Le Directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie, a affiché une prudence extrême ce jeudi 16 avril 2026 concernant l’éventualité d’une restructuration de la dette sénégalaise. Interpellé lors d’une conférence de presse sur le bras de fer opposant l’institution de Washington aux autorités de Dakar, M. Selassie a refusé d'émettre un avis tranché, précisant qu'il n'est pas approprié pour le Fonds d'entrer dans les modalités de telles discussions. Cette posture diplomatique fait écho aux déclarations antérieures du Département Communication du FMI, qui martèle que la décision de restructurer ou non les obligations relève de la souveraineté exclusive de l’État sénégalais.
Ce silence prudent intervient alors que le Premier ministre, Ousmane Sonko, a réaffirmé avec force la ligne rouge tracée par le Gouvernement. Malgré une dette évaluée à 119% du PIB, l'exécutif refuse catégoriquement l'option d'une restructuration imposée. Pour Ousmane Sonko, la dette reste viable tant que le pays honore ses échéances sans recours à un programme d'ajustement du FMI. Cette position est partagée par l'ensemble des responsables financiers du pays, du ministère de l’Économie à celui des Finances, qui s’accordent sur la capacité du Sénégal à redresser sa trajectoire budgétaire par ses propres moyens.
L'enjeu de ce refus est avant tout stratégique et réputationnel. Le Premier ministre a en effet rappelé les risques majeurs qu'entraînerait une restructuration forcée : le Sénégal serait alors perçu par la communauté financière internationale comme étant en situation de faillite. Une telle étiquette bloquerait l'accès aux marchés financiers internationaux, fragiliserait les futurs partenariats public-privé (PPP) et pourrait déclencher des procédures judiciaires de la part des banques bilatérales pour un remboursement immédiat des créances.
Le dialogue entre Dakar et Washington se poursuit donc dans un climat de haute tension technique. Si le FMI se limite officiellement à un rôle de conseil et d'expertise, la réalité des négociations en coulisses semble plus complexe. Pour le Sénégal, l'objectif est de démontrer qu'une sortie de crise est possible sans passer par la case "restructuration", afin de préserver sa crédibilité auprès des investisseurs et d'assurer le financement de son programme de développement national.