Au creux d'une colline, à la limite du cimetière municipal d’Anjanahary, en plein cœur d’Antananarivo, le bruit des pelles interrompt le souffle du vent. C’est ici, dans ce terrain vague défriché, que quelques familles creusent les fosses qui seront désormais la sépulture de leurs morts. Des morts qui ne pourront pas trouver repos sur leur terre d'origine. Une trentaine de petites tombes faites à la va-vite recouvrent déjà cet endroit choisi par la commune pour enterrer les personnes décédées, du Covid-19 ou non. Une scène qui tranche avec les funérailles habituelles. À Madagascar, les cimetières sont en général réservés aux étrangers. Les imposants tombeaux des Malgaches se trouvent, dans la plupart des cas, en dehors de la ville, éparpillés sur des collines.
À côté d’une des fosses, Jean-Yves Randrianarivelo, 50 ans, se prépare à l’enterrement de sa mère, Marie-Louise, originaire d’Arivonimamo, à 50 kilomètres de la capitale. « L’inhumer dans la fosse commune, ça nous fait beaucoup de mal. On a déployé tous les efforts que l'on pouvait pour la transporter dans notre tombeau familial mais c’était impossible », murmure-t-il, le regard vide.
Bien que conscientes de la douleur causée par cette décision, les autorités restent catégoriques. « Cela n'a pas été facile du tout de faire comprendre cette mesure », reconnaît le général Elack Andriakaja, coordonnateur du Centre de commandement opérationnel de lutte contre le Covid-19 « Que ce soit une mort due au coronavirus ou pas, la règle reste la même. Ce n’est pas la dépouille qui propage le virus, mais ce sont les gens qui l’accompagnent », poursuit-il.
Loin du tombeau… des familles tourmentées
Face à cette mesure mal acceptée par la population, les autorités ont proposé une option : la possibilité de louer un emplacement à 60 000 ariary (14 euros) par an sur ce terrain de quelques dizaines de mètres carrés situé au fond du cimetière et d’exhumer le corps plus tard. Loin d'être satisfaite, c’est tout de même ce qu’a choisi la famille de Jean-Yves Randrianarivelo. « On n'a jamais envisagé de la laisser ici pour toujours. Je pense que ma mère ne pourra pas reposer en paix en-dehors de notre tombeau familial. C'est inimaginable qu'elle soit enterrée dans un endroit pareil. Moi, je ne crois pas que son esprit pourra rejoindre ceux de nos ancêtres tant qu’elle est ici »
« Vivants, nous avons la même maison ; morts, la même tombe », dit un proverbe malgache bien connu et qui témoigne de l'importance du tombeau familial. Ce sont d’ailleurs les premiers mots que prononce Maurice Razakandrainy à l’évocation de sa tante inhumée, elle aussi, sur ce terrain vague d’Anjanahary. « Pour nous les Malgaches, il y a un seul grand tombeau et toute la famille repose là. C’est notre tradition : la solidarité familiale, même dans l'au-delà. Donc, nous n’arrivons pas à accepter que notre défunte ne soit plus avec les vivants et qu'elle ne soit pas non plus avec nos morts », relate avec amertume cet habitant originaire, comme sa tante, de Fandriana, ville située à 200 kilomètres au sud d’Antananarivo. « Le fait de ne pas pouvoir l’amener sur sa terre natale, on prend cela comme une sanction des ancêtres, confie-t-il. Nous ne serons pas en paix tant qu’elle ne sera pas dans le tombeau familial parce que nous n’avons pas accompli notre devoir. »
À côté d’une des fosses, Jean-Yves Randrianarivelo, 50 ans, se prépare à l’enterrement de sa mère, Marie-Louise, originaire d’Arivonimamo, à 50 kilomètres de la capitale. « L’inhumer dans la fosse commune, ça nous fait beaucoup de mal. On a déployé tous les efforts que l'on pouvait pour la transporter dans notre tombeau familial mais c’était impossible », murmure-t-il, le regard vide.
Bien que conscientes de la douleur causée par cette décision, les autorités restent catégoriques. « Cela n'a pas été facile du tout de faire comprendre cette mesure », reconnaît le général Elack Andriakaja, coordonnateur du Centre de commandement opérationnel de lutte contre le Covid-19 « Que ce soit une mort due au coronavirus ou pas, la règle reste la même. Ce n’est pas la dépouille qui propage le virus, mais ce sont les gens qui l’accompagnent », poursuit-il.
Loin du tombeau… des familles tourmentées
Face à cette mesure mal acceptée par la population, les autorités ont proposé une option : la possibilité de louer un emplacement à 60 000 ariary (14 euros) par an sur ce terrain de quelques dizaines de mètres carrés situé au fond du cimetière et d’exhumer le corps plus tard. Loin d'être satisfaite, c’est tout de même ce qu’a choisi la famille de Jean-Yves Randrianarivelo. « On n'a jamais envisagé de la laisser ici pour toujours. Je pense que ma mère ne pourra pas reposer en paix en-dehors de notre tombeau familial. C'est inimaginable qu'elle soit enterrée dans un endroit pareil. Moi, je ne crois pas que son esprit pourra rejoindre ceux de nos ancêtres tant qu’elle est ici »
« Vivants, nous avons la même maison ; morts, la même tombe », dit un proverbe malgache bien connu et qui témoigne de l'importance du tombeau familial. Ce sont d’ailleurs les premiers mots que prononce Maurice Razakandrainy à l’évocation de sa tante inhumée, elle aussi, sur ce terrain vague d’Anjanahary. « Pour nous les Malgaches, il y a un seul grand tombeau et toute la famille repose là. C’est notre tradition : la solidarité familiale, même dans l'au-delà. Donc, nous n’arrivons pas à accepter que notre défunte ne soit plus avec les vivants et qu'elle ne soit pas non plus avec nos morts », relate avec amertume cet habitant originaire, comme sa tante, de Fandriana, ville située à 200 kilomètres au sud d’Antananarivo. « Le fait de ne pas pouvoir l’amener sur sa terre natale, on prend cela comme une sanction des ancêtres, confie-t-il. Nous ne serons pas en paix tant qu’elle ne sera pas dans le tombeau familial parce que nous n’avons pas accompli notre devoir. »