les fonctions ministérielles à part le pouvoir de nomination. Tout cela semble donner l'impression qu'il y a une sorte d'improvisation à la tête de la junte. Tout cela ne présage pas d'une sorte de crise rapide sinon on aurait pu attendre un peu", relève-t-il.
"Tous les projets avec les partenaires techniques et financiers sont interrompus et on attend la nomination d'une transition. Il y a un manque de visibilité sur la transition. De ce point de vue les assises nationales de ce week-end seront décisives pour le Mali", déclare M. Cissoko.
"Si la junte était préparée pour la vie politique, ils devraient déjà avoir en vue quelques ministres qui allaient gérer les affaires aussitôt mais malheureusement ce n'est pas le cas, ils ont été propulsés sur le devant de la scène par la force des circonstances, donc ils sont obligés de maintenir l'administration du régime défunt sous une certaine forme jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit mis en place", analyse Balla Konaré, professeur de droit à l'université de Bamako.
Face à ce flou, il y a des appels à la réinstallation du parlement dissous par IBK. Un scénario improbable pour Balla Konaré.
"Nous ne sommes pas dans le cadre de la légalité mais de la légitimité. Il y a eu un coup d'Etat militaire à la suite d'une insurrection populaire demandant le départ de l'ancien régime. Ceux qui appellent à remettre le Parlement sont les nostalgiques du régime d'IBK. Dans ce genre de circonstances, et c'est le cas partout, les institutions sont dissoutes, on ne revient plus sur cela et l'histoire avance. A moins de restaurer l'ancien régime, la réinstallation n'est possible ni politiquement ni juridiquement", estime le juriste.
"L'acte fondamental élaboré par la junte crée un imbroglio politico-juridique puisque de facto, il abroge la constitution tout en se référant à cette dernière sur certaines dispositions", souligne-t-il.
Plus de deux semaines après la démission de l'ex-président Ibrahim Boubacar Keita, de nombreuses questions demeurent.
Transition d'un, deux ou trois ans. Pays dirigé par les militaires ou remise du pouvoir à un civil. Le sort des dirigeants de l'ancien régime. La junte militaire semble se chercher et la direction que va prendre le pays d'Afrique de l'Ouest parait toujours incertaine.
Le Mali est sans président et sans gouvernement depuis le 18 août et la démission du président Ibrahim Boubacar Keita quelques heures après son arrestation par des soldats qui ont déclenché une mutinerie. Le pays est dirigé par les militaires du CNSP (Comité national pour le salut du peuple) dirigé par Assimi Goita.
Mais il y a comme une impression de vide à la tête de l'Etat selon Etienne Faka Ba Cissoko, Directeur du Centre de Recherche d'Analyse politique, économique et sociale du Mali.
"Le CNSP a pris un décret pour dire que les Secrétaires Généraux des ministères peuvent occuper toutes les fonctions ministérielles à part le pouvoir de nomination. Tout cela semble donner l'impression qu'il y a une sorte d'improvisation à la tête de la junte. Tout cela ne présage pas d'une sorte de crise rapide sinon on aurait pu attendre un peu", relève-t-il.
"Tous les projets avec les partenaires techniques et financiers sont interrompus et on attend la nomination d'une transition. Il y a un manque de visibilité sur la transition. De ce point de vue les assises nationales de ce week-end seront décisives pour le Mali", déclare M. Cissoko.
"Si la junte était préparée pour la vie politique, ils devraient déjà avoir en vue quelques ministres qui allaient gérer les affaires aussitôt mais malheureusement ce n'est pas le cas, ils ont été propulsés sur le devant de la scène par la force des circonstances, donc ils sont obligés de maintenir l'administration du régime défunt sous une certaine forme jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit mis en place", analyse Balla Konaré, professeur de droit à l'université de Bamako.
Face à ce flou, il y a des appels à la réinstallation du parlement dissous par IBK. Un scénario improbable pour Balla Konaré.
"Nous ne sommes pas dans le cadre de la légalité mais de la légitimité. Il y a eu un coup d'Etat militaire à la suite d'une insurrection populaire demandant le départ de l'ancien régime. Ceux qui appellent à remettre le Parlement sont les nostalgiques du régime d'IBK. Dans ce genre de circonstances, et c'est le cas partout, les institutions sont dissoutes, on ne revient plus sur cela et l'histoire avance. A moins de restaurer l'ancien régime, la réinstallation n'est possible ni politiquement ni juridiquement", estime le juriste.
"L'acte fondamental élaboré par la junte crée un imbroglio politico-juridique puisque de facto, il abroge la constitution tout en se référant à cette dernière sur certaines dispositions", souligne-t-il.
Pour M. Cissoko, les priorités sont au nombre de trois.
"La pacification du nord et du centre avec le retour des réfugies, des forces armées et des services de l'Etat, les réformes territoriales et politiques", énumère-t-il.
"Le système électoral actuel arrange les politiques mais il faut se souvenir que le déclencheur de cette crise a été une élection mal faite. L'objectif de la transition est d'aller vers des élections générales donc il faut revoir le fichier électoral et réformer le système pour aller vers le modèle du Ghana avec un organe général permanent chargé de surveiller toutes les élections. Si l'on s'entend sur ces 3 objectifs ont peut avoir des résultats tangibles d'ici 12 à 15 mois", estime-t-il.
