#Covid19_Sn - Comment en 6 mois les stratégies des spécialistes ont buté sur le relâchement des politiques

​Le 2 septembre 2020 marque six mois de lutte contre le Coronavirus au Sénégal, depuis le recensement du premier cas le 02 mars dernier. Après un enchaînement de stratégies les quatre premier mois, par les autorités sanitaires, pour contrer la propagation de la maladie, celles politiques ont fini par relâcher la pression. En effet, à la date du 11 mai 2020 alors que la covid battait son plein avec 1886 cas déclarés positifs, 19 décès et 1151 sous-traitement, le chef de l’État Macky Sall a levé presque toutes les mesures qu’il avait prises au mois de mars, date d’apparition de la maladie. Le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille a convoqué la presse le 7 août dernier pour annoncer des mesures dites nouvelles, face à la flambée des nouveaux cas et décès.



Le vendredi 28 Février 2020, la Cellule d'alerte du Ministère de la Santé et de l'Action Sociale a été contactée par une structure médicale privée de la place, au sujet d'un patient de nationalité étrangère, reçu en consultation et présentant une fièvre à 39'C, un mal de gorge et des maux de tête. Il s'agit d'un patient de nationalité française, marié et père de deux enfants, qui vit au Sénégal avec sa famille depuis plus de deux ans. Il a séjourné en France, à Nimes, dans la période du 13 au 25 février 2020. Et c’est lors d’un Conseil présidentiel d’urgence que le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr a annoncé que « les tests effectués par l'institut Pasteur de Dakar sur ce patient français, interné au centre des maladies infectieuses du Sénégal sont avérés positifs ». Ainsi, le Sénégal enregistre son premier cas lié à la covid-19 qu’on lui a importé depuis France. On est le 2 mars 2020. 
Les premières mesures drastiques prises par Macky pour barrer la route à la covid 

12 jours après, le chef de l'Etat Macky Sall prend une batterie de mesures drastiques pour lutter contre le coronavirus, à travers une adresse à la nation. Toutes les manifestations publiques sont interdites, sur l'ensemble du territoire au moment où le pays compte officiellement 22 cas de coronavirus. Le chef de l'Etat décide également de la « suspension des enseignements dans les écoles (du primaire à l'université) pour une durée de trois semaines et une célébration très sobre de la fête nationale de l'indépendance prévue le 4 avril par une prise d’armes au palais en lieu et place de l'habituel défilé militaire et civil.

Arrivé à la date du 23 mars, le président Macky Sall prend conscience que l’heure est grave allant même jusqu’à le déclarer lors d’une adresse à la nation. « Je vous le dis avec solennité, l’heure est grave. La vitesse de progression de la maladie nous impose de relever le niveau de la riposte », a soutenu le chef de l’Etat Macky Sall alors que le bilan de l’épidémie était de 79 cas confirmés au total.

Le 23 mars, face à la progression de la maladie, le Président Macky Sall revient devant la scène et déclare « l’Etat d’urgence » sur l’ensemble du territoire national assorti d’un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin, assurant que le gouvernement et les services de l’Etat « prendront toutes les dispositions nécessaires » pour faire appliquer « sans délai » le décret sur l’Etat d’urgence, en « ordonnant » aux « forces de défense et de sécurité de se tenir prêtes en vue de l’exécution immédiate et stricte des mesures édictées sur l’étendue du territoire national ».
Sur la même ligne, sont interdits les rassemblements et manifestations sur la voie publique, ordonner la fermeture provisoire des lieux publics et lieux de réunions de quelque nature qu’elles soient, susceptibles de provoquer ou d’entretenir le désordre. Aussi, le transport interurbain est interdit. 

Et ce n’est que le mardi 31 mars que le Sénégal a enregistré son premier décès lié à la Covid-19. Il s'agit l’ancien président de l’Olympique de Marseille, Pape Diouf qui était âgé de 68 ans et interné à l'Hôpital Fann
Macky cède finalement à la pression socio-économique... 
La fermeté affichée par l’Etat du Sénégal au début de la maladie aura tenu moins de deux mois. Face à une pression socio-économique, le chef de l'Etat décide d'assouplir les mesures de restriction, le 11 mai. Les horaires du couvre-feu sont revus à la baisse, les lieux de cultes autorisés à ré-ouvrir leurs portes, et une date (le 02 juin) est même annoncée pour la reprise des cours dans les classes d’examen (classes de CM2, de Troisième et de Terminal).

Le point culminant du relâchement des autorités est à situer à début juin avec la levée de l'interdiction du transport interurbain (le 04 juin plus précisément). Alors que les cas communautaires dans la capitale flambaient. Dans le point mensuel sur la pandémie tenue le 06 juin, le Dr Abdoulaye Bousso, directeur du Centre des opérations d'urgence sanitaire, a eu du mal à cacher son désaccord avec les mesures d’assouplissement de l’Etat d’urgence, notamment l'autorisation de circuler de région à région. « Si aujourd’hui, les personnes ne respectent pas les mesures barrières, il faudra naturellement s’attendre à l’augmentation des cas communautaires parce que les gens vont bouger plus », déclare-t-il alors
Les autorités sanitaires changent de stratégies face à la vague de malade

Le relâchement des autorités politiques dans la lutte contre la pandémie a entraîné une multiplication des cas de covid-19. Alors que la stratégie en début mai consistait en une augmentation du nombre de tests pour détecter plus de cas, la vague de malades enregistrée les deux mois suivant pousse les autorités à revoir leur méthode de lutte.

Le ministère de la Santé décide de limiter les tests aux seules personnes présentant des symptômes. Le traitement extra-hospitalier qui avait été déclenché bien avant, est renforcé par la prise en charge à domicile des malades qui seraient dans les dispositions. Les réceptifs hôteliers qui étaient réservés aux cas suspects, sont maintenant transformés en centres de traitement des cas asymptomatiques. Le docteur Bousso annonce également que seuls les malades présentant des symptômes et les personnes âgées seront pris en charge dans les hôpitaux. Les autres sont priés de se mettre en isolement chez eux, sous la surveillance d'équipes médicales. 
Le virus gagne du terrain et les cas augmentent par centaine au quotidien avec une moyenne de décès par jour de 3.

Aly Ngouille monte au front pour annoncer des mesures sans effet

Il a fallu attendre que le Sénégal soit à 10.880 cas confirmés, dont 7.186 guéris, 225  décédés, et 3 475  malades sous traitement pour que le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye monte au créneau pour annoncer des mesures dites nouvelles.

« Les rassemblements au niveau des plages, des terrains de sports, des espaces publics et des salles de spectacles sont interdits. Le port du masque est rendu obligatoire dans les lieux de commerce, les transports, les structures publiques et privées ». Le ministre d’ajouter que ces "décisions avec effet immédiat" ont pour but de faire prendre à la population sa responsabilité citoyenne, suite à "un relâchement" dans l'application des gestes barrières. 

À noter que cela fait maintenant trois mois que les autorités sanitaires n’ont pas fait de point mensuel sur la Covid-19. Alors que les cas ne cessent d'augmenter. A ce jour, le Sénégal compte 13 .826 cas déclarés positifs dont 9.553 guéris, 287 décédés et 3.985 sous traitement. 
 

Fana CiSSE

Jeudi 3 Septembre 2020 15:53


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