Décortiquer les pratiques politiques réelles qui abîment nos sociétés

La dernière table ronde virtuelle de WATHI de cette année 2021 a réuni le 16 décembre trois personnalités ouest-africaines autour de la question des leçons à tirer de la crise de la Covid-19 en matière de gouvernance avec un diagnostic un peu désespérant. Les échanges ont conduit aussi à parler du désarroi de la jeunesse, de la tentation de la violence et de l’impératif de donner la priorité à l’éducation.



On ne peut pas affirmer qu’on soit sorti de cette table ronde avec un optimisme à toute épreuve. Les leçons de la pandémie en matière de gouvernance politique en Afrique de l’Ouest, sujet de la publication récente de WATHI, et les recommandations que nous avons formulées, ont ouvert la voie à une discussion beaucoup plus large sur la manière dont les États de la région sont gouvernés.

En conviant deux anciens ministres du Sénégal et du Mali et un professeur de sociologie politique, fin observateur des pratiques politiques, économiques, sociales et culturelles réelles en Côte d’Ivoire et ailleurs dans la région, nous espérions mettre le doigt sur les obstacles les plus redoutables à une meilleure gouvernance, à des politiques publiques plus justes et plus efficaces. Nous avons été servis.

Un diagnostic un peu désespérant
Le diagnostic effectué par le professeur Francis Akindès et le témoignage de Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice au Mali, ne sont guère réjouissants : la conception de l’exercice du pouvoir reste largement alimentaire. L’ancien ministre Mamadou Konaté a décrit par le menu les pratiques dans le secteur de la justice qui permettent à des cadres publics accusés de détournement de milliards de francs CFA de s’en sortir blanchis, le moment clé étant celui de la conclusion d’un deal avec le juge d’instruction autour de quelques centaines de millions.



Mais Maître Ismaïla Konaté a fait aussi le lien entre la généralisation des pratiques de corruption et la manière dont les gouvernants arrivent au pouvoir. L’absence d’encadrement du financement politique et donc l’opacité qui entoure les origines des milliards de francs CFA qui financent les campagnes électorales ouvre la voie à une gouvernance au service d’intérêts particuliers et à une distribution de postes pour récompenser les alliés et les soutiens politiques. Le professeur Francis Akindès a dit exactement la même chose : « Quelles que soient vos compétences, lorsque vous n’êtes pas dans les chapelles politiques, vous n’avez qu’à aller vendre vos compétences ailleurs. La manière de penser le pouvoir empêche de dépolitiser l’administration ».

Désarroi de la jeunesse
Si nous revenons aussi souvent à WATHI sur la question de la gouvernance politique, c’est parce que les valeurs, les motivations et les compétences des personnes qui animent la chaîne de décision qui part des plus hautes autorités politiques jusqu’aux agents publics qui sont sur le terrain déterminent in fine la marche de nos sociétés.

Lorsque l’exemple qui est donné au plus haut niveau est celui de l’absence totale d’éthique, c’est l’ensemble de la société qui ne croit plus à la méritocratie, à la valeur du travail et à la notion de l’intérêt général. La professeure Ndioro Ndiaye, qui fut ministre du Développement social puis de la Femme, de l’enfant et de la famille au Sénégal sous la présidence d’Abdou Diouf, a plaidé avec force pour l’investissement dans l’éducation.

Le professeur Akindès a parlé de « confiscation de l’avenir des jeunes » et craint que le mode de gouvernance actuel ne produise de plus en plus de violence : « Quand ils nous violentent, c’est une manière de rappeler qu’ils sont là, qu’ils existent, eux aussi, qu’ils ont envie d’avoir une vie normale. Donnons-leur la possibilité de rêver, donnons-leur le maximum pour étudier… ».

Puisque c’est Noël pour la partie chrétienne de la planète et pour plusieurs millions d’enfants, bien au-delà des appartenances religieuses, gardons la foi dans notre capacité à remodeler, brique par brique, le socle de nos sociétés. Mais ne croyons pas trop à des cadeaux de la part de ceux qui se nourrissent du statu quo.

Retrouvez les vidéos des tables rondes virtuelles de WATHI sur les pages Facebook et Youtube de WATHI Think Tank.

RFI

Samedi 25 Décembre 2021 08:44


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