Covid-19: à Tambacounda, le virus relégué au rayon des souvenirs

​Alors que le coronavirus fait des ravages notamment dans l’axe Dakar-Thiès-DiourbelTouba, à Tambacounda, la population continue à manifester son indifférence. Si la situation actuelle inquiète certains, d’autres vivent sans s’en soucier.



A Tambacounda, la vie suit son cours comme à l’ordinaire. L’étranger en provenance d’une zone endémique et qui débarque dans cette ville de l’est de notre pays, se croirait dans un autre monde. Ici, la population semble tirer la langue aux autorités et aux mesures qu’elles ont édictées pour barrer la route au virus. Rien en tout cas n’indique que, dans cette partie du pays, on est conscient d’une quelconque crise sanitaire. Partout, c’est l’ambiance des grandes vacances qui prévaut avec des séances de thé et matches de football sur les multiples terrains. des rassemblements sont également visibles à chaque coin de rue.

Les gestes barrières ne semblent guère être la préoccupation des jeunes encore moins des adultes. C’est à croire que le Sénégal Oriental vit à l’ère de l’après -Covid à supposer d’ailleurs que cette pandémie ait jamais existé. En tout cas, nous sommes loin de l’inquiétude des autorités. « Boy niou dem jotay » ( Allons à notre grand ’place), « boy match amna » ( Y a match de football) c’est le discours habituel d’une jeunesse en manque de loisirs dans une capitale régionale où les parties de football et les discussions constituent les principales activités d’une jeunesse oisive. Arrivé à Tamba, l’on en arrive à oublier complètement que le monde traverse une pandémie qui est en train de décimer sa population.

Le port de masques ? On ne connait pas ici ! Ou alors, c’est démodé. C’est même avec curiosité que l’on regarde ceux qui en portent. Au niveau des grandes boutiques de la ville et autres lieux publics, le gel est passé de mode. On se salue fraternellement. Et s’il vous arrive de refuser de serrer les pinces, votre interlocuteur vous lancera d’un ton moqueur que « le coronavirus ne sévit qu’à Dakar ». dans les quartiers, on vit à l’heure des navétanes ou des discussions jusque tard dans la nuit sous les arbres à palabres. Autour de la théière, les jeunes s’adonnent à de multiples jeux : belote, scrabble et dames sans qu’aucun d’entre eux ne porte le masque. Si on essaie de les sensibiliser sur la situation sanitaire au niveau national, ils vous regardent dans le blanc des yeux pour vous dire que la propagation du virus ne les concerne pas.

Essayez d’insister et la discussion peut virer à une dispute. « Le coronavirus a été vaincu à Tamba. Actuellement, nous sommes tranquilles. Nous vivons sans pression », prétend Ibrahim Touré, étudiant en philosophie à l’université Cheikh Anta diop, tout en invitant votre serviteur à changer de discussion et de ne plus lui parler d’une maladie qui n’existe pas selon lui. Et malgré le cas communautaire enregistré le lendemain de la Tabaski, personne ne peut réussir à faire admettre aux habitants de cette grande ville de l’Est l’existence de la maladie. Et pourtant, Tambacounda avait réussi à stopper la propagation du virus au début de la pandémie. Ceci après une forte poussée. En effet, réputées pour leur rigueur, les autorités administratives et sanitaires locales avaient réussi à confiner plus de 80 personnes testées positives au Covid-19 avant que la ville ne se retrouve avec zéro infestée.

Une situation qui a sans doute changé la donne. de l’assouplissement des mesures décidé par le président de la République à la levée de l’état d’urgence en passant par l’extinction du foyer local, les Tambacoundois en sont arrivés à penser que le virus était une invention du pouvoir. Ce qui inquiète certains qui pensent que le danger est toujours réel. A l’instar de ce jeune activiste et rappeur répondant au nom de Mess. « Ici, on dirait que les gens ne savent pas que le coronavirus est toujours d’actualité. Raison pour laquelle nous ne cesserons jamais de les inviter à être beaucoup plus responsables. Le comportement de nos parents d’ici est vraiment inquiétant », déclare le jeune rappeur qui s’illustre dans la sensibilisation avec ses potes.

Selon notre interlocuteur, ce sont les autorités locales qui doivent corser les mesures et faire appliquer de force les gestes barrières à la population pour que Tamba puisse sortir de ce cercle vicieux. En effet, avec deux nouveaux cas testés positifs cette semaine dans la région, la situation risque bien de changer. En mal, hélas !

Le Témoin

AYOBA FAYE

Vendredi 7 Aout 2020 13:45


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