Crue dévastatrice au Népal et au Tibet: les secours perturbés par la menace de nouvelles coulées de boue

La crue dévastatrice entre le Népal et le territoire chinois du Tibet mercredi 26 août a fait au moins 552 morts dans l’Himalaya. Le bilan continue de s’alourdir et 1 400 personnes sont toujours portées disparues. De chaque côté de la frontière, les autorités s’inquiètent puisque l’effondrement du glacier qui a provoqué la catastrophe a formé une retenue d’eau qui pourrait déferler sur la zone sinistrée. La police népalaise a lancé vendredi 28 août une alerte aux inondations.



La police népalaise a lancé vendredi une alerte aux inondations après avoir été informée de la rupture sur le territoire chinois du Tibet  d'un lac créé par l'effondrement du glacier, à l'origine il y a deux jours, de la crue dévastatrice qui a fait au moins 552 morts.

« Nous avons été informés de la rupture d'un lac sur le versant tibétain », a déclaré la police sur X. « Nous demandons à toutes les équipes de sécurité et de sauvetage et au public de rester en alerte, de se mettre immédiatement en lieu sûr et de rapporter tout éventuel incident », a-t-elle poursuivi.

Dans la foulée de cette alerte, l'autorité népalaise en charge de la gestion des situations d'urgence a confirmé vendredi que le débit du fleuve qui avait débordé mercredi avait « légèrement augmenté ».

Côté chinois, les secours ont suspendu les opérations de recherche et d'évacuation de locaux et de touristes au cœur de la zone dévastée. La direction chinoise a souligné les dangers planant sur ces opérations, lors d'une réunion conduite par le président Xi Jinping : « La zone est parsemée de glaciers, de lacs glaciaires et de risques géologiques majeurs, ce qui rend les opérations de secours extrêmement difficiles », ont dit les dirigeants cités collectivement par l'agence Chine Nouvelle.

Les informations en provenance de Chine disent que la retenue a commencé à déborder, mais aucune information n'indique pour l'instant qu'elle aurait lâché, ce qui pourrait occasionner un nouveau sinistre grave, selon les mises en garde officielles chinoises. « Toutes les équipes de secours ont donc reçu l'ordre de ne pas bouger et d'attendre de nouvelles instructions », a-t-il dit. 

Près de 93 000 personnes pourraient être affectées par les inondations 

Les secours de la région autonome chinoise du Tibet sont également arrivés vendredi dans la zone principale touchée par la crue, ont annoncé les médias d'État chinois. Ce sont les premières équipes professionnelles à atteindre le cœur du site, a indiqué l'agence étatique Chine nouvelle.

Selon un nouveau bilan communiqué vendredi 28 août par la télévision d'État chinoise, la coulée de boue a fait cinq morts et 558 disparus - parmi lesquels 260 étrangers, touristes ou pèlerins - côté tibétain. Tandis que le Népal compte au moins 547 morts et plus de 900 personnes disparues, dont notamment des ressortissants indiens, ukrainiens, malaisiens, britanniques, canadiens ou australiens, selon le bureau du tourisme népalais.

Près de 93 000 personnes pourraient avoir été affectées par les inondations meurtrières qui ont frappé cette région frontalière entre le Népal et le Tibet, a indiqué la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), craignant que le bilan humain ne s'alourdisse.

« Des corps découverts à 80 kilomètres » de la catastrophe

Sept corps de victimes présumées de la crue népalaise ont par ailleurs été récupérés plusieurs dizaines de kilomètres en aval dans l'État indien frontalier de l'Uttar Pradesh, a-t-on appris auprès des autorités locales, qui tentent d'établir leurs identités.

Selon Jasmine Kansakar, qui travaille à Katmandou pour Base Camp Trek, une agence francophone qui organise des expéditions au Népal et au Tibet, notamment dans les zones touchées, l’« intensité de destruction est impressionnante » et « émeut tous les Népalais », d’autant que « des corps ont été découverts à 80 kilomètres » de la catastrophe.


«La destruction est impressionnante, des corps ont été découverts à 80 kilomètres» de la catastrophe, déplore Jasmine Kansakar, qui travaille à Katmandou pour Base Camp Trek, une agence francophone qui organise des expéditions au Népal et au Tibet

Elle déplore que des agents « avec qui on travaillait pour la logistique de notre groupe, pour le Tibet, le Népal » manquent également à l’appel : « On n'a pas réussi à les contacter depuis cette dévastation. Et nous, on a peur qu’ils soient partis. C'est vraiment très inquiétant du fait qu'ils ne donnent pas de nouvelles parce que, après cette catastrophe, le gouvernement a tout de suite réagi pour avoir du réseau. Ils ont installé la 4G et la connexion est de nouveau établie depuis hier. Mais eux ne sont pas joignables. »

Secourir les personnes isolées en priorité

Dans la région népalaise de Nuwakot, dévastée par ces crues, la tâche des secouristes est colossale, rapporte notre envoyé spécial sur place, Emmanuel Derville. Dans la petite ville de Bidur, au nord du Népal, la crainte d’une nouvelle crue est bien réelle depuis mercredi. Ce vendredi 28 août, la police a donné l’ordre à la population d’évacuer les zones proches du fleuve et de remonter sur les hauteurs. Tout le monde est donc sur le qui-vive.

La preuve de cette vigilance : les va-et-vient incessants des hélicoptères de l’armée pour récupérer les blessés et les personnes isolées depuis deux jours, en particulier les enfants.
Sur place, c’est l’une des plus grosses priorités de l’armée népalaise qui manque malheureusement d’hélicoptères lourds. Le Népal dispose surtout d'hélicoptères légers et cela ralentit forcément le rythme des évacuations.

Une centaine d'ouvriers bloqués dans un tunnel 
 
Les autorités népalaises apparaissent débordées : le Népal est un petit pays et le gouvernement n’a pas beaucoup de moyens. Malgré tout, ce n’est pas la première fois que le pays est confronté à une catastrophe de cette ampleur. Le pays avait subi un violent tremblement de terre en 2015  - qui avait fait 9 000 morts - et depuis, le pays a pu accumuler une certaine expérience dans la gestion des secours.

Maintenant l’aide financière est centralisée par un fonds géré par le bureau du Premier ministre. Les autorités ont donc appris à coordonner leurs efforts pour aller chercher les personnes sinistrées.

Dans le nord du Népal, les autorités de Katmandou tentent également d'évacuer une centaine d’ouvriers coincés dans un tunnel sur le chantier d’un barrage hydroélectrique.

« Deux hélicoptères ont été dépêchés sur place, mais il reste très difficile de localiser les entrées du tunnel », a indiqué un porte-parole de l'armée. Les services du Premier ministre népalais ont précisé que 350 ouvriers et habitants du secteur avaient déjà été évacués de ce secteur par l'armée « dans des conditions très risquées et rendues difficiles par les conditions météo et la crue ».

La Chine a offert vendredi à son voisin népalais de l'aider dans les opérations de secours lancées après la crue : « La Chine se tient prête à aider activement le Népal dans ses efforts de sauvetage et à fournir tout le soutien et l'assistance dont elle dispose », a dit le président Xi Jinping dans un message de condoléances adressé au président népalais Ram Chandra Paudel.

L'aide internationale, sous forme de secouristes, de matériel médical, de nourriture ou encore de sacs mortuaires, s'organise, mais reste limitée au vu de l'ampleur de la catastrophe. L’ONU a d'ores et déjà débloqué deux millions de dollars et l’OMS envoie du matériel médical pour 10 000 personnes.

RFI

Vendredi 28 Aout 2026 15:50


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