"Une transition idéale serait une transition de trois ans gérée conjointement par les civils et les militaires. Nous n'avons pas ce complexe là d'être gérés par un militaire, l'essentiel est qu'il dirige dans l'intérêt du peuple. Malheureusement, les civils qui ont dirigé le Mali ont fait pire que les militaires", juge pour sa part le Pr. Konare.
"Il faut mettre en place un gouvernement et un Comité national de Salut public, géré conjointement par les militaires et les civils comme en 1991, convoquer une conférence nationale inclusive, y compris avec les rebelles du Nord et du centre, puis faire une constituante", selon lui.
Mais face aux différentes pression de la Communauté internationale, CEDEAO en tête, la meilleure option pour la transition doit être définie avant tout par les maliens eux-mêmes pour Ornella Moderan.
"Je pense que l'un des défis pour la communauté internationale actuellement c'est d'admettre et d'accepter qu'il n'y aura de bonne transition que si elle est acceptée et soutenue par la population malienne et fait l'objet d'une véritable appropriation nationale", déclare l'analyste.
"La situation actuelle offre une opportunité pour les maliens de rediscuter de nombreux défis fondamentaux de gouvernance qui affectent le pays depuis de nombreuses années et de remettre un certain nombre de problèmes politiques de fonds sur la table. La tentation de vouloir aller vers des élections au plus rapide n'a pas forcément mené à des succès flagrants par le passé", observe-t-elle.
"La pacification du nord et du centre avec le retour des réfugies, des forces armées et des services de l'Etat, les réformes territoriales et politiques", énumère-t-il.
"Le système électoral actuel arrange les politiques mais il faut se souvenir que le déclencheur de cette crise a été une élection mal faite. L'objectif de la transition est d'aller vers des élections générales donc il faut revoir le fichier électoral et réformer le système pour aller vers le modèle du Ghana avec un organe général permanent chargé de surveiller toutes les élections. Si l'on s'entend sur ces 3 objectifs ont peut avoir des résultats tangibles d'ici 12 à 15 mois", estime-t-il.
"Une transition idéale serait une transition de trois ans gérée conjointement par les civils et les militaires. Nous n'avons pas ce complexe là d'être gérés par un militaire, l'essentiel est qu'il dirige dans l'intérêt du peuple. Malheureusement, les civils qui ont dirigé le Mali ont fait pire que les militaires", juge pour sa part le Pr. Konare.
"Il faut mettre en place un gouvernement et un Comité national de Salut public, géré conjointement par les militaires et les civils comme en 1991, convoquer une conférence nationale inclusive, y compris avec les rebelles du Nord et du centre, puis faire une constituante", selon lui.
Mais face aux différentes pression de la Communauté internationale, CEDEAO en tête, la meilleure option pour la transition doit être définie avant tout par les maliens eux-mêmes pour Ornella Moderan.
"Je pense que l'un des défis pour la communauté internationale actuellement c'est d'admettre et d'accepter qu'il n'y aura de bonne transition que si elle est acceptée et soutenue par la population malienne et fait l'objet d'une véritable appropriation nationale", déclare l'analyste.
"La situation actuelle offre une opportunité pour les maliens de rediscuter de nombreux défis fondamentaux de gouvernance qui affectent le pays depuis de nombreuses années et de remettre un certain nombre de problèmes politiques de fonds sur la table. La tentation de vouloir aller vers des élections au plus rapide n'a pas forcément mené à des succès flagrants par le passé", observe-t-elle.
Quelles relations entre la junte et le M5 ?
Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), une coalition hétéroclite de guides religieux, d'opposants politiques, de membres de la société civile et de syndicalistes, a mené depuis juin la contestation contre l'ex-président Ibrahim Boubacar Keita.
Quelles sont désormais les relations entre ceux qui ont initié le mouvement qui a conduit à la chute du président IBK et ceux qui l'ont effectivement amené à démissionner ?
"Au début de la chute, les militaires ont voulu prendre leurs distances avec le M5 et l'Imam Dicko. La junte se méfie des religieux qui n'ont pas très bonne presse à l'extérieur en raison de leurs supposés liens avec les islamistes. Pour que le M5 soit impliqué il faut qu'il tape du point", explique M. Cissoko.
Mais la pression politique du M5 sur la junte l'obligée à changer d'attitude, selon M. Cissoko.
"Cette première posture distante a fait suite à des rencontres nocturnes entre le M5 et la junte. Pour le moment, le rapport de force du point de la population est du côté du M5. La junte doit donc composer avec ce mouvement jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment de poids politique pour s'en affranchir", décrypte-t-il.
Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), une coalition hétéroclite de guides religieux, d'opposants politiques, de membres de la société civile et de syndicalistes, a mené depuis juin la contestation contre l'ex-président Ibrahim Boubacar Keita.
Quelles sont désormais les relations entre ceux qui ont initié le mouvement qui a conduit à la chute du président IBK et ceux qui l'ont effectivement amené à démissionner ?
"Au début de la chute, les militaires ont voulu prendre leurs distances avec le M5 et l'Imam Dicko. La junte se méfie des religieux qui n'ont pas très bonne presse à l'extérieur en raison de leurs supposés liens avec les islamistes. Pour que le M5 soit impliqué il faut qu'il tape du point", explique M. Cissoko.
Mais la pression politique du M5 sur la junte l'obligée à changer d'attitude, selon M. Cissoko.
"Cette première posture distante a fait suite à des rencontres nocturnes entre le M5 et la junte. Pour le moment, le rapport de force du point de la population est du côté du M5. La junte doit donc composer avec ce mouvement jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment de poids politique pour s'en affranchir", décrypte-t-il.